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Syndicat : après trois ans de bataille judiciaire, les responsables de l’USTG peinent encore à s’entendre

Après trois ans de bataille judiciaire, la Cour d’Appel de Conakry a confirmé le 12 octobre dernier, l’élection d’Abdoulaye Camara au poste de Secrétaire général du Bureau Exécutif de l’Union Syndicale des Travailleurs de Guinée (USTG). Ce dernier était élu à l’occasion du 6ème congrès tenu les 26, 27 et 28 octobre 2018 à Mamou.

Cependant, elle a déclaré irrégulière la convocation de la tenue du second 6ème Congrès de l’USTG les 19, 20 et 21 novembre 2018 au palais du peuple à Conakry qui a porté Abdoulaye Sow à la tête de la centrale syndicale,  l’USTG.

Dans la même décision, la Cour d’Appel de Conakry a ordonné l’expulsion du camarade Abdoulaye Sow et tous les autres occupants du siège du Bureau Exécutif de l’USTG sis au quartier Boulbinet, commune de Kaloum.

Devant un parterre de journalistes, ce mardi 19 octobre, Abdoulaye Sow a rejeté la décision de la Cour d’Appel qu’il a qualifiée de familiale et sans aucun fondement :«c’est un jugement bancal fondé sur du faux qui a été rendu», a-t-il dit. Il estime que « avant le ou les congrès de l’USTG, certaines fédérations ont suspendu leur participation. Pour régler ce problème, nous nous sommes retrouvés à la Bourse du Travail. Nous avons échangé de 8 heures à 18 heures. Nous avons décidé ensemble de laver le linge  sale en famille et organiser un congrès inclusif afin que toutes les parties prennent part. Un procès-verbal devait être tenu que nous n’avions pas eu ». 

Mais poursuit-il, « à notre fort étonnement, il y a un groupuscule qui a quitté Conakry pour aller à Mamou pour organiser un soi-disant congrès avec une signature du gouverneur de la région pendant que celui qui est censé organiser le congrès, le Secrétaire général Louis M’Bemba Soumah était à Conakry. Il avait reporté sine die le congrès pour permettre à tout le monde de participer. Après cette entente, le secrétaire général Louis M’Bemba Soumah a convoqué en bonne et due forme et conformément à nos statuts et règlements intérieurs, le congrès à Conakry au palais du peuple ».

Ce n’est pas tout. Le camarade Sow affirme que « Ce congrès s’est tenu en présence de la majorité des parties prenantes. Le procès-verbal du congrès a été signé par le Secrétaire général de l’USTG lui-même, Louis M’Bemba Soumah et le bâtonnier de l’ordre des avocats, Me Mohamed Traoré. Cela veut dire que c’est ce congrès qui a été tenu compte de nos statuts et règlements intérieurs (…). »

Poursuivant, il accuse l’autre partie de l’USTG d’avoir usé de ses relations avec le pouvoir d’alors « pour invalider notre congrès dans un premier temps. Ils sont allés au Tribunal Travail censé juger les affaires syndicales et sociales. Le Tribunal du Travail après l’examen du dossier a dit en quintessence que ce groupe n’a pas qualité à porter plainte contre l’USTG. Ils ont été au Tribunal de Première Instance (TPI) de Kaloum d’où ils ont tenté de corrompre la présidente sans succès. Cette dernière est restée ferme et droite dans ses bottes dans le cadre du respect des lois de la République. Elle s’est déclarée incompétente pour juger cette affaire. Il s’agissait de nous déguerpir de notre siège et invalider notre congrès. »

« Forts des relations qu’ils avaient avec le gouvernement défunt, ils ont transporté l’affaire au niveau de la Cour d’Appel de Conakry. A la Cour d’Appel de Conakry, il y avait un président qui s’appelait M. Dramé et Mme Doukouré présidente de la cinquième chambre. L’actuel président était à la Cour Suprême, il s’occupait d’une chambre pénale. Il s’est battu bec et ongle pour revenir à la Cour d’Appel de Conakry. A l’époque, le ministre de la Justice Me Cheick Sako a refusé le connaissant son militantisme et foncièrement corrompu. Dès l’instant que Me Sako a démissionné du gouvernement. Il a profité de l’occasion et s’est encore battu près du gouvernement pour se faire muter à la Cour d’Appel de Conakry comme président.

Fort de ses relations avec le groupe de Mamou et certains de ses acolytes à la présidence d’alors, il a pris le dossier à bras le corps et a fait la jonction des deux dossiers à savoir le volet déguerpissement et le volet invalidation de notre congrès. Il s’est déclaré compétent alors qu’il n’en est à rien pour juger cette affaire », martèle le syndicaliste Sow.

Mais, soutient-il, « notre avocat, comprenant sa position et ses accointances avec les autres, l’a récusé. Quand notre avocat a compris que la Cour d’Appel de Conakry n’avait pas compétence, il l’a récusé. Mais le premier président M Seydou Keita a refusé que Mme Doukouré soit récusée dans cette affaire connaissant les manigances.  Une fois que la Cour Suprême est saisie, les juges s’abstiennent. Il a profité de cette période de prise du pouvoir par l’armée, sans nous informer, sans informer notre conseil, pour prendre cette fameuse décision. C’est un jugement familial sans aucun fondement. C’est un jugement bancal fondé sur du faux qui a été rendu.

Respectueux de la justice, notre avocat s’est pourvu en cassation. Donc à date, ils ne peuvent rien. Nous souhaitons que les nouvelles autorités dont l’avènement au pouvoir a suscité un enthousiasme populaire en Guinée freinent les anciennes pratiques d’un autre âge ».

Avant de conclure :  » Le Bureau Exécutif de l’USTG et tous ses démembrements sont engagés pour affronter les faux jugements. Nous prendrons les dispositions légales et nécessaires au cas où nous ne sommes pas entendus. Nous allons inviter toutes nos fédérations à une grève générale illimitée, si le droit n’est pas dit dans cette affaire ».

Par ailleurs, interrogé, Alpha Mamadou Diallo alias ‘’Fondateur’’, secrétaire général adjoint de l’USTG a balayé d’un revers de la main les arguments du camp adverse : « En réalité, le congrès de Mamou a été organisé conformément aux textes juridiques de l’USTG. Cela veut dire que c’est le secrétaire général lui-même qui a convoqué le congrès. A Mamou, il y avait les membres du Bureau Exécutif sortant, les fédérations de l’USTG, les syndicats nationaux, les unions régionales, préfectorales et communales. Il y avait également les représentants des unités industrielles qui ont plus de 1 200 travailleurs (…), une présence de 94%. » Ajoutant que « le congrès de Mamou n’a jamais été reporté au profit d’une quelconque négociation pour le retour des fédérations qui se sont désaffiliées. J’étais le secrétaire administratif de l’USTG. C’est le secrétaire général Louis M’Bemba Soumah qui a signé la convocation du congrès à Mamou. Avec mon statut, je n’ai jamais été informé d’un report prévu pour ce congrès (…). Tous les documents qui ont été préparés pour le congrès étaient signés par Louis M’Bemba Soumah et moi-même ».

D’ailleurs, explique-t-il, « c’est une grosse erreur de dire que notre procès-verbal a été signé par le gouverneur de la ville de Mamou. C’est un huissier de justice qui a dressé le procès-verbal de notre congrès. Il y a eu un autre PV, comme par le passé, nous avons l’habitude de faire viser par des ministres notamment, le cinquième congrès a été visé par le ministère de la Fonction Publique d’alors (…). Il y a un aspect qu’il ne faut pas oublier dans ce dossier. Si Louis M’Bemba Soumah n’est pas venu à Mamou alors que c’est lui-même qui a convoqué le congrès, il n’avait aucune possibilité de faire un report, nous le considérons en ce moment comme quelqu’un qui a démissionné de l’USTG. C’est un dissident, l’USTG n’appartient pas à Louis M’Bemba Soumah, il n’est pas le principal fondateur de l’USTG (…).

Pour soutenir ses arguments, le Fondateur dira que « en partant à Mamou, nous avions dans notre gibecière la désaffiliation de certaines fédérations syndicales de l’USTG notamment la FESABAG, le SLECG et la FESATEL depuis le 30 juillet 2018. Il n’y a jamais eu d’affiliation. Parce que pour faire une affiliation, il y a une fiche d’adhésion à remplir que l’USTG doit apprécier avant d’accepter. Je n’ai jamais reçu un courrier dans ce sens. A Mamou, tous les membres statutaires de l’USTG étaient présents alors qu’à Conakry, il n’y avait pas de fédérations syndicales. Ceux qui se sont réunis, sont des enseignants grévistes.

Nous avons été satisfaits du fait qu’il y a eu un aboutissement mais nous sommes très mal à l’aise parce que pendant trois ans, nous avons été bloqués et nous n’avons pas fonctionné. Pendant les trois ans, nos amis nous ont empêchés d’aller négocier les intérêts des travailleurs affiliés à l’USTG ». 

Puisque « Abdoulaye Sow était très proche du gouvernement défunt plus que nous. Il y avait de bonnes relations avec le Premier Ministre Ibrahima Kassory Fofana. Il était dans les couloirs de la primature à tout moment. Il y a des responsables de très hauts niveaux qui l’ont soutenu depuis plusieurs années.

Depuis que le procès a commencé, ils sont dans le dilatoire. Chaque fois qu’ils ont tout perdu, ils se mettent devant la presse. Le procès est terminé, la Cour d’Appel de Conakry a rendu son verdict qui est pour nous sans appel. Ils étaient tellement proches du pouvoir, qu’à un moment, ce sont eux qui choisissaient la juridiction où on doit aller. Nous n’avons reçu aucun franc de la subvention, ils nous ont empêché de recevoir la subvention, c’est un banditisme syndical.

Dans la décision de la Cour d’Appel, il est prévu l’expulsion d’Abdoulaye Sow du siège de l’USTG. La justice va nous donner les personnes qu’il faut pour nous rendre notre siège. Pendant trois ans, ils ont raconté de n’importe quoi qui n’a rien servi. S’ils veulent, qu’ils partent devant la cour de CEDEAO, ils n’auront rien. Depuis le 12 octobre 2021, il n’y a qu’une seule et unique l’USTG et un seul secrétaire général en la personne d’Abdoulaye Camara. Nous tendons la main à tout le monde».         

 

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