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Guinée : Plaidoyer pour une couverture santé universelle

« Honneur et grandeur à une nation qui prend soin de ses malades, de ses prisonniers et de ses morts. » C’est à la poursuite de cette perfection civilisatrice que se démarquent les nations qui aspirent à être élevées et honorées, en se dotant d’une couverture santé universelle (CSU) pour tous et en créant les conditions de détention saines à ceux qui sont privés de leur liberté ainsi qu’un lieu de repos honorable aux défunts. Ces nations-là ont mis au cœur de leurs politiques sociales la préservation et le respect de la dignité humaine. Elles peuvent être considérées à cet égard comme étant les plus fidèles à l’honorable Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948. Déclaration dont la Guinée affirme d’ailleurs son adhésion totale dans sa Constitution, en tant qu’État membre des Nations-Unies depuis le 12 décembre 1958.

Et pourtant, après six décennies d’existence en tant qu’« État souverain », la Guinée figure encore parmi les nations qui continuent d’accumuler un retard honteux dans cette quête de grandeur. Ses hôpitaux sont des couloirs de la mort, ses prisons figurent parmi les plus insalubres et les plus indésirables au monde, ses cimetières sont des dépotoirs d’ordures.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de onze millions de guinéens (environ 95 % de la population) ne bénéficient pas encore d’une assurance maladie. Jusqu’à ce jour l’assurance maladie obligatoire se résume à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) qui est chargée de la gestion des régimes des pensions (vieillesse, invalidité et survivants), des prestations familiales, de l’assurance maladie et des risques professionnels en faveur des seuls travailleurs régis par le code du travail.

Outre cela les hôpitaux manquent cruellement d’équipements et la plupart des membres du corps médical n’ont pas toujours l’expertise nécessaire pour sauver des vies. Les diagnostics diffèrent souvent d’un médecin à l’autre et d’une clinique à une autre. On enregistre tous les jours dans les hôpitaux et les centres de santé du pays de nombreux décès dus à la non prise en charge des patients faute d’argent, le plus souvent pour aussi peu que sept cents mille francs guinéens. Mais aussi et bien souvent en raison du mauvais jugement du médecin ou d’un diagnostic faussé à cause d’examens médicaux mal faits.

Les souvenirs de bon nombre de guinéens resteront marqués pour longtemps par le drame de la mort de Mariame Kandé, enceinte de trois mois, décédée le mois dernier à l’hôpital régional de Kankan parce que son mari ne pouvait pas débourser les sept cents mille francs que lui réclamait la « sage-femme » avant de pouvoir s’occuper d’une douleur qui accablait son ventre et dont elle se plaignait avec insistance. De tels drames sont indiscutablement innombrables en Guinée. Et pour cause : l’inexistence au pays d’un régime d’assurance maladie pour tous.

Pourtant, plusieurs pays du continent ont commencé il y a quelques années déjà à créer des régimes d’assurance maladie afin de contribuer au développement de l’offre de soins en faveur de leurs populations. À l’exemple des pionniers dans la course (Tunisie en 2001 et Maroc en 2002), certains pays d’Afrique subsaharienne se sont lancés eux-aussi : Gabon (2007), Mauritanie (2008), Mali (2008), Togo (2010), Sénégal (2013), Côte d’Ivoire (2015). Même si l’on peut déplorer que dans ces pays-là aussi, seule une minorité de la population a accès à la couverture maladie, il n’en demeure pas moins vrai qu’ils ont le mérite d’avoir déjà fait un pas en avant. Au Kenya par exemple, le niveau de couverture universelle n’est que de 20 %, et la part du PIB (Produit intérieur brut) destinée aux dépenses de santé ne dépasse pas 4,5 %.

Cependant, deux pays du continent ont particulièrement retenu notre attention en raison de l’efficacité de leurs systèmes de santé : il s’agit du Ghana et du Rwanda.

L’exemple du Ghana : une exception en Afrique de l’Ouest 

Le Ghana est un cas intéressant. Pour résoudre les difficultés liées à l’insolvabilité des patients et de leurs familles, le gouvernement a lancé en 2005, la National Health Insurance Scheme (NHIS). Les mutuelles qui connaissent un fort engouement sont des associations établies sur une base communautaire ou professionnelle. Les cotisations des membres sont utilisées pour rembourser les frais de santé, mais aussi pour conduire des actions de prévention. Le gouvernement a augmenté la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) pour en orienter une partie vers le système d’assurance santé. Ensuite, tous les financements (cotisations sociales des fonctionnaires et des salariés du secteur formel, TVA, assurances volontaires) sont versés dans un fonds commun.

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Ce mécanisme a permis d’assurer 40 % de la population ghanéenne à la fin des dix premières années de sa mise en œuvre, même s’il pâtit de défauts fréquents rencontrés partout : lenteur des remboursements, surconsommation, etc. Parallèlement, le Ghana a renforcé son offre de soins primaires. Le pays consacre près de 9 % de son PIB aux dépenses de santé et, aujourd’hui, près de 90 % des habitants bénéficient de la couverture santé universelle, estime l’OMS.

Cas du Rwanda, une performance au-delà de l’espérance 

Alors que sorti il y a tout juste 28 ans du plus grand génocide de la fin du vingtième siècle qui a réduit sa population de près d’un million d’habitants, le Rwanda figure aujourd’hui parmi les plus dignes nations d’Afrique. Grâce notamment au leadership d’un homme, le président Paul Kagamé, le gouvernement rwandais s’est engagé en 2006 à assurer une bonne partie du financement du système de santé et à faire en sorte que les habitants puissent également y contribuer individuellement en leur créant des emplois et en soutenant les PME (petites et moyennes entreprises) et l’entrepreneuriat privé.

La Banque mondiale (BM) estime que depuis l’arrivée au pouvoir du président Kagamé en 2000, les subventions accordées aux cliniques privées ont augmenté la qualité et la fréquentation de ces structures. Selon l’OMS, près de 98 % de la population rwandaise bénéficient aujourd’hui d’une assurance-maladie obligatoire. En dehors de l’État, le reste du financement est assuré par les bailleurs de fonds à hauteur de près de 50 % du budget de la santé.

L’accès au programme est entièrement gratuit pour les Rwandais les plus défavorisés, tandis que les plus aisés paient environ 8 dollars par an, un résultat remarquable pour un pays dont le revenu national par habitant en 2019 (820 dollars), était pourtant inférieur à celui de la Guinée, estimé à 962 dollars pour la même année, selon la BM. De plus, le Rwanda a formé des dizaines de milliers d’agents de santé communautaires au cours des dix dernières années.

Vers une couverture santé universelle pour les Guinéens ? 

Dans un contexte de croissance démographique accélérée qui doublera la population du pays dans les trente prochaines années (passant de 12 millions en 2020 à 25 millions d’habitants en 2050), améliorer la couverture des besoins en santé des Guinéens pour atteindre des niveaux permettant au pays de combler son retard, suppose des efforts importants et une volonté politique agissante.

À l’instar des exemples ghanéens et rwandais, l’État guinéen peut maintenant décider sans tarder d’inscrire lui aussi son pays parmi les nations de l’honneur et de la grandeur en offrant la chance à tous ses habitants de bénéficier d’une assurance-maladie universelle. Il en a les capacités et les moyens, il ne lui manquera que la volonté et la détermination des dirigeants.

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