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Manifestations politiques, travaux de réhabilitation, les embouteillages : impossible de se déplacer à Conakry

Se déplacer d’une commune, d’un quartier à un autre dans la ville de Conakry est un véritable casse-tête. Il faut souvent deux à trois heures d’attente dans les arrêts de bus communément appelés cars-plaques pour espérer avoir un moyen de transport et se rendre à son lieu de travail ou à son domicile. Une situation difficile qui a pris de l’ampleur depuis ces derrières années. Il faut se lever au petit matin pour espérer avoir un véhicule ou pour circuler librement à Conakry.

Le transport public inexistant à Conakry !

Le transport urbain censé être une nécessité est devenu aujourd’hui, une véritable anarchie : mauvaise stationnement, impolitesse des apprentis ou motocyclistes, méconnaissance du code de la route, mauvaise conduite. On roule comme on veut. Aucun respect des agents de la police routière. Les piétons n’ont aucune priorité. Les clients ne sont pas rois dans l’univers des transports à Conakry. Tout ceci ajouté à l’état des routes, abouti à des embouteillages monstres à travers la ville. Le transport en commun qui pourtant devrait être une aide précieuse, est inexistant. Pas assez de taxis, les tricycles et les motos-taxis dictent leur loi aux usagers. Les bus et les minibus n’ont plus ne disposent  pas de capacités. Les moyens  de transport sont largement insuffisants, la population de Conakry ne cessant d’augmenter. Chaque jour, ce sont plus de deux millions de personnes qui éprouvent de réelles difficultés pour se déplacer.

C’est le cas de M’Mah Bangoura, étudiant à l’université Général Lansana Conté. Il attend depuis deux heures à l’arrêt de bus pour regagner son domicile à Sandervallia, dans la commune de Kaloum. « Je suis là depuis 17 heures pour attendre un taxi qui va à Kaloum, mais jusqu’ici rien. Les Moto taxis coûtent excessivement cher. Ils ne sont pas à la portée d’un étudiant comme moi », tout comme M’Mah, nombreux sont des étudiants et des travailleurs qui sont au quotidien confrontés à cette situation. « Nous passons des heures avant d’obtenir un moyen de transport. Même ça, il faut lutter. Il y a tellement de monde ! On perd souvent des documents des dossiers importants. Et quand tu gagnes un taxi, voilà l’embouteillage ! C’est difficile. On se demande où sont passés les bus offerts par la Turquie ? On ne les voit presque plus en circulation », s’interroge Moctar D, fonctionnaire au ministère de la Pêche et de l’Aquaculture.

C’est vrai. Se déplacer à Conakry n’est pas chose aisée surtout aux heures de pointe. Et plus la taxe à payer est lourde. « Manque de véhicules de transports, on ne peut pas avoir le direct pour la maison ou le service. Il faut payer deux à trois fois le transport pour  arriver à destination. Moi j’habite le quartier Kissosso, dans la commune de Matoto. Pour aller à Kaloum le matin, il me faut payer les tronçons Kissosso-Madina-Kaloum », déplore N’Na Sira Keita, vendeuse de nourriture au Port Autonome.

Face à la rareté de véhicules de transports, fatigués d’attendre, certains Conakrykas, ceux qui habitent  les quartiers proches du centre d’affaire, comme Madina et le centre administratif comme Kaloum, choisissent le plus vieux moyen de transport : les pieds. « Quand j’attends longtemps et je ne vois pas de solutions à l’horizon, je marche pour rejoindre mon domicile à Kenien, dans la commune de Dixinn. De Kaloum à Kénien, je peux faire 30 à 45 minutes de route. Je longe les rails et me voilà à la maison », nous apprend Ismaël Camara, un travailleur à la Bibliothèque Nationale.

Peut-on encore compter sur les bus de la société Albayrack et le train Conakry-Banlieue?

Peine perdue. Selon nos enquêtes sur le terrain, de cent autocars de seconde main gratuitement offerts par la Société Turque Albayrack le 2 août 2018, il ne reste qu’environ cinq.qui apparemment roulent sur la ligne Tombolia-Port Autonome. Selon les informations reçues des ouvriers rencontrés dans les environs de la gare routière de Matoto, les 95 bus restant sont aujourd’hui sur cale au garage de la défunte SOGETRAG à Matoto,. Ceux qui sont en circulation roulent avec les capos arrière ouverts. Albayrack, du côté transports publics  n’est plus loin des tombes des défuntes SOGETRAG, SOGUITRANS. « Les autobus de la société Albayrack ? Mais ça c’est un lointain souvenir du régime Alpha ! Ils sont tous en panne. Tous ces bus sont sur cale depuis longtemps. Je ne sais même s’il en reste plus de quatre. Tout le monde savait que ces autocars étaient des épaves. L’ex ministre Oyé Guilavogui avait pourtant prévenu les autorités d’alors. Il avait bien dit que c’était des bus de troisième main. Mais on ne l’avait pas écouté en ce moment. Quelques mois après voilà »

Quant au train Conakry-Banlieue, c’est la déception pour les habitants de la Capitale. « Une semaine de service, trois mois de garage. Personne ne connait le programme de ce train fantôme. Il surgit quand aucun usager ne s’attend à lui. Tantôt on accuse les manifestations, les grèves, les sabotages et que sais-je encore. Ce train n’apporte apparemment rien aux Guinéens », tranche un sexagénaire abonné à ce train, aujourd’hui nostalgique des périodes fastes du transport ferroviaire en Guinée.

Interrogés, les responsables de la Société Albayrack, n’ont pas daigné répondre à nos questions sous prétexte que la société traverse une période difficile, ce n’est pas le moment de parler à la presse.

Les embouteillages de Conakry sont mortels !

Dans l’une de nos précédentes publications, nous avions largement fait échos de cette situation infernale, qu’est l’embouteillage dans la capitale. Nous revenons encore sur ce spectre qu’offre chaque jour, les routes de Conakry aux populations. .

Ainsi, le vendredi dernier, il nous a été encore donné de constater sur l’autoroute Fidèle Castro et la route de Tayoua à Kagbélen, des kilomètres de véhicules pressés choc par choc qui avancent au ralenti « Depuis 16 h nous sommes dans l’embouteillage. Vous savez, une qu’il y a des troubles sur l’axe Hamdalle-Sonfonia, c’est fini ! C’est le cas aujourd’hui. Même les autres jours ouvrables c’est à peu près pareil. Chaque matin pour sortir, c’est tout un problème. Le soir c’est la même chose. Que Dieu nous aide à avoir des routes dignes de nom… Je crois que c’est le nombre de véhicules qu’il y a à Conakry. Il faut déconcentrer notre capitale », nous lâche un conducteur interrogé dans le bouchon entre Bellevue et Hamdallaye.

A part ce vendredi, de jour comme de nuit, ces embouteillages paralysent la circulation et rendent difficiles les déplacements d’une commune à l’autre, d’un quartier à l’autre. Beaucoup d’usagers jurent s’interdire certaines lignes de Conakry. « Hamdallaye, Tayoua, Ratoma, Kipé, Kaporo, Nongo, Lambayi voire même Kobaya, Yattaya, Sonfonia…C’est exclu dans ma tête. C’est-à-dire…Je ne veux pas m’aventurer sur ces tronçons….Ce n’est pas la peine. Là-bas, c’est l’indiscipline et l’inconscience des conducteurs. Surtout ceux des tricycles. Sinon en passant le permis tout est dit et appris…Jamais je n’empreinte cette route », jure un conducteur, interrogé à l’entrée de l’aéroport. Perte de temps et budget grignoté, nous assistons aujourd’hui à la guerre que livrent les habitants de Conakry contre ce « voleur » de temps.

L’enfer des heures de pointe 

A partir de 7h du matin, les routes se transforment en embouteillage. Moussa Kempès Sylla se presse de gagner les abris-bus pour regagner son service au port autonome. Il quitte très tôt la maison pour être à l’heure pour ne pas perdre son emploi. « Il est 5 heures du matin. Si je ne me lève pas tôt, on va me demander de donner des explications. Je l’ai déjà fait deux fois. On m’a fait écrire deux fois ma demande d’explication à cause des retards au service. Même 5 heures du matin ce n’est pas tôt. Il va falloir me lever plus tôt que ça prochainement, si je tiens à arriver à l’heure au port

Comme Kempès, nombreux sont des travailleurs résidents à la banlieue de Conakry qui bravent la nuit et l’aurore glacial pour se rendre au service chaque jour que Dieu fait.

« J’avais un rendez-vous avec une personnalité. Mais l’embouteillage a fait que je ne suis pas arrivé à l’heure.», se lamente A. Sylla, en service au Secrétariat général du Gouvernement.

L’embouteillage, cette maladie ne touche que les grands axes. Nous sommes à Madina sur le pont où règnent l’incivisme et l’indiscipline des usagers. Ce grand lieu de commerce occupe la meilleure place parmi les Top 5 d’embouteillages à Conakry.

Un lundi matin, à notre présence, l’imprudence d’un chauffeur de taxi provoque la colère du vieux Mountaga Bah qui était dans tous ses états « Je me suis engagé et ce chauffeur  qui  fuyait  les agents de la police routière est venu cogner ma voiture. C’est l’inconscience ! Sinon il sait bien qu’ici c’est un rond point », s’exprime ainsi le sexagénaire, avec un ton nerveux. « On va essayer de s’arranger et voir ce qu’il y a lieu de faire après, mon vieux», Au moment où le chauffeur négocie d’aller à la conciliation, un autre accident se produit à proximité. La circulation est aux arrêts. En attendant le constat de la police, on se débrouille comme on peut pour sortir de ce piège. Un piège dont on échappe difficilement.

Après une journée de travail, les gares de Madina-Pharma Guinée et les cars plaques de Kaloum accueillent des milliers d’usagers. A Madina gare-Eniprag, M’Bemba, dit Deco exerce ici depuis plus de quinze ans. Il est chauffeur de taxi. Les embouteillages, il les connait bien. Selon lui, les recettes se mesurent en quantité de carburant qu’il perd chaque jour. « A cause de l’embouteillage, la consommation augmente. Si on doit dépenser par jour 120.000gnf, avec l’embouteillage on va jusqu’à 180.000gnf. Même les nombres de voyages sont réduits »Des pertes sèches. Surtout M’Bemba nous assure qu’il ne peut pas augmenter les frais de transport. « On ne peut pas revoir à la hausse les frais de transport », conclut-il. Et pourtant, nombreux sont des usagers qui voient le coût de transport doubler sur certains tronçons en cas d’embouteillage.

Après donc une journée de travail, c’est le moment pour Aissaitou B et Khadiatou D de regagner leurs domiciles. Elles empruntent le tricycle sur les tronçons les plus fréquentés de Conakry. : L’axe Dixinn-Kobaya et ses immanquables bouchons pèsent énormément sur leur vie de famille. « Quand tu rentres, il faut faire à manger, les retards, les petites disputes avec Monsieur…C’est vraiment difficile », se complaignent-elles. Il faut parfois faire face à des conditions difficiles sur les tricycles sans confort et la conduite en zig-zag au milieu des voitures et autres camions.

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