
Les audiences se poursuivent devant la chambre de jugement de la CRIEF dans le dossier impliquant Soriba Soumah, directeur général du Centre médico-social Jean-Paul II. Namandjan Doumbouya, secrétaire administratif et financier (SAF) de l’établissement, a livré une déposition accablante, évoquant de présumés détournements de recettes, des irrégularités financières et des retraits suspects effectués au Trésor public.
À la barre, le témoin a expliqué que le centre dispose de cinq postes de recettes : la consultation, le parking, la pharmacie, le service médical et la crèche.
Selon Namandjan Doumbouya, les recettes prévisionnelles du Centre Jean-Paul II pour l’année 2025 étaient estimées à un milliard 500 millions de francs guinéens. Toutefois, il n’a pas été en mesure de confirmer si l’intégralité de ce montant avait effectivement été recouvrée.
Le témoin a notamment évoqué des pratiques qu’il juge irrégulières dans la gestion des fonds de la crèche. Il affirme qu’à sa prise de fonction, le 3 janvier 2025, la perceptrice de la crèche lui aurait déclaré avoir transféré, via Orange Money, un montant de 124 millions de francs guinéens au directeur général pour la réparation d’un moteur.
D’après lui, toutes les recettes de la crèche étaient directement remises à Soriba Soumah. Concernant la pharmacie, il a soutenu que les recettes étaient versées sur le compte personnel du DG par l’intermédiaire d’une femme nommée Bérété, qu’il présente comme n’étant pas pharmacienne de profession. La recette prévisionnelle annuelle de la pharmacie était estimée à 500 millions de francs guinéens.
Le SAF a également dénoncé la sortie présumée frauduleuse d’un groupe électrogène offert au centre par des partenaires indiens en 2014. Il a ajouté que le groupe électrogène actuellement installé au centre ne fonctionnerait pas, malgré une allocation trimestrielle de 10 millions GNF perçu par le DG pour son alimentation en cas de coupure d’électricité.
Il a affirmé que l’ensemble des faits dénoncés figure dans un rapport signé par plusieurs responsables du centre, à l’exception du directeur général. Le témoin a par ailleurs soutenu qu’aucun versement n’aurait été effectué au Trésor public au titre de l’année 2025, estimant que les recettes du centre auraient été « purement et simplement détournées ».
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Il a également accusé Soriba Soumah d’être toujours en contact avec l’agent comptable du centre, actuellement en fuite, et que le prévenu accuse d’avoir falsifié sa signature afin d’effectuer des sorties de fonds. Selon lui, quatre opérations de retrait auraient été réalisées au Trésor public au mois d’octobre 2025 sur la base de leurs deux signatures, en l’absence de l’agent comptable. Les montants concernés s’élèveraient respectivement à plus d’1 milliard 322 millions, 200 millions, 37 millions et 407 millions de francs guinéens.
Le SAF a également mis en cause le directeur général de la société AT Multiservices pour le retard dans l’exécution d’un contrat de fourniture d’équipements. Alors que le délai contractuel était fixé à un mois. Les équipements n’auraient toujours pas été livrés dix mois après la signature du contrat.
De son côté, Soriba Soumah a rejeté toutes les accusations, dénonçant un « acharnement ». Il soutient que les recettes sont remises à l’agent comptable et non à lui-même. Le directeur général a également soutenu que les revenus du centre restent faibles et qu’il peut arriver que certaines recettes soient utilisées avant le versement des subventions de l’État.
À l’issue des témoignages, la Cour a ordonné au service de l’Agence de dépôt du Trésor de produire les relevés des comptes du Centre Jean-Paul II ainsi que, si nécessaire, les copies des chèques émis au nom de la structure pour la période allant de janvier à décembre 2025.
La juridiction a également demandé aux conservateurs fonciers de Conakry, Coyah, Kindia et Forécariah d’établir l’état des biens immobiliers appartenant aux prévenus Soriba Soumah et Ismaël Traoré, ainsi qu’à leurs épouses et enfants.
Enfin, la comparution de Youssouf Soumah, du Trésor public, et d’Ibrahima Barry, du Centre Jean-Paul II. L’affaire a été renvoyée au 8 juin prochain pour la poursuite des débats et, éventuellement, les plaidoiries et réquisitions.

