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Guinée: Les défis de la junte militaire dans une sous-région en proie à l’instabilité

Nécessité faisant loi selon un adage juridique, l’armée guinéenne s’est de nouveau emparée du pouvoir dans un contexte de blocage politique sans issue. En démocratie, l’irruption de l’armée sur la scène politique est toujours le signe de la faillite des dirigeants et de l’élite politique d’un État de faire fonctionner normalement les institutions démocratiques. Cette irruption révèle un profond besoin de refondation de l’État, qui avait entre-temps perdu son sens le plus élémentaire.

En Guinée, l’incurie, les pratiques draconiennes et divisionnistes du régime défunt, celui d’Alpha Condé, ont fini par « normaliser » aux yeux d’un grand nombre, la prise du pouvoir par la force. Ceci n’est pas une nouveauté dans ce pays, miné par d’insolubles crises politiques. Après la disparition du premier et du deuxième président guinéen (Ahmed Sékou Touré et Lansana Conté), respectivement en 1984 et en 2008, l’armée s’était également imposée, comme la seule alternative possible.

Leçon à tirer : Aussi longtemps que le pouvoir civil sera incapable de rassembler les guinéens et de donner un sens à leur vie en République, le poids de l’armée sera écrasante dans la vie politique. La raison de cette omniprésence s’explique non pas par l’absence de mécanismes constitutionnels de dévolution du pouvoir, mais par la présence, du fait des dirigeants, d’un climat politique pollué, rendant impossible, la mise en œuvre des prévisions constitutionnelles. Décidément, la bonne relation entre les Lois de la République et les élites dirigeantes, est entièrement à construire en Guinée, tant cette relation est tordue.

Adulé, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, patron du Groupe des Forces Spéciales, apparaît aujourd’hui comme le « sauveur » du peuple guinéen. Un peuple désabusé par la chose politique et qui n’aspire qu’à une seule et unique chose : être gouverné normalement par les élites qui se mettront à son service et non par les élites qui se serviront de lui, comme c’est le cas depuis toujours. En s’inscrivant depuis le 5 septembre dernier dans une logique de transition militaire, la Guinée vient de rejoindre, dans la sous-région, la liste des États politiquement défaillants, qui vivent presque la même situation. Il s’agit en particulier du Mali et du Tchad. À noter que la Côte d’Ivoire est un autre pays traversé par une crise politique multiforme qui n’a pas encore fini de livrer toutes ses conséquences.
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Tous ces changements interviennent à un moment où le Mali et le Tchad sont directement aux prises avec le terrorisme islamique. Face à la montée de ce fléau, les pays du golfe de Guinée ne sont pas non plus à l’abri de la menace qui se métastase de plus en plus dans l’espace CEDEAO. D’autant plus que la faillite politique et économique de certains États de la sous-région risque de transformer celle-ci en une sorte de réservoir pour le recrutement de futurs djihadistes. Une redoutable issue pour une jeunesse désespérée et déçue des élites politiques, inaptes à offrir des solutions adéquates à ses soucis existentiels.

Les nouvelles autorités militaires en Guinée ont dès lors du pain sur la planche. Durant la transition vers un régime civil, elles se doivent d’éliminer les causes de la déchéance politique et économique de la nation et de poser les bases d’une société libre, juste, démocratique et réconciliée avec elle-même. Elles doivent également tirer les leçons de toutes les pratiques déviantes qui ont conduit en 2009, à l’échec de la transition militaire conduite par le capitaine Dadis Camara. Au regard des actes qui sont posés par la junte depuis la date historique du dimanche dernier, on ne peut que leur souhaiter bonne chance et protection divine dans cette œuvre gigantesque pour le bien des populations guinéennes.

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