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Nécrologie – Décès d’Abbas Bah, ancien prisonier politique et président de l’Association des Anciens du Camp Boiro

Après avoir survécu l’enfer du Camp Boiro, l’ancien président de l’Association des Anciens du Camp Boiro, Abbass Bah est décédé aujourd’hui à Conakry suite d’une maladie. Telle est l’information reçue aujourd’hui par Guineenews auprès de sa famille.

Ancien président de l’Association des Victimes du Camp Boiro, Abbass Bah a été inlassable dans son combat pour «ne pas oublier» les innombrables exécutés et que justice soit rendue à ces victimes et pour que la mémoire de cette répression ne s’efface pas.

Abbass Bah fut arrêté en 1971 à l’âge de 24 ans reconnu pour sa joie de vivre et ses talents de danseur qui lui ont valu le surnom de « Costa ». Abbass est envoyé au Camp Boiro où il fut torturé par le sinistre Ismael Touré et sa « Cabine technique» avant d’être expédié à Kindia. Il sera libéré sept ans après

Comme beaucoup d’anciens prisonniers, il s’exilera d’abord en Libye d’où il terminera des études islamiques avant de vivre le jour historique de l’ouverture du Camp Boiro et des sinistres séquelles de la Révolution à la chute du PDG et à l’avènement des militaires qui avaient promis de faire la lumière et de conduire des procès afin que «plus jamais ca » n’arrive aux Guinéens.

Abbass et ses anciens compagnons survivants mettront en place l’Association des Anciens du Camp Boiro et conforteront les familles qui avaient perdu les leurs dans les multiples répressions et faux complots.

Abbas sera un guide au Camp Boiro – à la manière des anciens  prisonniers de Robben Island en Afrique du Sud – aux visiteurs pour expliquer le processus de déshumanisation et de «liquidation» de la fine fleur des Guinéens broyés par la machine impitoyable de la dictature.

Dans sa dernière intervention, il décrivait les méthodes cyniques des tortionnaires du Camp Boiro, tous liés à l’ancien président guinéen, Ahmed Sékou Touré.

« Ils avaient une méthode pour condamner les accusés au camp Boiro. Quand on arrêtait les gens, on les photographiait avec une ardoise. Cette photo est récupérée et gardée au niveau de la commission d’enquêtes. Lors de la condamnation, comme ils ne pouvaient pas avoir des magistrats, ils prenaient toutes les photos et les plaçaient à un point où tu ne peux pas voir la photo que sur le papier. Quand vous prenez une photo, vous la placez à gauche, moi je prends une photo et je la place à droite. Celui qui se retrouve dans la photo à droite est condamné à mort. Quand on se retrouve à gauche, c’est qu’on est condamné à perpétuité.

Quand ils finissaient de repartir ces photos, il fallait maintenant les renverser et écrire le nom. Les gens se retrouvaient comme ça dans des situations inexplicables. Il y a un qu’ils ont retrouvé dans la partie droite à savoir Monseigneur Raymond Marie Tchidimbo, archevêque émérite de Conakry, mais ils ne pouvaient pas le tuer parce que le Vatican était là. Ils ont retiré sa photo de la partie droite pour la remettre à gauche afin de le condamner à perpétuité. C’était comme ça, ils s’amusaient avec les gens comme des arachides. C’est ainsi que les Barry 3, Magassouba Moriba et Kara Soufiane Keita se sont retrouvés parmi les pendus au pont 8 novembre.»

Présent dans toutes les tribunes, confrontant les révisionnistes qui cherchent à nier l’existence des camps de la mort, Abbas fut une voix inlassable dans la recherche de la vérité pour disait il « ceux qui y sont restés ne soient pas oubliés». Il y a 3 ans Abbas déclarait à Guinéenews qu’un peuple ne peut pas vivre sans son histoire

Abbas laisse une famille éprouvée et des enfants. Sa contribution à l’Association des Victimes du Camp Boiro fut inégalable.

Repose en paix Grand patriote et que la terre de Guinée te soit légère !

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