
À trois jours des élections législatives et communales du 31 mai 2026, le président d’honneur du Bloc Libéral (BL), Faya Millimouno, a haussé le ton. Lors d’une conférence de presse animée ce jeudi 28 mai à Conakry, le leader politique a dénoncé de graves irrégularités dans le processus électoral et alerté contre le spectre de violences post-électorales.
Le spectre des violences passées et la critique de l’armée
Évoquant l’historique des scrutins en Guinée, Faya Millimouno a rappelé que la fraude a toujours été le déclencheur des crises.
« Depuis les toutes premières élections locales sous l’ère de Lansana Conté, les tentatives de fraude ont fait des milliers de morts. Nous lançons cette alerte pour éviter une répétition de l’histoire », a-t-il prévenu.
Le leader du BL a également fustigé l’attitude des forces de défense lors du scrutin présidentiel de décembre 2025, qualifié d’« exercice de confiscation du pouvoir ».
Pour lui, le déploiement massif de l’armée, de la police et de la gendarmerie ne doit pas se répéter :
« C’est le peuple souverain de Guinée qui choisit ses représentants, pas l’armée. »
Ministres en campagne et violation du devoir de réserve
Visant directement l’appareil d’État, Faya Millimouno a exigé du Premier ministre le rappel immédiat des membres du gouvernement déployés à l’intérieur du pays. Selon lui, ces derniers tentent de sécuriser leur propre avenir politique :
« Certains pensent que si l’opposition gagne dans leur région d’origine, leur poste sera menacé. Leurs privilèges ne doivent pas empêcher les citoyens de choisir librement. »
Le candidat s’est indigné de la violation flagrante du devoir de réserve imposé aux agents publics par la loi électorale, un manquement particulièrement visible sur les réseaux sociaux.
« On ne peut pas écrire des lois pour ensuite les ranger dans des tiroirs », a-t-il martelé, demandant aussi que les directeurs nationaux, secrétaires généraux et chefs de cabinet cessent toute activité partisane.

Rétention de cartes d’électeur et ingérence des chefs de quartier
Autre point noir soulevé : la non-distribution chronique des cartes d’électeur, parfois orchestrée à des fins politiques.
« De nombreuses cartes sont confisquées par des chefs de quartier. Dans certaines sous-préfectures, la majorité des citoyens n’a encore rien reçu, ce que les encadreurs de la Direction générale des élections (DGE) ont eux-mêmes reconnu », dénonce le président d’honneur du BL.
Il a fermement mis en garde ces autorités locales contre toute interférence le jour du vote : :
« Un chef de quartier n’est pas coprésident d’un bureau de vote. Par le passé, certains ont exigé que le dépouillement se fasse dans leur propre salon ! Cette fois-ci, ceux qui malmèneront la loi seront tenus responsables de ce qui arrivera. »
Lettres ouvertes au Premier ministre : « Si on joue avec ça, on joue gros »
Le Bloc Libéral affirme avoir formellement interpellé le Premier ministre, la DGE et l’ONASUR via des lettres ouvertes, rappelant le sacrifice financier de la jeunesse engagée dans ce scrutin.
« Beaucoup de jeunes candidats ont investi leurs économies ou hypothéqué les biens familiaux pour payer leur caution. Si on joue avec le vote, on joue avec la paix sociale. »
Faya Millimouno exige des garanties strictes pour la transparence du scrutin, notamment l’accès sans entrave des délégués des partis aux bureaux de vote et aux Commissions administratives de centralisation des votes (CACV).
« Le BL n’est pas un parti violent, nous prévenons et nous proposons. Mais nous n’accepterons pas qu’on nous marche dessus », a-t-il conclu, égratignant au passage la GMD (Génération Mandela pour la Démocratie) qu’il accuse de substituer un « concours d’allégeance » à un véritable débat de projets de société.

