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Labé : des citoyens s’indignent face à l’importation de bétails au Fouta

Comme indiqué dans l’une de nos précédentes dépêches, face à la crise de viande qui s’accentue d’année en année en république de Guinée, les acteurs de la filière ont cette fois-ci voulu prendre les devants. Cela, en important au Fouta du bétail en provenance du Mali voisin, aux premières heures du mois de ramadan (période de forte consommation). Une option qui aurait choqué plusieurs citoyens qui auraient du mal à comprendre comment le Fouta en est arrivé à ce stade, où son cheptel bovin n’arrive plus à couvrir les besoins en viande de la région.

Reconnu comme étant un peuple essentiellement concentré sur l’élevage d’où le sobriquet de ‘’POULLO GAINAAKO’’ (littéralement peuls éleveurs), il était difficile voire impossible de croire que le peulh surtout celui du Fouta Djallon serait un jour amené à importer du bétail pour sa consommation domestique. Pourtant, c’est la triste réalité à laquelle on est en train d’assister de nos jours avec l’importation massive des Zébus maliens qui ont permis cette année de stabiliser le marché de la viande à Labé et environs.

« Il faut reconnaître qu’il n’y a pratiquement pas eu de crise de viande cette année à Labé. En plus de la boucherie centrale aux petites boutiques, en passant par les kiosques, la population a régulièrement été servie et ça facilite la tâche aux consommateurs que nous sommes. Sinon d’habitude, il faut impérativement faire la queue, se bousculer afin d’avoir un petit kilogramme de viande souvent de très mauvaise qualité. Donc, il faut reconnaître ce changement qui n’est point négligeable », salue Alpha Mamadou Diallo, enseignant à la retraite.

Par contre, nombreux sont les citoyens qui dénoncent la qualité de cette viande importée qui ne serait pas comparable à la race locale selon Fatoumata Diouldé Barry, ménagère. « C’est une viande de très mauvaise qualité avec un taux de graisse très élevé. En plus le goût aussi n’est pas le même vis-à-vis de la viande locale. Toute la famille est en train de se plaindre, alors que désormais c’est pratiquement la seule viande qui est au niveau des guichets de la boucherie. C’est à prendre ou à laisser », explique cette ménagère qui ne cache pas sa préférence entre ces deux qualités.

D’un avis contraire, docteur Mamadou Kalifa Diallo, l’ancien directeur préfectoral de l’élevage de Labé pense que la qualité est liée à plusieurs facteurs. « Je vais vous dire une chose ; l’appréciation des denrées alimentaires d’origine alimentaire dépend de beaucoup de facteurs. Il y a la race, il y a le mode d’élevage, il y a l’alimentation, il y a la zone où l’animal est élevé. Le zébus Malien et notre ndama, c’est deux races différentes. On a nous la race ndama, eux ils ont le Zébu ; mais au point de vue succulence, la viande de la race ndama est meilleure par rapport au zébu malien. Pourquoi ? Parce que ce zébu là il est nourri à partir des concentrées tandis que le nôtre c’est vraiment l’herbage naturel », réagit-il.

Pour El hadj Billo Barry, qualité ou pas, l’importation de bétail pour la consommation locale est une honte pour le Fouta. « C’est juste incroyable, le monde va à l’envers. Je suis sidéré, choqué et dévasté par cette situation. Comment le peulh en est-il arrivé là ? sinon le peulh est toujours avec son bétail. C’était jusque-là sa principale préoccupation. Et si aujourd’hui il faut que le Fouta importe de la viande pour sa propre consommation locale, comprenez que c’est choquant. C’est une preuve éloquente d’un déracinement flagrant », estime ce doyen qui regrette énergiquement cette situation.

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« À notre époque il était rare, très rare et voir impossible de trouver une concession dépourvue d’enclos, de parc à bétail ou de poulailler. C’était impossible à notre époque parce que l’élevage était une coutume, c’était si vous voulez un luxe que chacun voulait avoir. Mais aujourd’hui c’est le contraire car c’est vraiment difficile de trouver du bétail dans les concessions modernes du peulh. C’est une grande partie de notre coutume que nous sommes en train de perdre là. Il faut qu’on se réveille, il faut qu’on s’enracine », enchaîne El Hadj Alhassane Baldé.

Contrairement à ces prédécesseurs, madame Binta Barry ne semble pas du tout étonnée. « A l’allure où vont les choses personnellement je m’attendais à cette situation. Le peulh n’élève plus ; et si tu n’élèves pas tu vas forcément acheter pour ton alimentation. Donc, il fallait s’y attendre et ce n’est que le début car l’élevage est en train de disparaître progressivement chez nous. Le commerce a complètement dominé nos parents qui ont tout abandonné pour se focaliser sur cet autre secteur », soutient-elle.

« Faites un tour dans les quartiers de Labé en visitant quelques concessions. Vous serez surpris de constater que chacun a mis une boutique dans un coin de sa concession. Tout le monde veut commercer et finalement le domaine est complètement envahi. Ce, alors que l’élevage qui est notre identité est abandonné au fur et à mesure », enchaîne madame Binta Barry.

A la lumière de tous ces témoignages, force est de reconnaître que si rien n’est fait dans un bref délai ; l’élevage guinéen risque de continuer sa descente aux enfers. Pour plus d’un spécialiste rencontré par Guinéenews, l’État doit impérativement accompagner ce secteur pour un meilleur rendement.

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