
La capitale guinéenne accueille depuis ce lundi la 39e Conférence annuelle du Cercle de réflexion et d’échange des dirigeants des administrations fiscales (CREDAF), une rencontre internationale consacrée cette année à « la gestion des risques axée sur la mobilisation des recettes intérieures en contexte de crise ».
Pendant plusieurs jours, directeurs généraux des impôts, experts fiscaux, représentants d’organisations internationales et partenaires techniques venus de nombreux pays francophones vont partager leurs expériences sur les moyens de renforcer la résilience des administrations fiscales face à la multiplication des chocs économiques, climatiques et géopolitiques.

Les recettes intérieures, un enjeu stratégique
Dans son discours d’ouverture, la Directrice générale des Impôts de Guinée, Fatoumata Foula Diallo, a souligné que les crises actuelles imposent aux États de s’appuyer davantage sur leurs ressources propres.
« Les ressources extérieures se raréfient et se volatilisent. Dès lors, la résilience de nos États repose plus que jamais sur notre capacité à sécuriser, diversifier et optimiser nos recettes fiscales propres », a-t-elle déclaré devant les participants.
La patronne de la DGI a également mis en avant les réformes engagées en Guinée pour moderniser l’administration fiscale, citant notamment le déploiement du Système d’administration fiscale de Guinée (SAFIG), version 2, qui a contribué à l’amélioration du recouvrement des impôts, à la lutte contre la fraude et à la sécurisation des recettes.
Selon elle, la gestion des risques fiscaux constitue aujourd’hui un levier essentiel pour préserver la soutenabilité des finances publiques dans un environnement international marqué par l’incertitude.

Un contexte mondial devenu plus complexe
Les préoccupations exprimées par la DGI guinéenne rejoignent celles du CREDAF. Dans son intervention, la Secrétaire générale de l’organisation, Catherine Lemesle, a rappelé que les crises ne sont plus des événements exceptionnels mais une composante durable de l’environnement économique mondial.
Elle a évoqué les tensions géopolitiques qui perturbent les chaînes d’approvisionnement, la volatilité des prix des matières premières, mais aussi les effets du changement climatique qui fragilisent les économies et les infrastructures publiques.
« Dans un monde marqué par l’instabilité, les administrations fiscales ne peuvent plus se contenter de fonctionner en silo. Elles doivent anticiper, s’adapter et intégrer les risques pour mieux mobiliser les ressources indispensables au développement », a-t-elle estimé.
Pour Mme Lemesle, l’enjeu dépasse la simple collecte de l’impôt. « Derrière chaque recette bien recouvrée, il y a un hôpital qui fonctionne, une école qui ouvre ses portes ou une route qui relie les communautés », a-t-elle souligné.

La Guinée met en avant sa transformation économique
Prenant la parole, la ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Mariama Ciré Sylla, a replacé cette conférence dans le contexte des réformes engagées par les autorités guinéennes.
Selon elle, la rencontre intervient à un moment où la Guinée mène une transformation profonde de sa gouvernance économique afin de bâtir un État « plus efficace, plus transparent et plus performant ».
La ministre a défendu une vision fondée sur le renforcement des capacités nationales de financement du développement. « Aucune nation ne peut durablement assurer sa prospérité en dépendant principalement des ressources des autres », a-t-elle déclaré, estimant que l’avenir de la Guinée, comme celui de l’Afrique, doit d’abord reposer sur ses propres ressources.
« La véritable souveraineté commence lorsque nous sommes capables de financer nos écoles, nos hôpitaux, nos routes, notre agriculture et notre industrialisation grâce à nos propres efforts », a-t-elle affirmé.

La ministre a rappelé que le programme Simandou 2040 vise précisément à créer les conditions d’une croissance durable et d’une prospérité partagée, tout en réduisant la dépendance vis-à-vis des ressources extérieures.
Elle a également insisté sur l’évolution du risque fiscal, qui ne se limite plus aux fraudes et aux défauts déclaratifs mais englobe désormais les flux financiers transfrontaliers, les risques cybernétiques, la digitalisation de l’économie et la persistance du secteur informel.
Prenant la parole pour ouvrir officiellement les travaux, le Premier ministre Amadou Oury Bah a placé le débat sur le terrain de la relation entre l’État et les citoyens. Selon lui, l’une des principales difficultés réside dans la perception que les populations ont encore de l’impôt et de l’action publique.
« La stabilité d’un pays dépend de sa capacité à satisfaire les besoins de sa population », a-t-il rappelé, estimant que les citoyens doivent davantage percevoir le lien entre le paiement de l’impôt et la réalisation des services publics.
Le chef du gouvernement a notamment évoqué la problématique de l’« incivisme fiscal » et appelé les participants à formuler des recommandations permettant d’élargir l’assiette fiscale, notamment à travers une meilleure intégration du secteur informel dans l’économie formelle.
Trois ateliers au cœur des débats
Selon le document de cadrage de la conférence, les travaux s’articuleront autour de trois grands axes :
- La gestion des risques liés au civisme fiscal ;
- La gestion des risques sur les systèmes informatiques ;
- La gestion des risques liés au capital humain.
L’objectif est d’identifier les meilleures pratiques permettant aux administrations fiscales d’anticiper les menaces susceptibles d’affecter la mobilisation des recettes publiques, tout en renforçant la confiance des contribuables.
Les participants examineront également les expériences de plusieurs pays, notamment la France, le Maroc, le Canada, l’Uruguay et la Guinée, ainsi que les approches développées par des institutions telles que le Fonds monétaire international (FMI), l’OCDE ou encore l’International Growth Centre (IGF).
Pour les organisateurs, l’objectif est de dégager des solutions concrètes afin d’améliorer la résilience des administrations fiscales face aux crises et renforcer leur capacité à mobiliser durablement les recettes nécessaires au financement du développement.

