
Alors que l’interdiction des plastiques à usage unique entre en vigueur en Guinée, les inquiétudes se multiplient autour de ses conséquences sur les ménages et les acteurs économiques. Dans une analyse consacrée à la mesure, Mohamed Conde, juriste et analyste, appelle les autorités à veiller à ce que la transition vers des alternatives au sachet d’eau ne crée pas de nouvelles difficultés pour les populations.
Pour lui, l’objectif de lutte contre la pollution plastique est légitime, mais sa mise en œuvre doit tenir compte des réalités sociales et économiques du pays. Il estime notamment que la question de l’eau en sachet mérite une attention particulière, compte tenu de son accessibilité pour une partie de la population.
« Que va boire une partie de la population qui, aujourd’hui, dépend de l’eau en sachet parce qu’elle n’a pas accès à une eau potable fiable, permanente et abordable ? », s’interroge le juriste.
Mohamed Conde ne remet pas en cause, selon ses propres termes, la nécessité de lutter contre la pollution plastique. Son inquiétude porte plutôt sur l’existence d’alternatives réellement accessibles. Il invite ainsi les autorités à s’assurer que les solutions proposées soient disponibles, sûres, contrôlées et financièrement accessibles avant de supprimer complètement certains produits.
« Avant d’interdire, garantissons l’alternative »
Le juriste estime que l’interdiction des sachets d’eau doit être accompagnée d’une politique renforçant l’accès à l’eau potable. Il évoque notamment la mise en place de fontaines publiques sécurisées, de points de distribution d’eau contrôlée et d’autres systèmes permettant aux ménages de disposer d’une eau potable à un coût abordable.
Il met toutefois en garde contre tout lien automatique entre l’interdiction des sachets et une éventuelle hausse des maladies hydriques. Selon lui, une telle affirmation serait excessive sans données scientifiques permettant de l’établir.
En revanche, il considère que si certaines familles, faute d’alternatives, étaient contraintes de se tourner davantage vers des sources d’eau insuffisamment protégées ou contrôlées, la question sanitaire devrait être prise en compte dans l’évaluation de la réforme.
Des inquiétudes également sur l’emploi
Au-delà de l’accès à l’eau, Mohamed Condé attire l’attention sur les conséquences économiques de la mesure.
La filière de l’eau en sachet fait intervenir plusieurs catégories d’acteurs, des producteurs aux distributeurs, en passant par les grossistes, transporteurs, détaillants et vendeurs.
Pour le juriste, une interdiction brutale pourrait ainsi affecter des emplois et des revenus. Il propose plutôt d’accompagner progressivement les producteurs vers d’autres solutions, notamment les emballages recyclables ou réutilisables, de nouvelles technologies de conditionnement et des systèmes de distribution d’eau potable.
Il suggère également de renforcer la récupération et le recyclage des sachets, voire de mettre en place une contribution environnementale sur les emballages destinée à financer leur collecte et leur traitement.
Pour lui, la protection de l’environnement ne devrait pas être opposée aux préoccupations liées à la santé, à l’emploi ou au pouvoir d’achat.
« Interdire sans alternative, c’est une rupture. Interdire avec une transition organisée, c’est une réforme », soutient-il.
Le juriste appelle ainsi les autorités à évaluer les impacts sanitaires, économiques et sociaux de la mesure et à maintenir un dialogue avec les acteurs concernés.
S’adressant directement au président de la République, Mamadi Doumbouya, il invite les autorités à « réexaminer les modalités d’application de l’interdiction des sachets d’eau », tout en maintenant l’objectif de protection de l’environnement.
Pour lui, l’enjeu est désormais de réussir une transition qui permet à la Guinée de réduire sa pollution plastique sans compromettre l’accès des populations à l’eau potable ni fragiliser davantage les acteurs économiques dépendant de cette activité.

