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Dix ans du Salon International du Livre de Jeunesse de Conakry : « Le livre est entré dans les écoles guinéennes » (Entretien exclusif avec Aliou Sow)

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​À l’occasion de la 10e édition du Salon International du Livre de Jeunesse de Conakry (SILJC), Aliou Sow, Délégué général et Directeur général des Éditions Ganndal, fait le point sur une décennie d’impact culturel, d’innovations et de défis pour le secteur du livre en Guinée.

Guineenews : Bonjour, M. Sow et merci de vous présenter à ceux qui ne vous connaissent pas !

Aliou Sow : Merci beaucoup, ça fait un plaisir toujours de me retrouver avec vous, les organes de presse en ligne qui nous accompagnent tous les ans à l’occasion de ce Salon International du Livre de Jeunesse de Conakry et dont je suis le Délégué général. Mon nom est Aliou Sow, en même temps je suis le Directeur général et fondateur des Éditions Ganndal qui est la structure organisatrice de ce salon.

Guinéenews : Nous nous acheminons vers la 10e édition de ce grand salon qui marque une étape importante pour le salon de livre de jeunesse de Conakry. Quel bilan faites-vous de son évolution depuis sa création ?

Aliou Sow : Vous faites bien de le souligner, c’est la 10e édition que nous célébrons cette année. Donc c’est vraiment 10 ans pour un salon du livre, on peut déjà dire que c’est l’âge de la maturité. On a déjà mis un pied dans cet âge-là et je pense que cela prouve que la persévérance et tout le suivi d’année en année que nous avons fait avec tous les partenaires de la chaîne du livre, les institutions, les partenaires au développement, les associations, vous les organes de presse, ça veut dire que nous avons bien travaillé ensemble et que malgré toutes les difficultés qui ont jalonné ces neuf dernières années, nous avons quand-même tenu tous ensemble le cap et nous arrivons en cette année 2026 à cette 10e édition qui marque du coup le 10e anniversaire.

​Alors en termes de bilan pour répondre directement à votre question, je dois dire que le premier impact positif que je peux citer et d’ailleurs je dirais avec fierté, c’est que en 2017, lorsque nous mettions en place ce Salon International du Livre de Jeunesse de Conakry, il n’y avait aucune structure de ce genre dans tout l’espace africain francophone. Donc nous avons été les précurseurs, les pionniers au niveau de la création d’un événement littéraire de ce genre, centré sur le livre et la lecture au bénéfice de la jeunesse. Et ce que je peux vous dire aujourd’hui, c’est que depuis, vu le bon travail que nous menons ensemble comme je l’ai dit tantôt, il y a au moins une dizaine de pays africains qui se sont inspirés de ce que nous avons fait et qui, aujourd’hui, développent leur propre salon du livre de jeunesse. Donc pour moi, ça c’est le premier impact que nous pouvons citer.

Il y a aussi bien entendu, le fait que si vous vous souvenez de l’environnement du livre de jeunesse en 2017, il était quasiment inconnu dans notre pays l’existence de livre de ce genre. Les gens ne pensaient qu’aux livres de littérature générale et dans les écoles, on ne pensait qu’aux manuels scolaires. Mais depuis, les gens se sont habitués, ils ont vu qu’il y a une production nationale importante et qu’au niveau africain aussi, vu que nous invitons chaque année beaucoup d’éditeurs africains francophones et même au-delà des frontières africaines, d’Europe, des Caraïbes, etc., les gens se sont rendus compte au niveau du grand public qu’il y a un foisonnement d’année en année croissant de production de livres de jeunesse dans l’espace francophone. Et les Éditions Ganndal, encore une fois, nous sommes fiers d’avoir contribué à cet essor.

​Et aujourd’hui, l’autre impact c’est que les livres de jeunesse sont entrés dans les écoles guinéennes. C’est vrai, comme on me dira que c’est dans les écoles privées surtout, mais pas que. Avec la coopération internationale, notamment je vais citer le projet Ressources éducatives que nous avons développé au cours des quatre dernières années avec la coopération française, l’AFD, l’UNESCO, etc. et bien, nous avons réussi à faire entrer effectivement le livre de jeunesse dans les écoles publiques de Conakry parce que, il y a trois ans, nous avons doté une dizaine d’écoles publiques pilotes de bibliomalles, c’est-à-dire qui est un assortiment de livres de jeunesse pour tous les quatre, pour tous les six niveaux de l’école primaire, donc de la première à la sixième année. Et ça, c’est quelque chose d’important parce que jusqu’à date, les enfants dans les écoles ne voyaient dans leurs mains que les manuels scolaires. Mais depuis que nous nous sommes insérés dans cette dynamique, et bien le livre de jeunesse a fait son entrée comme complément du manuel scolaire et surtout comme facteur d’accroissement des apprentissages scolaires.

Je dois dire aussi qu’au cours des années passées, nous avons aussi bien lancé le programme des bibliomalle que le programme des défis lecture, aussi bien que le programme le duel des livres. Tous ces jeux de lecture interscolaires que nous organisons pendant le salon du livre et qui sont dotés de chaque livre que nous donnons à tous les élèves qui se distinguent et qui leur permettent d’aller sur l’ensemble des stands qui sont sur le salon pour acquérir des livres. Je vais terminer quand même pour ce qui est de cette question, par dire qu’un autre acquis, c’est que nos auteurs sont quand même parvenus à acquérir des prix importants au niveau de la Guinée. Nos auteurs de livres de jeunesse, je veux dire. Il vous souviendra que il y a 3 ans, Mbalia de notre auteur à Siguiri a eu le deuxième prix Orange du meilleur livre guinéen. Et donc pour nous, ça c’était déjà un bon départ. Ensuite, l’année passée, Mabetty Soumah, à travers son roman Jeunesse sens Interdit a eu le premier prix littéraire des lycéens de Guinée. Donc ça c’est une consécration aussi qui montre aux gens que ce genre littéraire existe et qu’il y a de bons auteurs. Et le troisième qui n’est pas des moindres, c’est que notre auteur Baman Camara a eu le deuxième prix aussi du Grand Prix Littéraire du Président de la République de Guinée. Donc pour ne citer que cela, je n’en cite pas d’autres parce qu’il y a des reconnaissances aussi au niveau africain. Donc je termine par par ce rappel-là pour vous dire que pour moi, grosso modo, c’est un bilan vraiment remarquable que je peux citer au cours des 10 années depuis la mise en place de ce Salon International du Livre de Jeunesse de Conakry.

Guinéenews : C’est élogieux comme bilan. Quels sont les principaux objectifs et les innovations de cette dixième édition ?

Aliou Sow : Alors comme objectifs, je dois dire que lorsque je j’ai assigné à toutes les équipes qui travaillent avec nous, c’est vraiment d’arriver à une capitalisation effective de tout ce que nous avons cité dans la première question tout à l’heure, comme avancées qui ont été obtenues au fil des ans. Donc il faut que nous mettions en place un substrat qui puisse jouer le rôle de levier stratégique pour que le secteur du livre de jeunesse et de la lecture des jeunes puisse rebondir encore et atteindre des niveaux beaucoup plus significatifs dans les prochaines années. Et c’est pour cela que d’ailleurs nous avons inscrit dans le programme de cette dixième édition la tenue d’un atelier multiacteur de réflexion sur les stratégies idoine à proposer au projet Simandou pour que voir quelles sont les voies et moyens susceptibles de faciliter l’accessibilité des jeunes guinéens de façon générale au livre et à la lecture à l’horizon 2040. Donc cet atelier, nous allons le tenir pendant ces deux jours. Je crois que c’est quelque chose d’important. Il y a aussi le fait que le contexte dans lequel nous situons cette dixième édition, c’est sous la thématique de construire ensemble nos futures sociétés de lecteurs. Et un fait non moins important que je vais citer, c’est que nous avons décidé avec les organisateurs des deux autres événements littéraires de Conakry à savoir les 72h du livre et le salon de la lecture, que les trois événements combinés à l’année puisse s’inscrire dans le programme général de Conakry ville créative littéraire de l’UNESCO. Donc ça c’est une avancée importante aussi. Ça veut dire que nous n’allons pas avancer chacun de notre côté, mais nous allons merger un peu nos activités pour que l’objectif soit commun et que nous puissions avancer d’année en année durant les quatre prochaines années pendant lesquelles Conakry a été retenu par l’UNESCO comme ville créative.

Guinéenews : Dans un contexte où les jeunes sont de plus en plus attirés par les écrans et les réseaux sociaux, comment susciter et entretenir leur goût pour la lecture ?

Aliou Sow : Bon, vous avez raison de citer aujourd’hui l’influence de plus en plus je voulais dire invasive mais pas dans le sens négatif du mot, mais quand-même de façon exponentielle, les réseaux sociaux sont en train d’envahir la vie de nos jeunes et ça depuis le plus bas âge maintenant, même les élèves du primaire ont des téléphones intelligents à la maison et à l’école aussi. Et ils ont accès à Facebook, TikTok, Instagram et tout ce qu’on sait et ils y sont accrochés quasiment en longueur de journée lorsqu’ils ne sont pas en situation de classe. Alors ce que nous, nous faisons, au niveau des Éditions Ganndal, nous avons dit que la première barrière pour fixer et permettant de fixer nos enfants sur des objectifs de lecture, c’est d’embarquer les parents d’abord parce que la responsabilité parentale est très importante et elle doit être accompagnée aussi de la responsabilité sociétale qui se joue au niveau des écoles mais aussi au niveau de la des quartiers, etc.

​Donc nous disons que pour que les élèves aient accès à la lecture et qu’ils décrochent un peu des réseaux sociaux, de toutes les façons nous ne pouvons pas les empêcher, nous sommes tous envahis par l’intelligence artificielle et TikTok et tout ce que vous voulez, mais nous publions maintenant sur quatre supports principaux : le nouveau livre de jeunesse parce que c’est un outil de lecture plaisir que nous développons. Le tout niveau livre de jeunesse que je voulais dire qui sort aux Éditions Ganndal, il sort simultanément sur format papier, donc accessible matériellement, sous format numérique donc accessible sur toutes les plateformes numériques sur lesquelles nos livres sont exposés et diffusés, sur format audio et là vous verrez pendant le salon notre partenaire éditeur FC Audio Édit du Togo qui va revenir encore cette année et vous avez une bonne partie du fonds littéraire des Éditions Ganndal qui est accessible sur leur plateforme sous forme de livre audio. Et enfin, et pas des moindres, nous avons le quatrième support que nous développons depuis 3 ans et d’année en année les livres de notre catalogue montent en version accessible, donc sous format braille pour les élèves non-voyants.

​Vous savez que il y a 2 ans, grâce à un appui de Monsieur le Premier Ministre, nous avons doté de plus de 800 livres en braille ici à l’école Sogué. Tous les élèves du primaire et jusqu’à la 8e année du collège aussi, ils ont eu des kits de lecture de livres audio sous forme de livres je voulais dire accessible sous format braille. Donc pour nous, ce sont des formules que nous utilisons pour rapprocher le livre des enfants sous différents formats pour que quand-même les inciter à à décrocher un peu des réseaux sociaux. Donc il y a ce que je dis vers les écoles, mais vers les familles aussi et également nous créons maintenant de plus en plus des podcasts aussi sur lesquels. Nous diffusons les livres avec des extraits d’animations de nos auteurs pour faire à la fois la promotion du livre mais aussi de son auteur auprès des enfants. Et nous pensons que la conjugaison de toutes ces alternatives associées au soutien que nous sollicitons, nous réclamons des familles, des enseignants, de la communauté éducative de façon générale, permettront à ce que nous puissions juguler un peu le fait de l’accro que de plus en plus nous ressentons au niveau des jeunes vis-à-vis des réseaux sociaux que vous soulignez.

​Guinéenews : Quel rôle joue votre maison d’édition, je veux parler de la maison d’édition Ganndal dans la promotion de la littérature jeunesse et l’émergence des auteurs guinéens ?

Aliou Sow : Bon là c’est une question qui me qui me plaît beaucoup dans la mesure où comme je vous le disais en 2017 quand on lançait ce salon, nous avions à peine six ou sept auteurs de livres de jeunesse typiquement vraiment équipés et outillés dans notre pays. Mais aujourd’hui nous avons près d’une vingtaine et parmi eux il y a beaucoup de jeunes et quand je parle d’auteur ici je parle des écrivains et écrivaines d’une part mais aussi des illustrateurs et des illustratrices parce qu’en matière de livre de jeunesse, parler d’auteur, les deux concepteurs d’un livre de jeunesse puisqu’ils ont toujours illustré, c’est à la fois celui qui a écrit et c’est celui qui a illustré. Mais ceci découle aussi du fait que d’année en année nous avons organisé plusieurs ateliers d’écriture aussi bien pour les auteurs et autrices que pour les illustrateurs et illustratrices. Donc nous avons réussi au fil des ans à créer un véritable vivier d’auteurs et aujourd’hui je peux vous dire en tout cas pour ce qui est du volet des albums jeunesse, nous avons vraiment une équipe qui est bien structurée, des auteurs qui produisent d’année en année et que nous publions.

​Maintenant c’est vrai que tout n’est pas facile et il y a l’aspect du livre jeunesse documentaire qui est encore en voie de construction et c’est pour cela qu’au cours de cette dixième édition nous allons organiser, grâce à la collaboration avec l’Association des Auteurs du Livre de Jeunesse et le CELPAC, un atelier sur 5 jours du 3 au 5 novembre et là nous avons insisté également pour que la dimension des candidatures féminines soit privilégiée. Donc nous sommes en train au moment où on se parle de recruter 15 potentiels auteurs de livres de jeunesse qu’ils aient publié ou pas mais spécifiquement dans le domaine du documentaire qui est un volet important de la littérature de jeunesse. Et nous allons faire venir une formatrice de France Anne Sophie Chilat qui est déjà cheffe de département au niveau du groupe d’édition Bayard en France, secteur jeunesse, qui va venir pendant 5 jours nous aider à former davantage nos auteurs de livres de jeunesse dans le sens du documentaire.

Maintenant, que ce soit un documentaire le documentaire historique, le documentaire de fiction etc., mais en tout cas il y a suffisamment de pistes qui vont être élaborées. Donc je je rappelle tout ça pour vous dire que nous avons mené et continuons de mener d’intenses activités de de formation pour que nos auteurs soient de mieux en mieux qualifiés pour que nos livres de jeunesse, puisque nous avons atteint un niveau aujourd’hui où la qualité de nos livres de jeunesse n’a rien à envier à aucun autre pays africain francophone et même ceux d’Europe. C’est pour cela que nous circulons sur toutes les foires et les salons du livre et nos livres de jeunesse. Le catalogue des Éditions Ganndal est toujours apprécié et nos livres sont bénéficient de commandes de plusieurs pays francophones d’Afrique en particulier.

Guinéenews : Les difficultés sont inhérentes à toute activité humaine et ce n’est pas la maison d’édition Ganndal qui est en marge de ces difficultés, ce qui m’amène à vous poser cette question à savoir les difficultés, les principales difficultés auxquelles le secteur du livre et de l’édition est confronté en Guinée.

Aliou Sow : En réalité vraiment vous allez me permettre, votre question est tellement importante que je préfère ne pas y répondre en tant qu’édition Ganndal mais je vais porter mon chapeau de président de l’Association Nationale des Éditeurs de Guinée l’ASEG pour répondre à la question parce que vous parlez du secteur du livre en Guinée et là c’est vrai que les défis sont vraiment énormes. Et le premier défi, c’est la faiblesse du tissu éditorial guinéen. On va être bientôt après 70 ans d’indépendance et figurez-vous aujourd’hui sur la douzaine de maisons d’édition membres de notre Association Nationale des Éditeurs ici, vous avez je suis désolé de le dire quatre ou cinq qui publient régulièrement et parmi lesquelles quand vous faites une balance en général ce sont des des quantités assez je dirais faibles du point de vue des chiffres de tirage et du nombre de titres publiés par année.

Pour moi en tant que doyen de l’édition guinéenne aujourd’hui et en tant que président de l’Association des Éditeurs, c’est une préoccupation majeure et je dis c’est un frein important au développement d’une véritable industrie nationale du livre parce qu’on ne peut pas parler d’industrie du livre que pour autant qu’il y ait un nombre important d’éditeurs et des éditeurs qui ont accès à des sources de financement que nous on n’a pas aujourd’hui et des éditeurs qui évoluent dans dans un cadre légal bien organisé et bien structuré et bien conduit. En particulier l’existence d’une politique nationale du livre et de la lecture. Depuis depuis 2017 au lancement de cette de ce Salon International du Livre de Jeunesse de Conakry, nous ne cessons de faire des appels aussi bien à l’autorité de l’État, au partenaires techniques, aux professionnels du livre pour que nous nous mettions à la à l’écriture d’une politique nationale du livre et de la lecture volontariste intégrée et mobilisatrice dans notre pays.

​Ce ne sont pas les ressources humaines qui nous manquent pour le faire, mais c’est l’encadrement institutionnel et les ressources je dirais financières parce que pour mobiliser des gens à écrire, à valider et cetera, ça prend quand même quelques quelques moins. Et donc sans politique nationale du livre et de la lecture, on n’y va pas loin. Et il y a aussi le fait que dans la majorité de ces maisons d’édition, vu qu’il n’y a aucune école de formation dans notre pays aux métiers du livre, aux industries graphiques, les niveaux de compétences professionnelles est quand même je dirais de façon générale assez bas et pour faire des livres de bonne qualité et en grande quantité, et bien il faut des professionnels bien formés qui maîtrisent tous les aspects de la chaîne du livre de A à Z. Malheureusement aujourd’hui on n’en est pas à ce point.

Il y a aussi l’autre problème ce que nous avons c’est la faiblesse des réseaux de distribution. Le secteur de la librairie malheureusement encore aujourd’hui est dans un état balbutiant dans notre pays. Et c’est pas normal. Vous avez à peine une ou deux librairies dont on parle à Conakry et à l’intérieur du pays, c’est le néant. Alors comment va-t-on faire ? Même si on produit des livres à Conakry, ils ne sont même pas distribués dans toutes les communes de Conakry à fortiori dans les régions, les préfectures, les sous-préfectures, c’est un grand problème. Et que seule la politique nationale du livre et un engagement aussi de tous les acteurs à tous les niveaux que je que je citais y compris l’État peuvent permettre de d’aider. Bon, je vais terminer parce qu’il y en a tellement que mais quand même je vais dire que la faiblesse du pouvoir d’achat du citoyen lambda accompagné de la difficulté en terme de capacité de lecture, la plupart le taux d’analphabétisme étant élevé dans notre pays, tout ça ce sont des obstacles.

Mais je vais terminer sur quelque chose qui me tient à cœur pour dire que malgré tout ce qu’on dit que les gens ont une faible maîtrise de la langue française, ils ont des compétences de lecture faibles, au niveau des Éditions Ganndal, nous publions de plus en plus des livres bilingues et des livres multilingues. Aujourd’hui, vous verrez à l’occasion de ce salon, nous allons faire le lancement d’un livre qui est en quatre langues : le français, le sous-sou, le poular et le malinké. Donc ça, on n’a jamais eu un tel livre ici, mais cette année on va le prouver et nous avons d’autres livres y compris avec des partenaires étrangers, des livres même en wolof, en bambara, en poul fodé. Nous avançons. Donc ceux qui n’ont pas été à l’école française, mais qui comprennent et qui savent lire dans leur langue, les parents peuvent aider leurs enfants à lire dans leur propre langue et c’est important que la présence de nos langues dans les livres guinéens soit valorisée et soutenue du mieux possible.

Guinéenews : Nous sommes pratiquement au terme de cet entretien mais vous devez forcément avoir un message à adresser aux parents, aux enseignants et aux pouvoirs publics pour encourager la lecture chez les jeunes guinéens.

Aliou Sow : Oui, je vais partir de ce que disait le président Nelson Mandela à juste raison, une nation qui lit est une nation qui grandit. Alors cette parole à elle seule suffit pour montrer l’importance du livre et de la lecture dans un pays. On ne peut pas aujourd’hui, en plein 21e siècle, parler de compétences nationales, parler de citoyens formés et qui sont capables d’affronter la modernité d’aujourd’hui, l’évolution fulgurante des sciences et techniques, si la population n’est pas alphabétisée, si les enfants ne sont pas instruits, s’ils ne bénéficient pas de compétences scientifiques et techniques qui soient à la hauteur de l’évolution du monde d’aujourd’hui.

Donc nous ne pouvons que dire à tous, puisque tout le savoir se trouve dans les livres, il faut faire en sorte que les livres soient accessibles et que les livres soient disponibles pour tous les citoyens, hommes et femmes, jeunes et vieux, où qu’ils se trouvent dans les zones urbaines et dans les zones rurales. Et c’est pour cela que nous disons que le projet Simandou dans sa composante 2 qui a met un accent particulier sur les secteurs sociaux dont l’éducation et la culture, que dans les objectifs du projet Simandou, que nous arrivions à injecter des recommandations fortes pour que les retombées qui sont attendues à juste raison par les citoyens puissent aussi servir à faire en sorte que le livre contribue à la formation du citoyen compétent dont notre pays aura besoin, y compris pour mener à bien les objectifs qui vont être générés par le mégaprojet Simandou.

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