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Expertise technique des véhicules d’occasion : deux hauts cadres du département des Transports épinglés par l’ARMP

Parmi les sujets qui ont focalisé l’actualité guinéenne ces dernières semaines, figure en bonne place « l’expertise technique des véhicules et autres engins d’occasion » dont la nouvelle réglementation de l’importation en Guinée fait couler beaucoup d’encre et de salive.

A la mi-juillet, le décret interdisant les véhicules âgés de plus de 13 ans est entré en vigueur. Mais, il se trouve que cette interdiction s’apparente à la mort programmée d’un secteur dont les opérateurs du privé se livrent une guerre sans merci, alors qu’ils sont tous victimes de l’affairisme qui gangrène  l’administration publique.

Pour rappel, dans une note circulaire du 7 juin dernier, le ministre des Transporteurs informait « de la mise en place d’un certain nombre de mesures dont l’interdiction de l’importation des véhicules de plus de 13 ans ». Ajoutant que « l’expertise des véhicules et engins routiers est confiée à la société Eguims Sarl ».

Il n’en fallait pas plus pour une levée de boucliers notamment parmi les importateurs qui dénoncent une cabale montée pour les arnaquer. Joint par Guineenews, le secrétaire exécutif de l’AIVOP (association des importateurs des véhicules d’occasion et pièces détachées) déclare « qu’à notre fort étonnement, on nous dit qu’il y a une société qui a bénéficié du contrat à travers un appel d’offre international. On ne sait pas d’où ça vient cet appel-là ».

Et Moussa Cissé d’ajouter « qu’ils vont faire le contrôle à partir du port d’embarquement. Alors que nous, on a sollicité que ça soit fait en Guinée parce que ça demande de l’argent et l’argent-là pourrait entrer dans les caisses de l’Etat. Et ça permettra à l’Etat de satisfaire certains besoins qui sont là en Guinée ».

En réaction, la Société Eguims joint par Guineenews justifie, document à l’appui, son existence légale depuis 2011. Sans oublier les péripéties et autres tracasseries administratives. Prouvant ainsi qu’elle ne sort pas de nulle part, même si elle reste méconnue du grand public.

En tout cas, selon une notification du ministre de tutelle datée du 6 juillet 2015, Eguims Sarl a bénéficié du marché « suite à la consultation restreinte N 001 du 21 mai 2015, relative à la sélection d’un concessionnaire pour la mise en place d’un système de réception technique en amont et en aval des véhicules et engins à importer en République de Guinée ».

Dans le même document, le ministre Aliou Diallo avait invité la société «à prendre contact avec la direction nationale des transports terrestres pour établir le projet de conventions relatif audit marché.»

A propos de l’idée de procéder au contrôle des véhicules d’occasion à partir du port de Conakry, le directeur général d’EGUIMS Sarl répond que « l’expertise n’a de sens que si elle était faite avant l’embarcation ». Arguant que « c’est de cette manière seulement qu’on peut empêcher l’importation des épaves ». Et Ousmane Diaby d’ajouter : « Sinon, imaginez que le contrôle se fait seulement à Conakry. Qu’est-ce qu’on ferait en ce moment des engins qui ne répondent pas aux critères ? », s’interroge-t-il. Avant de dire : « qu’on n’aura d’autre option que de les garder sur le sol guinéen, parce qu’il n’y aura pas de possibilité de les retourner d’où ils viennent ».

Mais ce ne sont pas les seules allégations démenties par le responsable de la société. Du côté de l’Europe, notamment en Belgique, ses motivations et ses compétences techniques sont aussi mises en doute. Sur les réseaux sociaux, un opérateur du nom d’Abdoulaye Koné déclare dans une de ses publications que « nous ignorons jusqu’à présent pour quel objectif, mais aussi le service que ces individus malfrats proposent aux Guinéens. Car ils n’ont que leurs yeux  pour contrôler physiquement les véhicules, et arnaquer 100 à 150€ par véhicule ».

Au contraire, répond les responsable d’Eguims, nous avons tous les moyens d’effectuer l’expertise qui nous est confiée, avec un partenaire technique (CERTAFRI) qui vérifie rigoureusement l’état des véhicules, « au niveau de 63 points techniques repartis en 11 catégories ».

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Mais le débat semble être ailleurs maintenant. En effet, pendant que la société Eguims faisait l’objet d’attaque de toute part, c’est le directeur national de la marine marchande qui prend une circulaire à son tour pour suspendre l’expertise technique pourtant autorisée par son ministre. Confortant les critiques sur la société adjudicatrice. Mais non sans rappeler un autre acte posé illégalement auparavant par ce même directeur dans ce même dossier.

Le rôle très nocif de l’administration publique

Le projet de contrôle technique n’est pas face à la première difficulté. Un autre obstacle et pas des moindres est déjà passé par là. Il s’agit d’un bras de fer avec Oyé Guilavogui, tout puissant ministre d’Etat aux Transports d’alors. Il a fallu un arbitrage de l’autorité de régulation des marchés publics pour départager les deux parties. Avec une « décision du comité de règlement des différends et des sanctions statuant en formation litiges sur le recours de l’entreprise guinéenne multiservices (EGUIMS) contre le ministère des Transports relatif à la procédure de passation de la convention portant « contrôle en amont et en aval des véhicules et engins routiers ».

Dans ladite décision, l’ARMP dit avoir « constaté la qualité d’attributaire d’EGUIMS, SARL et en conséquence enjoint au ministère des transports, de poursuivre la procédure du contrat signé avec EGUIMS, SARL en vue de la conclusion définitive de ladite concession

Ce n’est pas tout, dans ce document dont Guineenews détient copie, il ressort que le ministère des Transports a joué un rôle particulièrement nocif dans ce dossier. Notamment le ministre Oyé et le directeur de la marine marchande, Cellou Diallo qui continue d’ailleurs d’agir en ignorant les règles les plus élémentaires en termes d’administration publique.

En tout cas, dans sa décision du 17 février, le comité de règlement des différends est sans équivoque. « (…) contre toute attente, le ministre d’Etat, Oyé Guilavogui a choisi un autre armateur du nom d’UNICARGE à qui il attribue en secret ladite concession en contournant toutes réglementions en la matière”, déclare-t-il. Ajoutant que « cette société UNICARGE a été créée pour les besoins de la cause, seulement le 14 novembre 2016 ».

A propos du directeur de la marine marchande, dans le même document, il est fait mention « qu’il a été versé au dossier de la procédure la note circulaire sans numéro en date du 05 janvier 2017 prise par monsieur le directeur national de la marine marchande, sur instruction de monsieur le ministre d’Etat, ministre des Transports, suivant laquelle note, ce directeur national porte à la connaissance des compagnies maritimes que la société UNICARGE, de droit guinéen, a été retenue pour la mise en œuvre des procédures d’embarquement...»

Et pourtant, dénonce la décision, « l’attribution frauduleuse de cette concession faite en catimini et dans une opacité totale l’a été en flagrante contradiction des dispositions de l’article 77 », précisant de passage que « la prétendue sélection de la société Unicarge en qualité de concessionnaire dudit service public n’a obéi à aucune procédure concurrentielle régie par le code des marchés publics ».

Des pratiques aux antipodes de la gouvernance qui, sans le justifier, expliquent pourquoi au ministère des Transports, c’est l’omerta totale quand il s’agit de ce dossier. Aucune réaction du ministre Oyé non plus, depuis affecté à l’Environnement.

Pendant ce temps, les importateurs et autres prestataires bloqués dans leur travail se regardent en chien de faïence, alors qu’ils sont tous victimes. Par la seule faute d’une administration réfractaire au moindre changement où des fonctionnaires tapis dans l’ombre se livrent à toutes sortes de fantaisies dans le seul but de se remplir les poches. Tant pis pour le pays !

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