
Sur l’axe Kindia-Télimélé, l’espoir né de la reprise des travaux de réhabilitation des ponts de Guémétah et de Gomba Walia se mêle désormais à une profonde inquiétude. Derrière les engins qui s’activent sur le chantier, une autre réalité persiste. Des ouvrages vieillissants, fragilisés par les pluies et le passage incessant des poids lourds, font planer le spectre d’un isolement brutal de plusieurs localités en pleine saison pluvieuse.
Cette route, considérée comme une véritable colonne vertébrale pour les échanges entre plusieurs préfectures de la Moyenne-Guinée et au-delà, jusqu’à la frontière sénégalaise, porte aujourd’hui les inquiétudes de milliers de citoyens. Pour eux, une rupture de circulation ne serait pas seulement un problème de transport, mais une menace directe pour l’économie locale, l’approvisionnement des marchés et la survie de nombreuses familles.
À Békilo, dans la commune rurale de Kollet, le soulagement est perceptible après la reprise des travaux du pont de Guémétah. Abdourahime Bah, habitant de la localité, estime que cette avancée éloigne momentanément la crainte d’un abandon du chantier :« nous avons longtemps eu peur de voir cet ouvrage rester inachevé. Si cela arrivait, la route pouvait être coupée à tout moment. Aujourd’hui, nous sommes rassurés de constater que les travaux avancent et nous espérons que l’engagement sera maintenu jusqu’à la livraison du pont », confie-t-il.
Mais quelques kilomètres plus loin, à Gomba Walia, le visage de la route raconte une autre histoire. Ici, les habitants vivent avec la peur permanente d’un effondrement ou d’une coupure qui pourrait les priver de leur principale voie de communication.
Pour Ibrahima Sory Camara, cultivateur, le danger est bien réel :« depuis plusieurs années, nous réparons nous-mêmes ce pont avec nos maigres moyens. À chaque pluie, nous retenons notre souffle. La rivière monte, les parties fragiles cèdent et nous craignons que le jour arrive où plus aucun véhicule ne pourra passer », témoigne-t-il.
Selon lui, la situation s’est aggravée avec le passage répété des gros porteurs liés aux travaux routiers : « plusieurs bordures de ponts ont été endommagées par les camions de la société CRCC17. La déviation mise en place a également montré ses limites, lors des dernières pluies. Si rien n’est fait rapidement, le mois d’août pourrait transformer cette inquiétude en véritable crise », alerte-t-il.
À Mourké, les conséquences d’une éventuelle coupure de la route font déjà trembler les habitants. Mamadou Saliou Bah, conducteur de tricycle, évoque une menace qui dépasse largement la simple question de mobilité :« cette route fait vivre des milliers de personnes. Nos champs, nos marchés, nos activités commerciales dépendent de cet axe. Une interruption de la circulation serait un coup dur pour toute la région. Nous demandons aux autorités de ne pas attendre une catastrophe pour agir », lance-t-il.
Du côté des habitants de Gomba Walia, les préoccupations ne concernent pas uniquement la route. Maciré Sylla, ménagère, dénonce également les conséquences environnementales ressenties par les populations : « nous voyons notre environnement se dégrader. L’eau de la rivière est devenue trouble et nous avons de plus en plus de difficultés à accéder à une eau convenable. Nous demandons une assistance urgente pour les populations affectées », explique-t-elle.
Un responsable de l’entreprise, chargé de refaire les infrastructures affirme que les travaux de construction des ponts et des dalots évoluent normalement avec l’appui d’entreprises chinoises mobilisées sur le chantier. Il assure que les ouvrages de franchissement seront achevés avant le mois d’août, afin de sécuriser durablement la circulation sur cet axe stratégique.
Mais il faut rappeler que sur le terrain, les populations restent suspendues à une seule attente, voir ces promesses se transformer rapidement en réalité, avant que les prochaines fortes pluies ne viennent tester la résistance de ces infrastructures déjà éprouvées.
