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Élevage : Immersion dans le vétuste abattoir régional de Labé

Situé au nord de la cité de Karamoko Alpha au bord de la route préfectorale Labé – Mali, l’abattoir régional de Labé ressemble de nos jours à une poubelle géante. En plus du manque de clôture, du manque criard d’eau, le local est régulièrement envahi par les eaux de ruissellement qui drainent toute sorte de saletés dans toutes les pièces du bâtiment en cette période hivernale. A cela, s’ajoutent l’insalubrité et le manque total d’entretien qui sautent à l’œil nu, a constaté sur place la rédaction locale de Guineenews.org.

 

Historique abattoir régional Labé !

 

Réalisé en 1990 grâce à un partenaire français qui était le chef de la formation du CFEL (Centre de formation de l’élevage) en l’occurrence Philippe Chedan, l’abattoir n’a depuis bénéficié d’aucun toilettage comme l’explique ici docteur Mamadou Kalifa Diallo, le directeur préfectoral de l’élevage de Labé.

« Ce Français aimait souvent se ravitailler en viande ici. Quand il a vu l’état de l’abattoir et au vu des efforts que je déployais ici tous les jours, il m’a dit qu’il est prêt à trouver ses partenaires français à travers le fonds d’aide à la coopération pour construire un abattoir. Il nous a sommés de monter le projet et nous l’avons monté ensemble. Il a été soumis et cet abattoir a eu le financement. Donc, les travaux ont démarré en 1990 et ont pris fin en 1992. Depuis 1992, nous sommes là, mais malheureusement, il n’y a pas d’entretien », déplore-t-il.

 

Etat actuel des lieux

 

Plus de 30 ans depuis sa construction, l’abattoir régional de Labé continue d’année en année sa descente aux enfers, selon Boubacar Kanté, le président du comité de gestion.

« En cette saison des pluies, laissezmoi vous dire que l’abattoir ne fait que s’enfoncer du jour au lendemain. Chaque fois qu’il pleut, les eaux de ruissellement entrent dans tout le local. Et chaque matin, il faut qu’on commence par un curage en récupérant l’eau goutte après goutte puis en nettoyant le lieu à sec avant d’égorger une bête. Au cas échéant, il n’y a pas d’activités. Sinon, on veille à l’entretien de ce local régulièrement mais avec la pluie, c’est impossible car l’eau transporte la boue, les déchets et toute sorte de saletés pour le déverser ici », martèle-il.

Par manque d’eau, les travailleurs de l’abattoir sont très souvent obligés d’utiliser l’eau du marigot d’à côté pour tout besoin. Ce, en étant conscient de tous les risques que cela représente. « On n’a pas de puits et on n’a pas de forage pouvant nous approvisionner en eau potable. Actuellement, on ne devait pas utiliser l’eau de ruissellement pour le nettoyage de la viande. Ce n’est pas normal car c’est impropre à cause des microbes qui se déversent dans ce marigot. On n’a nulle part où avoir de l’eau à part ce marigot. Si on avait un forage, on n’allait pas utiliser cette eau », reconnaît Boubacar Kanté.

Par ailleurs, la situation semble encore plus dure en saison sèche avec un manque criard d’eau. « En saison sèche, c’est autre chose car en cette période on trouve difficilement l’eau. On est obligé d’aller à plus de 50 mètres pour puiser de l’eau afin de nettoyer la viande avec. Et là aussi, permettez-moi de vous dire que c’est pratiquement de la boue qu’on trouve à ce niveau. Si on ne trouve pas de forage ici, il sera très difficile de travailler », estime le président du comité de gestion de l’abattoir régional de Labé.

 

Manque de clôture et risque de propagation de maladies

 

Pour mieux entretenir et sécuriser le lieu, l’abattoir a besoin de clôture, explique Boubacar Kanté. « On a besoin d’une cour au niveau de l’abattoir pour sécuriser le lieu. Si on a une clôture, on pourrait même amener le parc à bétail ici et il serait facile de conserver et de tuer les bêtes sans grands soucis. Si vous voyez qu’il faut attendre chaque jour entre 11 heures et midi pour avoir de la viande au marché, c’est parce qu’il n’y a aucun parc au niveau de l’abattoir. Si on avait un parc ici, on pourrait venir très tôt le matin pour abattre les bêtes et disponibiliser la viande à temps. Mais actuellement, on doit se lever chaque matin, aller négocier les bêtes avant de rallier l’abattoir », regrette-t-il.

Interrogé sur l’état insalubre du lieu et les risques de contracter des maladies, le président du comité de gestion de l’abattoir a été clair : « que Dieu nous aide pour que ces maladies ne se concentrent pas chez nous ici. Sinon, ce n’est pas bon car si ces maladies se développent chez nous, nous serons tous contaminés parce que comme je vous l’ai dit, il n’y a pas de propreté ici. Il ne faut pas se voiler la face. Cela nous désole mais comme vous le voyez, on est dans les locaux du gouvernement et rien n’est prévu pour y maintenir la propreté.»

 

Véhicule de transport de la viande 

 

Au moins sur ce plan, nous avons la bonne nouvelle. L’équipe de gestion a acheté un camion frigorifique pour le transport de la viande. « Vous vous rappelez qu’à un moment donné, le camion qui transportait la viande était à la une de toute la presse de Labé. Alors, nous avons promis de changer ce moyen de transport et on a acheté un camion frigorifique et c’est celui-là qui transporte la viande à l’heure », se réjouit Dr Mamadou Kalifa Diallo, le directeur préfectoral de l’élevage de Labé.

Sur la même lancée, Boubacar Kanté, le président du comité de gestion renchérit en ces termes : « on s’est débrouillé entre nous pour trouver un véhicule de transport de la viande. Heureusement, on avait trouvé un véhicule présentable mais qui est également de nos jours dans un état inquiétant car il commence à se fatiguer. Mais on se débrouille avec. Il travaille un mois et tombe en panne un bon moment avant qu’on ne trouve une solution pour le réparer parce que dès qu’il tombe en panne ça perturbe tout le circuit. Donc, on a aussi besoin d’un véhicule car celui-ci est fatigué ».

 

Étendue et recettes de l’abattoir régional

 

En plus de la commune urbaine de Labé, l’abattoir en question servirait les préfectures de Mali, Tougué, Koubia et Lelouma en viande, a appris la rédaction locale de Guineenews. Une information confirmée par Boubacar Kanté. « C’est l’unique abattoir de toute la commune urbaine de Labé. Donc, on doit tout faire pour l’entretenir de la même manière qu’on s’occupe de l’hôpital. Car les gens ne courent que pour chercher quoi manger. Tout le monde consomme la viande. Donc, cela est un problème commun », estime-t-il.

De son côté, Dr Mamadou Kalifa Diallo a aussi abordé la question sous un autre angle : « je peux vous donner deux séquences. La première séquence (août, septembre, octobre, novembre, décembre, janvier et février), nous avons une moyenne de 20 abattages par jour. Maintenant, à partir de mars, avril, mai, juin, juillet, des fois, on a zéro abattage. Ce, parce que les animaux sont rares et généralement les éleveurs ne vendent pas leurs animaux quand ils ne sont pas dans un état satisfaisant”.

Avant de poursuivre : « c’est un abattoir régional. A l’heure où je vous parle, peut être vous avez vu un pick-up ici, ce sont des gens de Pita qui sont venus chercher de la viande. La viande, qui est consommée à Tougué, à Koubia, à Mali, à Lélouma de mars à juillet, cette viande vient de Labé ».

« Aujourd’hui (30 juillet 2021, ndlr), on a abattu environ 10 bêtes parce que les vaches se font de plus en plus rares sinon en temps normal on doit abattre entre 20 et 30 bêtes pour soulager toute la population. Mais avec la crise actuelle, parfois on ne trouve que 5 bêtes (…). C’est lié au marché », précise Boubacar Kanté de la commission de gestion.

Par ailleurs, la taxe d’abattage est l’unique taxe qui est payée au niveau de l’abattoir. Et cette taxe qui s’élève à un kilogramme de viande par tête revient exclusivement à la commune, selon un conseiller communal. La commune a mis un comité de gestion et c’est celui-là qui gère toutes les taxes. Elle est versée au niveau de la Banque centrale dans le compte de la commune urbaine de Labé.

Ainsi, face aux multiples et différents problèmes que connaît l’abattoir, le président de la commission de gestion sollicite l’accompagnement de tous pour une réhabilitation rapide de l’infrastructure. « La commune et l’Etat doivent nous aider à avoir une cour et un forage. Nous leur demandons de nous aider également à avoir un lieu propre et sécurisé car il est recommandé de donner à la population une viande propre et saine en provenance d’un endroit bien propre et saint », a-t-il conclu.

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