
La salle des congrès du Palais du Peuple a servi de cadre, ce jeudi, à un symposium d’hommage dédié au doyen Diallo Souleymane, journaliste, patron de presse et figure respectée de la liberté d’expression en Guinée, décédé récemment à l’âge de 81 ans.
Devant un parterre composé de journalistes, de membres du gouvernement, d’acteurs politiques, de membres de la société civile, de proches et de collaborateurs du disparu, plusieurs témoignages ont retracé le parcours exceptionnel de celui que beaucoup considèrent comme l’un des pères de la presse indépendante guinéenne.
Dans une oraison funèbre marquée par l’émotion, le journaliste Amadou Diallo a rappelé que réduire Diallo Souleymane à ses diplômes ou à son groupe de presse serait méconnaître la profondeur de son héritage. Revenant sur son parcours, il a évoqué l’enfant de Hansaghéré devenu, à force de travail et de persévérance, une référence du journalisme africain.
Né le 17 novembre 1945 dans la préfecture de Labé, Diallo Souleymane a suivi un brillant cursus académique qui l’a conduit de Conakry à Lagos, de Kankan à Abidjan, avant d’obtenir un doctorat en France. Journaliste à Fraternité Matin en Côte d’Ivoire, il rentre en Guinée à l’aube du multipartisme et fonde, le 7 février 1992, Le Lynx, premier journal satirique du pays.
« Même un livre entier montrerait ses limites lorsqu’il s’agit de parler de cet homme », a déclaré Amadou Diallo, soulignant l’immense contribution du disparu à l’édification d’une presse libre, critique et indépendante.
À travers Le Lynx, puis La Lance et plus tard Lynx FM, Diallo Souleymane a créé une véritable école de journalisme. Plusieurs générations de reporters, rédacteurs et éditorialistes ont été formées dans le sillage de ce groupe de presse devenu une référence nationale.
Le symposium a également permis de mettre en lumière le combat constant du défunt pour la défense des journalistes. Deux fois emprisonné dans les années 1990, il n’a jamais renoncé à ses convictions. Refusant les avantages matériels, les fonctions administratives ou les postes ministériels qui lui furent proposés, il a consacré sa vie à la promotion de la liberté de la presse et au respect de l’éthique professionnelle.
Son engagement a notamment marqué l’histoire législative du pays. Membre du Conseil national de la transition entre 2010 et 2013, il a joué un rôle déterminant dans l’adoption de la loi dépénalisant les délits de presse en Guinée, une réforme majeure saluée par l’ensemble de la profession.
Au-delà des frontières guinéennes, Diallo Souleymane s’est illustré comme un acteur influent des organisations professionnelles africaines de médias. Président du Forum des éditeurs de l’Afrique de l’Ouest et vice-président du Forum des éditeurs africains, il a porté haut la voix d’une presse libre et responsable sur le continent.
Les intervenants ont également rappelé les nombreuses distinctions reçues par le journaliste, notamment le Prix Presse et Démocratie décerné à Genève en 1999. En 2022, la presse guinéenne lui avait rendu un hommage national de son vivant avant qu’il ne soit élevé au rang de chevalier de l’Ordre national du Kolatier par le président de la République.
Au terme de la cérémonie, une pensée particulière a été adressée à son épouse, à ses filles, à ses petits-enfants ainsi qu’à l’ensemble de sa famille.
À travers ce symposium, la Guinée médiatique a rendu un dernier hommage à un homme qui aura consacré sa vie à défendre le droit d’informer et d’être informé. Plus qu’un journaliste, Diallo Souleymane laisse l’image d’un homme de principes, d’un bâtisseur d’institutions et d’un gardien inflexible de la liberté de la presse.
Son œuvre, ont unanimement reconnu les participants, continuera d’inspirer les générations futures de journalistes guinéens et africains.

