
C’est une démarche historique qui touche au cœur de la mémoire collective et du patrimoine guinéen. La Guinée a officiellement demandé à la France la restitution du crâne de l’Almamy Bokar Biro, dernier souverain de l’État théocratique du Fouta-Djalon, ainsi que de ceux de trois de ses proches : son frère, son père et son chef de guerre.
L’annonce faite par RFI ce jeudi même s’inscrit dans une dynamique plus large qui fait suite à une première demande formulée par l’Etat Guinéen, à la mi-juillet, concernant les objets personnels de l’Almamy Samory Touré. «Depuis mi-juillet, nous avions déjà fait une autre demande à la France portant sur les objets personnels de l’Almamy Samory Touré et des recherches, à l’issue de cette première demande, ont été faites à notre demande au sujet du crâne de l’Almamy Bokar Biro Barry et de ses compagnons. C’est fin juillet que nous avons une réponse de la partie française, nous informant que ces crânes ont été retrouvés. Et donc nous avons fait la demande officielle de restitution», déclare le ministre de la culture, Moussa Moïse Sylla, à nos confrères.
Un héros de la résistance anticoloniale
Rendue possible par la loi adoptée par le Parlement français fin 2023 relative aux restes humains conservés dans l’Hexagone, cette procédure est pilotée en Guinée par un comité scientifique. Et les autorités espèrent une restitution d’ici un à deux ans maximum.
Sur l’importance majeure de cette figure historique, le ministre Moussa Moïse Sylla souligne explique que « ce n’est pas quelqu’un d’anodin dont le crâne doit continuer à être exposé dans un musée en France». Poursuivant, il ajoute que «le crâne de Bokar Biro mérite de retourner en Guinée et ceux de ses compagnons, dans la mesure où il s’agit d’un personnage qui a marqué l’histoire de l’opposition à la pénétration coloniale en République de Guinée». Et d’insister: «aux côtés de l’Almamy Samory Touré et de héros que nous avons connus en Guinée forestière, en Basse-Guinée, l’Almamy Bokar Biro, en tant que dernier Almamy du Fouta-Djalon, est donc un héros.»
Dans la même logique, Mohamed Amirou Conté, directeur Général du musée national de Guinée et membre du comité scientifique, rappelle: « Il Bocar Biro (NDLR) était un farouche défenseur de la liberté, c’est pour ça qu’il a été décapité. Il a été décapité parce qu’il était contre la pénétration coloniale au Fouta.»
Le choix de la dignité et de l’inhumation
Seulement, ces restes transformés à l’époque en trophées de guerre par les colons français, et actuellement conservés au musée de l’Homme à Paris, ne connaîtront pas le même sort une fois en Guinée. A l’instar de ce qui est arrivé après les restitutions menées par la France vers l’Algérie en 2020 ou Madagascar l’an dernier.
La Guinée entend refermer cette page dans le respect strict de ses traditions car, «exposer un crâne chez nous, ça ne se fait pas. Nous, les restes humains, on les enterre dignement. Mais les exposer dans un musée, ce n’est pas dans nos traditions et dans notre culture», martèle Amirou Conté.
Ainsi, le souverain pourrait bénéficier d’obsèques nationales à la hauteur de son sacrifice pour la nation. Même si le choix du lieu d’inhumation, entre Conakry et Timbo, l’ancienne capitale du Fouta théocratique, n’a pas encore été arrêté, précise notre source.
A noter que l’Almamy Bokar Biro Barry était à la fois le chef politique et religieux du Fouta-Djalon, un Etat théocratique fondé en 1725…

