
À l’archevêché de Conakry, le silence était au rendez-vous ce jeudi 28 mai 2026. Dans une salle réunissant religieux, journalistes et fidèles catholiques, l’archevêque de Conakry, Mgr François Sylla, a présenté les grandes lignes de Magnifica Humanitas (« Magnifique Humanité »), la toute première encyclique du pape Léon XIV, consacrée à la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle.
Autour de lui, plusieurs personnalités de l’Église catholique ont pris part à cette rencontre, notamment le secrétaire à la nonciature apostolique de Guinée et du Mali, Mgr Gianluca Casanova, le père David Ahomou, secrétaire général de l’OCPH, ainsi que d‘autres personnalités de l’Eglise.
Dans une atmosphère entre réflexion spirituelle et inquiétude face aux mutations technologiques du monde moderne, l’archevêque a dévoilé un texte que le Vatican présente déjà comme une encyclique sociale majeure du XXIe siècle.
Dans son intervention, Mgr François Sylla a expliqué la portée du document publié le 25 mai 2026 par le souverain pontife.
« Une encyclique est une lettre solennelle adressée par le pape aux évêques et à l’ensemble des fidèles de l’Église catholique à travers le monde pour traiter d’un sujet doctrinal, moral ou social », a-t-il rappelé.
Avec Magnifica Humanitas, le pape Léon XIV s’attaque à une question devenue centrale dans les sociétés contemporaines : l’impact de l’intelligence artificielle sur la dignité humaine.
Signée le 15 mai dernier, à l’occasion du 135e anniversaire de Rerum Novarum du pape Léon XIII, cette encyclique établit un parallèle entre les bouleversements provoqués autrefois par la révolution industrielle et ceux engendrés aujourd’hui par la révolution numérique.
« Si Léon XIII avait jeté les bases de la doctrine sociale de l’Église face aux transformations industrielles, Léon XIV actualise aujourd’hui ces principes pour répondre aux défis éthiques de l’intelligence artificielle », a expliqué l’archevêque.
Le prélat guinéen a particulièrement insisté sur l’introduction du texte pontifical, où le pape décrit l’humanité comme placée devant un choix décisif.
« La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité de Dieu et de l’humanité où Dieu et l’humanité habitent ensemble », cite l’encyclique.
Pour Mgr François Sylla, cette image biblique traduit l’urgence morale du moment.
« Le pape ne condamne pas la technologie. Il appelle simplement à ne jamais placer la machine au-dessus de l’homme », a-t-il insisté devant la presse.
Selon lui, l’intelligence artificielle représente à la fois une opportunité et un danger si elle échappe à toute conscience éthique.
Pour Mgr François Sylla, le pape Léon XIV met en garde contre une société où l’homme déléguerait progressivement ses responsabilités fondamentales aux algorithmes.
« Les machines ne doivent pas remplacer l’intelligence humaine dans la recherche de la vérité. Nous ne devons pas déléguer aux machines notre capacité de réguler les choses de la société », a-t-il martelé.
Au-delà des considérations théologiques, le discours de l’archevêque s’est voulu profondément humain. Il a évoqué une génération grandissant dans un monde où tout devient instantané.
« Aujourd’hui, il suffit de mettre quelques mots-clés et même une thèse peut être écrite en quelques minutes. En notre temps, il fallait parcourir des bibliothèques durant des années », a-t-il confié.
Pour le chef de l’Église catholique de Guinée, le risque n’est pas seulement technologique mais aussi spirituel et relationnel. « Si nous déléguons tout aux machines, nous devenons irresponsables », a-t-il averti.
L’archevêque a également plaidé pour une utilisation “sage, courageuse et consciente” des nouvelles technologies, rappelant que de nombreuses populations pauvres restent exclues de cette révolution numérique.
La rencontre s’est achevée dans une atmosphère de méditation et d’espérance. Pour l’Église catholique, le défi de l’intelligence artificielle ne doit pas conduire à la peur, mais au discernement collectif.
« Il est important de ne pas rester des spectateurs résignés, mais d’être des artisans d’espérance », a conclu Mgr François Sylla.
Par cette première encyclique, le pape Léon XIV place donc l’humain au centre du débat mondial sur l’intelligence artificielle, avec un message clair : le progrès n’a de sens que s’il demeure au service de l’homme.

