
À la suite de la disparition de l’ancien Premier ministre guinéen Sidya Touré à Paris, le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Boubacar Yacine Diallo, rend un vibrant hommage à celui qui fut à la fois un grand homme politique et un ami proche. Entre souvenirs politiques et amitié indéfectible, retour sur un témoignage empreint de sincérité et d’émotion.
Une rencontre sous le signe du destin
L’histoire entre les deux hommes débute en juillet 1996, au moment où Sidya Touré est nommé Premier ministre. À cette époque, son nom est encore peu connu du grand public : « Juillet 1996. Un décret présidentiel résonne sur les ondes de la RTG. La Guinée, encore secouée par une violente mutinerie militaire, retient son souffle et découvre un prénom si rare, presque mystérieux à l’époque : Sidya Touré », se rappelle Boubacar Yacine Diallo.
C’est un an plus tard, en 1997, alors que Boubacar Yacine Diallo prend la direction générale de l’ORTG, que leur première rencontre a lieu : « Notre première rencontre s’est faite à l’aéroport. Ce fut un coup de foudre amical immédiat. Une estime réciproque est née ce jour-là, pour ne plus jamais s’éteindre ».
Une figure centrale du paysage politique et médiatique
Après son départ du gouvernement en 1999, Sidya Touré reprend l’Union des Forces Républicaines (UFR). De son côté, Boubacar Yacine Diallo fonde le journal d’investigation L’Enquêteur. Les deux parcours continuent de s’entremêler étroitement : « Aux côtés du vieux Biro, de Jean-Marie Doré, de Fatou Bangoura, de Siradiou Diallo ou de Bâ Mamadou, la parole de Sidya s’arrachait. Tous les jeudis, il faisait courir les Guinéens vers les kiosques, faisant vendre le journal par milliers d’exemplaires ».
Au-delà de la politique, c’est une relation intime et authentique qui s’installe : « Mais le plus précieux pour moi reste l’intimité que nous partagions. Presque tous les jours ouvrables, Sidya me faisait l’honneur de m’accueillir à sa table, dans sa résidence de La Minière. Là, aux côtés de son ami d’enfance Monsieur Tham Camara, les masques de l’homme public tombaient ».
Une amitié forgée dans l’épreuve
Au fil des événements politiques majeurs et des moments d’instabilité, la solidarité entre les deux hommes ne s’est jamais démentie : « Notre amitié s’est forgée et solidifiée dans l’acier des épreuves. Quand le régime l’a fait arrêter au milieu des années 2000, ma plume n’a pas tremblé (…) Et lorsque c’est moi qui ai été harcelé, arrêté et persécuté pour mes écrits, Sidya a été là. Il m’a soutenu, protégé et porté pendant mes moments les plus difficiles. Il n’a jamais fui, il n’a jamais douté ».
La perte d’un frère et d’un repère
En concluant son message, le président de la HAC salue la mémoire d’un homme d’État d’exception tout en pleurant un compagnon de route irremplaçable : « Aujourd’hui, la Guinée pleure un grand Premier ministre, un réformateur pragmatique. Moi, je pleure un frère. Je pleure un compagnon d’une fidélité absolue qui a marqué chaque étape de ma vie d’adulte. Sidya était, au sens le plus noble du terme, un homme en tout. Repose en paix, mon ami ».

