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Mutilations génitales féminines : les Guinéennes face à l’horreur

Les chiffres sont effrayants. Selon le dernier rapport de l’UNICEF, environ 200 millions de femmes ont subi de mutilation sexuelle dans le monde. C’est-à-dire six filles sont excisées par minute à travers le monde. La Guinée reste l’un des pays les plus touchés en Afrique de l’Ouest avec un taux de prévalence estimé à 90% chez les femmes de 15 à 49 ans.

Selon  les données d’une étude, 95% des Guinéennes ont subi une mutilation génitale féminine. L’excision, cette pratique humiliante, dégradante pour la femme, vieille de plusieurs siècles, a la peau dure dans les quatre régions naturelles du pays, en dépit des conséquences néfastes sur la femme.

 Mais, l’excision c’est quoi ? Combien de types de mutilations pratique-t-on en Guinée ? Quelle est la partie du corps de la femme qui subit cette opération ? Où en est-on aujourd’hui avec la lutte contre ce fléau silencieux ?

C’est l’ablation du clitoris d’une femme. Le petit bouton situé au niveau de la partie génitale externe, déclencheur du plaisir chez la femme qui est enlevée pour ne laisser que la partie immergée d’environ 8 ou 12 cm. Or, le clitoris, cet organe érectile de la femme a, dès le départ, la même origine avec le pénis de l’homme. Il ne commence à se différencier de son homologue masculin qu’à la 7ème semaine de la grossesse. Sa particularité est qu’il est  dédié au plaisir. Son anatomie a tout d’un Iceberg. C’est cet organe précieux de la femme qui est longtemps victime de la loi du silence,

Les différents types de mutilations sexuelles féminines pratiquées en Guinée

Selon les gynécologues, les exciseuses procèdent généralement par l’ablation du prépuce clitoridien censé être le gland du clitoris, ensuite par l’ablation du gland du clitoris en partie ou partielle des petites lèvres, puis par l’affublassions avec fermeture quasi complète de l’orifice ovaire ou d’autres procédés de mutilations. « C’est un phénomène d’actualité. Vous faites bien d’en parler. Dans l’exercice de notre fonction, nous avons eu à constater ces différents types de mutilations. En Guinée, il faut dire que la mutilation du type3 (affublassions), c’est-à-dire l’excision pharaonique n’est pas très fréquente. Les types 1 et 2 sont les plus fréquentes», nous apprend Dr A C, Gynécologue Obstétricien Bio-Anthropologue rencontré, à l’hôpital sino-guinéen, avant de soutenir que l’excision est un rituel en fonction  des régions et en fonction des rites pratiqués.

…l’avis des religieux

A écouter les religieux que nous avons interrogés, il n’est mentionné nulle part que la femme doit être excisée. « Il faut situer les responsabilités. Dans les cinq piliers de l’Islam, on ne verra nulle part écrit que la validité d’une femme musulmane est liée à l’excision. Personne ne peut vous dire que la femme qui n’est pas excisée ne verra pas sa prière exaucée. On ne vous dira pas non plus que cette femme ne mettra pas ses pieds dans la mosquée. Donc c’est pour vous dire que l’excision n’a aucun lien religieux.  Ce n’est ni un pilier de l’Islam, non plus une obligation. Ce n’est pas aussi une recommandation. Peut-être une tolérance dans certaines communautés musulmanes. Mais là, je pense qu’il s’agit de la permission de certains notables pour le type A. Car il y a un hadish, une trace de hadish, c’est-à-dire de la profession prophétique qui en parle en faisant allusion au Messager qui demandait à une dame du nom de Oumou Abiba, une exciseuse, si elle n’a pas arrêté la pratique de ne pas tout trancher : « le travail que tu fais depuis sur les dames, tu ne l’as pas arrêté ? Oumou Abiba lui répond : Je continue. Et lui a dit : si tu dois le faire, alors il ne faut pas pratiquer l’ablation, il faut te limiter au prépuce…Nous sommes là dans le type A. Il faut alors retenir là que cette pratique existait il y a longtemps, avant même l’avènement de l’Islam. L’histoire l’a montrée. Ça existait au temps pharaonique. C’était un fléau qui était dans la société depuis longtemps. C’est à partir de là où il a été demandé à Oumou Abiba de soigner la pratique et le diminuer jusqu’au niveau moins douloureux que certains lient cette pratique à la religion musulmane. Mais non ! Quand on regarde la façon dont l’excision se passait dans le temps et même aujourd’hui encore, on pourrait la considérer comme une boucherie qu’aucune religion sérieuse ne peut cautionner et dans le Saint Coran il n’y aucune référence sur l’excision.», jure l’Imam IB.

Quant à ce Curé de l’Eglise Catholique, « il est fondamentalement interdit toute mutilation sur le corps de la personne humaine à cause de sa dignité. Et cela de la conception jusqu’à la fin naturelle de la vie de la personne. C’est formellement interdit. Même pas sur le corps d’un malade mental», comme pour dire que l’excision n’est pas recommandée par la Mission Catholique.

… saignement abondant, infections, stérilité, kyste…la mort

Que de dégâts provoqués par cette pratique humiliante et honteuse ! Combien de fillettes, de jeunes filles, de femmes perdent leur vie sous les couteaux des exciseuses ? Combien d’entre elles ne peuvent plus enfanter ? Combien perdent leurs foyers pour cause de frigidité ? Des milliers. Plus de 80% de femmes souffrent en silence dans leur foyer à cause de la mutilation génitale. Ces victimes silencieuses sans recours vivent quotidiennement le cœur meurtri.

« …Avant, les parents voyageaient beaucoup en laissant derrière eux leurs femmes. Alors pour être sûrs que ces femmes ne commettront pas l’adultère en leur absence, il faut les exciser. En somme, diminuer le plaisir sexuel en elles. Ainsi, jusqu’à leur retour de voyage, leurs femmes sont intactes sans aucun rapport avec d’autres hommes… Et avant même le mariage, il faut que la femme soit forcément excisée. Dans ces conditions préétablies par la société, si une femme accouche sans être excisée, cela est perçu comme un crime, une abomination. Il n’est pas permis à une femme non excisée d’enfanter. Si un tel se présentait, le bébé ne doit pas vivre. C’était la loi», nous apprend Mathieu S.G, un sage originaire de la région de Macenta, interrogé lors de la cérémonie de sortie de nouvelles excisées, à Enta-Nord, dans la commune dans de Matoto. Il nous informe sur la même lancée que pendant les grandes vacances scolaires, beaucoup de cadres envoient leurs fillettes au village pour être excisées. « Pendant les vacances scolaires, les gens envoient leurs enfants dans les villages pour les faire exciser. Même les cadres résidant à Conakry. Ils fuient les regards des grandes villes pour aller faire subir leurs filles cette opération douloureuse. On ne voit pas d’inconvénients à  le faire, mais plutôt une occasion de réjouissance populaire.»

Pour fuir le regard des ONG ou des autorités, les exciseuses changent de stratégie. On les alerte par téléphone pour les déplacer dans des coins reculés pour exciser les filles. «On reçoit des appels des chefs de familles qui nous invitent dans les villages loin des centre-ville. On travaille souvent pendant la nuit avant l’arrivée des responsables des ONG sur le terrain. Si on apprend que les gens sont au courant, on reporte l’opération avant de disparaitre des lieux. D’ailleurs beaucoup de chefs de familles préfèrent désormais faire exciser leurs enfants à la naissance », raconte N’na Matogoma, une vieille exciseuse domiciliée à Bonfi-port, dans la commune de Matam. .

…être excisée et mourir

L’excision, cette pratique d’un autre âge marque à vie beaucoup de femmes. Certaines gardent des séquelles, d’autres y trépassent. « Il y avait une fillette de moins de 3 ans qui était morte suite à l’excision. Elle avait perdu beaucoup de sang. Deux femmes sont mortes aussi après l’excision  dans le quartier. On nous a demandé, nous les membres de familles de garder le secret. Une a eu un kyste qui a fermé son sexe. Elle n’arrivait pas à uriner et en est morte. J’ai une belle sœur, qui, chaque fois qu’elle a des rapports avec son mari, elle saigne. Son mari a divorcé d’avec elle à cause de son refus répété d’aller au lit avec lui quand il a besoin d’elle. Et pourtant ce n’est pas de sa faute ! A cause d’une excision mal faite, elle ne pouvait pas faire l’amour successivement avec lui », nous confie dame F.B, une restauratrice interrogée sur les conséquences néfastes de l’excision.

Plusieurs ONG et mêmes les autorités sont sur le terrain en Guinée pour l’éradication de ce fléau.  Mais le combat est loin d’être gagné à cause de la pesanteur de la tradition, des coutumes et des croyances animistes.

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