
La Guinée pourrait exporter près de 200 millions de tonnes de bauxite en 2026, pour des recettes fiscales estimées à 1,2 milliard de dollars, selon l’homme d’affaires Fadi Wazni. Intervenant ce vendredi 16 octobre 2026 à Conakry, lors de la deuxième table ronde de l’Observatoire guinéen de conjoncture économique (OGCE), il a également annoncé que la raffinerie d’alumine en construction par son groupe et ses partenaires devrait être opérationnelle d’ici fin 2027.
Organisée dans un complexe hôtelier de la capitale, cette rencontre a réuni plusieurs acteurs de l’industrie minière, des représentants de l’administration publique et des personnalités, dont l’ancien Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré, le ministr de l’Environnement et du Développement durable, ainsi que la ministre de l’Education nationale, de l’Alphabétisation, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle et e. Les échanges ont notamment porté sur les enjeux de l’exploitation de la bauxite et sa contribution à la transformation structurelle de l’économie guinéenne.
Prenant la parole après l’ingénieur des mines Ismaël Diakité, Fadi Wazni a choisi de mettre en exergue les acquis économiques de l’exploitation minière, tout en reconnaissant les défis auxquels le secteur reste confronté.
« Nous pouvons nous féliciter déjà du développement de notre industrie minière en Guinée », a-t-il déclaré, avant de reconnaître que « tout n’est pas parfait » et que les défis demeurent nombreux.
Selon lui, l’un des principaux avantages de l’exploitation de la bauxite réside dans sa capacité à mobiliser une importante main-d’œuvre et à favoriser l’émergence d’entreprises de sous-traitance.
L’homme d’affaires estime que les activités directement liées à la filière pourraient représenter plusieurs centaines de milliers d’emplois, tout en précisant que des études restent nécessaires pour établir des données plus précises.
Il a également insisté sur les infrastructures réalisées pour accompagner le développement du secteur, notamment les routes, les chemins de fer, les ports et les bases-vie.
À ses yeux, le financement de ces équipements par les investisseurs privés constitue un avantage important pour les finances publiques.
« Toutes ces infrastructures sont construites sans endettement de l’État », a-t-il soutenu, évoquant également les investissements réalisés dans le cadre du projet Simandou.
Une projection de 200 millions de tonnes de bauxite en 2026
Sur le plan de la production et des exportations, Fadi Wazni a avancé une projection de 200 millions de tonnes de bauxite exportées par la Guinée en 2026.
D’après lui, ce volume représenterait une multiplication par plus de dix des exportations en l’espace d’une décennie.
Il estime que les recettes fiscales directes tirées de cette activité pourraient atteindre 1,2 milliard de dollars cette année, sur la base d’une contribution moyenne de six dollars par tonne.
« La bauxite seule va ramener un milliard deux cents millions de dollars au Trésor public », a-t-il affirmé, précisant que cette estimation ne prend pas en compte l’impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux ni les autres contributions fiscales des entreprises intervenant dans la filière.
Il a également évoqué environ 2,5 milliards de dollars de dépenses effectuées auprès d’entreprises locales, pour illustrer les retombées économiques de l’activité minière sur le tissu entrepreneurial national.
Trois raffineries d’alumine en construction
Au-delà de l’extraction et de l’exportation de la bauxite brute, Fadi Wazni s’est montré optimiste quant aux perspectives de transformation locale.
Selon lui, trois raffineries d’alumine sont actuellement en construction en Guinée, dont celle développée par son groupe et ses partenaires, annoncée pour fin 2027.
« Nous sommes déjà à pied d’œuvre et la raffinerie que nous construisons avec les partenaires va être prête fin 2027 », a-t-il assuré.
Pour l’homme d’affaires, cette évolution devrait permettre à la Guinée de renforcer sa position dans la chaîne internationale de valeur de l’aluminium, en dépassant progressivement son statut de simple fournisseur de minerai brut.
Il a notamment évoqué les perspectives commerciales offertes par le marché européen, soulignant que son groupe a pris le contrôle d’unités de transformation en France.
Selon lui, la production guinéenne d’alumine pourrait contribuer à diversifier les sources d’approvisionnement de l’Union européenne, notamment face à sa dépendance à certains fournisseurs asiatiques et russes.
« C’est une chance incroyable pour notre pays d’avoir une situation plus confortable dans la coopération internationale », a-t-il déclaré.
Cette ambition s’inscrit dans une orientation plus large de transformation locale des ressources minières, également mise en avant par les autorités guinéennes.
Fadi Wazni reconnaît toutefois que le passage à la production d’aluminium représente un défi industriel plus complexe, notamment en raison des exigences techniques et énergétiques liées à cette activité. Il considère néanmoins que la transformation de la bauxite en alumine constitue déjà une avancée importante.
Sous-traitance : privilégier la pédagogie plutôt que la coercition
Abordant les difficultés rencontrées par les entreprises locales de sous-traitance, Fadi Wazni a plaidé pour un accompagnement progressif de leur mise en conformité avec les normes applicables.
Selon lui, les insuffisances constatées, notamment en matière environnementale, doivent être corrigées par la formation, la sensibilisation et l’encadrement. « Il ne faut pas être coercitif, il faut être dans la pédagogie », a-t-il insisté. Il estime que les services de l’État et les organes de régulation ont un rôle important à jouer dans l’amélioration des pratiques des entreprises.
L’homme d’affaires affirme avoir constaté, au cours des dix dernières années, une amélioration significative du niveau de professionnalisation de certaines sociétés de sous-traitance, dont plusieurs se rapprocheraient désormais des standards internationaux.
Un centre de formation aux métiers de l’alumine annoncé à Boké
Fadi Wazni a également annoncé l’ouverture prochaine, à Boké, d’un centre de formation destiné aux métiers de l’alumine.
Dénommé CPAF, selon ses déclarations, cet établissement devrait permettre de former des ingénieurs et des techniciens de haut niveau appelés à travailler dans les raffineries.
Pour lui, le développement industriel doit s’accompagner de la création de compétences nationales capables de répondre aux besoins des entreprises minières. « Quand la demande est là, nous allons former, sans contrainte », a-t-il déclaré.
Il a également exprimé sa confiance dans les capacités entrepreneuriales des Guinéens, estimant que les entreprises nationales pourraient, à terme, développer des compétences leur permettant d’intervenir au-delà des frontières du pays.
« Je suis absolument sûr que nous allons continuer à nous développer et que nos sous-traitants vont être bientôt compétents, pas seulement pour servir la Guinée, mais même pour servir les pays voisins », a-t-il conclu.
À travers cette intervention, Fadi Wazni a défendu une lecture résolument optimiste des perspectives du secteur minier guinéen, tout en reconnaissant la nécessité de poursuivre les efforts en matière de transformation industrielle, de protection environnementale et de développement des compétences locales.
