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Circulation routière : pourquoi tant de morts dans un accident ? (seconde partie)

Dans notre dernière livraison, nous avons abordé cet important sujet pour tenter de comprendre le pourquoi et le comment. Notre étonnement a toujours été grand de voir survenir d’un seul coup et dans un seul accident, autant de morts et de blessés graves. Des exemples pour étayer ce constat viennent de temps à autre, nous interpeller sur la pertinence et la gravité du sujet. Nous avons fait état d’une série d’accidents mortels au bilan très lourd qui sont survenus sur nos routes. Le dernier en date, a été celui de Souguéta, au PK 70 de Kindia, qui a fait 23 morts dans un premier temps, avant de remonter à 25 aujourd’hui, selon les dernières informations. Fait singulier à souligner : les deux tiers de ces victimes sont des étudiants qui rejoignent leur université.

Ce chiffre, aussi énorme soit-il, n’est pas aussi extraordinaire qu’on pourrait le croire. En termes de  bilan enregistré, notre pays en a connu de similaires et même de plus élevés, au cours des années (jusqu’à 60 morts dans un seul cas, en 2007). Nous ne revenons pas là-dessus, ayant déjà abordé le sujet dans notre dernière parution.

Les causes de cette grande mortalité liée à certains accidents ont été identifiées. Les principales sont : l’excès de vitesse, la surcharge et le transport mixte. En effet, il est largement prouvé que la vitesse est toujours un facteur aggravant, en cas d’accident. Nous avons déjà dit qu’un choc a 20 à l’heure n’est jamais le même que celui à 80 ou 100 à l’heure. De même, les occupants d’un véhicule en déplacement sont soumis à la même énergie que celle du véhicule qui les transporte. Ce phénomène physique s’appelle l’énergie cinétique ou l’énergie du mouvement.

Les notions d’impact et de conséquences des accidents sont enseignées dans les auto-écoles. L’objectif visé est de faire comprendre aux futurs conducteurs, les risques qu’on prend à pratiquer l’excès de vitesse, qui est toujours source de graves dommages corporels et matériels. Sur ce point précis, les experts soutiennent que l’impact est égal au carré de la vitesse. Ce qui veut dire que, plus grande est celle-ci et plus violent est le choc subi. En cas d’accident, l’effet combiné de ces deux éléments fait que les occupants et les objets qui se trouvent dans le véhicule, se transforment en véritables projectiles qui sont projetés dans tous les sens à travers le compartiment ou quelquefois, violemment éjectés à l’extérieur.

Comment mettre fin à cette situation porteuse de si grands préjudices aux usagers ?

Sans prétendre le moins du monde, avoir une réponse définitive à cette importante question, nous pensons qu’il faut avant tout, lutter contre les facteurs déclenchants que sont l’excès de vitesse, la surcharge et le transport mixte. Ces infractions sont déjà clairement   identifiées comme étant à l’origine des nombreux cas de morts enregistrés sur nos routes, surtout en rase campagne. Il ne reste donc plus qu’à agir.

Mais, que l’on ne s’y trompe point. Le combat à mener va être rude et son issue s’avère même aléatoire, du moins dans le court terme.  Ce n’est point du scepticisme que nous propageons, mais plutôt un constat que nous faisons. D’âpres résistances vont plomber sa mise en œuvre, du fait des vieilles habitudes acquises depuis de longues années.  A priori, bon nombre de détenteurs d’engins de chez nous, sont réfractaires à toute nouvelle mesure, surtout quand elle semble être dommageable pour leurs intérêts. Ils sont, peut-être, encouragés en cela par le laxisme patent observé chez les forces de l’ordre et les syndicats, dans l’application correcte des règlements sur le terrain. C’est ainsi qu’on remarque des comportements dangereux dans la circulation. De nombreux usagers roulent assez vite, pour ne pas dire trop vite, au mépris des limitations fixées. Les véhicules sont toujours en surcharge de passagers ou de bagages. Parfois le tout est cumulé à bord d’un camion pour faire le transport mixte, au vu et au su de tout le monde (usagers, citoyens, syndicats, sécurité, autorités à tous les niveaux). Personne ne dit mot, tant en ville qu’en rase campagne. On voit les véhicules se remplir dans les gares routières, comme sur la route. Cette pratique est passée dans les habitudes, tant et si bien qu’on ne lui trouve plus aucun inconvénient.

Des infractions indécrottables qui semblent même avoir de beaux jours devant elles.

Voilà des décennies, que l’excès de vitesse continue d’occuper le peloton de tête des infractions à l’origine des accidents en rase campagne. Les statistiques de la gendarmerie routière en font foi, tous les ans.  Jusque-là, rien n’a changé !

Quant à la surcharge et au transport mixte, c’est depuis 1990 qu’un arrêté du département des transports l’a interdit, sur toute l’étendue du territoire. Sans aucun effet jusqu’à maintenant !

Que reste-t-il à prendre comme dispositions, pour réduire le taux élevé de mortalité que les accidents nous font endurer ?

À notre humble avis, rien ou pas grand-chose ! Nous pensons qu’il est plus judicieux de commencer d’abord par sanctionner sévèrement et sans hésitation, les auteurs d’infractions à l’origine des graves accidents mortels. Surtout que jusqu’à maintenant, la lutte contre ces pratiques est restée sans effet. En tout cas, nulle part sur nos routes, nous n’avons remarqué un début d’application de ces mesures. Ainsi, plutôt que d’en créer de nouvelles, en superposition aux anciennes, on s’attelle à faire appliquer les règles qui sont déjà créées et qui n’ont pas été appliquées. Autrement, le risque encouru est de voir une telle combinaison entraîner un amalgame qui conduit à faire du surplace et à enraciner le mal qu’on cherche à éviter.

Comment faire pour relever un tel défi ?

Il faudra certainement exiger des agents et de la faîtière des transporteurs routiers, beaucoup plus de rigueur dans l’application des règles actualisées. Mais, pour mieux garantir la pérennité de celles-ci, il faudra encore plus.

Dans ce cadre précis, les autorités ont un rôle essentiel à jouer. Elles doivent penser à développer et à moderniser le parc de transport public en commun et le réseau routier. Ce qui va permettre d’offrir aux usagers un large éventail de moyens de déplacement, éliminant du coup les pratiques de surcharge inévitables et l’obligation d’emprunter un véhicule vétuste, contre son gré.

Le second point porte sur le renforcement des moyens à la disposition des agents. Il est vrai que beaucoup d’efforts ont été faits dans ce sens. Le CNRD et le gouvernement ont pris l’initiative de doter les agents de la routière (police et gendarmerie) en équipements roulants (motos et pick-up). Mais, il en faut encore plus, pour leur permettre d’accomplir efficacement leur mission de prévention et de lutte contre toutes les formes d’insécurité, y compris les braquages routiers. La présence intensive des agents sur le terrain a un effet dissuasif énorme qui apaise les usagers, les rassure et les protège contre les dangers sur la route.

Il n’y a pas à douter que cela apporte plus de confort et de sécurité à notre circulation routière et contribue ainsi à nous faire oublier les longues listes de morts et de blessés graves que les accidents nous servent, si fréquemment.

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