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Délivrance des extraits de naissance et des cartes d’identité biométriques : la grande arnaque !

Soixante mille et cent mille francs guinéens, voilà les montants qu’il faut débourser désormais pour avoir un extrait de naissance et une carte d’identité biométriques en Guinée. La police en a décidé ainsi. Mais, hélas, d’autres pratiques chroniques persistent encore à l’état civil et dans les commissariats de police. Tenez pour obtenir son extrait d’acte de naissance à l’état civil ou  sa carte d’identité nationale ou son passeport biométriques à la police, outre les tarifs officiels, les citoyens font l’objet d’arnaques de tout genre de la part des agents en charge de la délivrance des documents mentionnés ci-haut.

L’on sait pour sécuriser les documents officiels et éviter aux agents de toucher à l’argent, les autorités ont opté pour la biométrie. Ainsi, le prix de l’extrait d’acte de naissance a été fixé à 60 000 GNF. Tandis que celui de la carte d’identité est fixé 100 000 GNF et 500 000 GNF pour le passeport payable à la banque contre reçus.

Mais sur le terrain, à l’état civil, en lieu et place du montant demandé, le citoyen est obligé de débourser 25 000 autres francs guinéens, cette fois-ci, sans recevoir le moindre reçu.

D’abord, après la réception des dossiers, l’agent de l’état civil demande 5 000 GNF pour, dit-il, les frais d’enregistrement. Après deux mois d’attente liés au problème de connexion, selon eux, le retrait du dossier est conditionné au paiement de 20 000 GNF.

Pour savoir à quoi sert ce montant que les citoyens payent en dehors de celui officiel, Guineenews a apostrophé Alimou Souaré, chef service adjoint de l’état civil de Ratoma.

D’entrée du jeu, M. Souaré a fait savoir que ces montants servent à acheter les consommables. « Il y a des fiches d’identification. A côté de ces fiches d’identification, il y aussi ce qu’on appelle le matériel de conservation. Même un stylo, le projet ne met pas à la disposition du personnel de l’état civil qui est en train de travailler sur le terrain. C’est vérifiable dans toutes les communes. C’est lors de la formation que le superviseur national nous a dit de passer par là. Parce que c’est nous qui produisons les fiches, les chemises pour classer chaque dossier par nature, par ordre alphabétique », a-t-il expliqué.

En ce qui concerne les vingt mille francs guinéens réclamés lors du retrait des dossiers, l’agent d’état civil Souaré est droit dans ses bottes. « Il s’agit de deux copies supplémentaires. Le papier numérique est payé à 60 000 GNF. Mais l’expérience nous a montré que ce papier numérique même en le photocopiant, ne peut pas avoir quelque chose de visible et clair tellement qu’il est sécurisé. Alors, si tu veux un double, c’est 10 000 GNF, les deux copies font 20 000 GNF », a-t-il fait comprendre.

Sauf qu’à ce niveau, certains citoyens trouvent exagérée une copie à dix mille francs guinéens. Pire, aucune explication n’est donnée aux citoyens.

Pour étayer ses arguments, M. Souaré a rappelé que dans les 60 000 GNF, la commune a une part  qui n’est pas encore effective. « À cette date, nous avons traité plus de 3 000 dossiers. La commune n’a même pas reçu un franc. Ce projet est une innovation. Le personnel commis à la tâche n’a pas reçu toute la formation requise. Nous avons aujourd’hui une pression sociale incalculable », a-t-il laissé entendre.

A la police notamment au commissariat central de Sonfonia où nous avons été, après l’enregistrement et la prise des empreintes, une somme de 10 000 GNF est payée par personne.

Pour sa part, le contrôleur général de police, Mamadouba Paye Camara est catégorique. Au bout du fil, il dira ceci : « nous sommes à la recherche de tous les agents qui se livreraient à cette pratique. Le problème, tant que nous n’avons pas de preuves matérielles, ils vont toujours nier. En dehors des 100 000 GNF versés contre reçu à la banque, le citoyen ne doit payer aucune autre somme d’argent aux agents de police. Je ne nie pas l’existence de cette pratique, je cherche à prendre les gens la main dans le sac ».

Contactée, la société adjudicataire du contrat de confection des extraits d’acte de naissance et des cartes d’identité nationale biométrique, Multimédia Glory a rejeté en bloc ces accusations. « Je ne suis pas totalement d’accord avec le personnel de l’état civil. Ils sont fournis en intrant à savoir l’encre et en papiers rames », rétorque Oumar Bah, superviseur du site de Ratoma.

Pour sa part, Alsény Sylla, responsable administratif de la société  Multimédia Glory a abondé dans le même sens. « C’est ma première nouvelle d’apprendre qu’en dehors des 60 000 GNF et 100 000 GNF qui sont payés officiellement contre reçus à la banque, que les citoyens déboursent d’autres montants pour se procurer de leurs extraits d’acte de naissance dans les communes et leurs cartes d’identité nationale biométrique dans les commissariats centraux », a-t-il déploré.

Poursuivant, M. Sylla a indiqué que la copie d’extrait d’acte de naissance est infalsifiable. « Il paraît que c’est le duplicata qui coûterait à 10 000 GNF par copie. Il n’est pas obligatoire. Nous fournissons les matières qu’il faut au personnel. Je ne sais pas sur quelle base la collectivité s’est basée pour facturer le duplicata à 10 000 GNF. La société n’a rien à avoir avec ce montant d’où je ne saurais répondre. Pour les 10 000 GNF réclamés au niveau des commissariats centraux, la société Multimédia Glory ne sait absolument rien », a-t-il précisé.

A cet effet, il a invité les citoyens de se munir de ces précieux documents : « Avec la carte d’identité nationale biométrique, tu peux voyager dans l’espace OACI (Organisation de l’Aviation Civile Internationale) composé de 192 pays », a-t-il souligné.

Au niveau de la délivrance du passeport, à chaque étape, un montant de 10 000 GNF est récupéré. Au commissariat central de Nongo dans la commune de Ratoma, dès après le remplissage du formulaire pour le passeport, on demande de payer un montant variant entre 5 000 et 10 000 GNF. Il faut aussi noter que tous ces montants sont récupérés sans le moindre reçu.

En conclusion, on peut dire sans se tromper, que malgré la volonté des autorités de mettre un terme à l’arnaque et à la corruption, des agents en charge de la délivrance des extraits de naissance, des cartes d’identité et des passeports continuent de soutirer de l’argent.

Mais face à cette situation, le ministère de la Sécurité et de la Protection civile est monté au créneau contre l’attitude condamnable de certains agents des commissariats centraux qui exigent des demandeurs de la carte d’identité nationale biométrique, le paiement induit des sommes d’argent. Dans un communiqué dont une copie est parvenue à Guinéenews, le directeur général de la police nationale, le général Ansoumane Camara a rappelé que dans la chaîne de délivrance de la carte d’identité biométrique les éléments du dossier à fournir restent « l’acte de naissance biométrique, le certificat de résidence, le reçu de paiement de 100 000 GNF à la Banque Orabank et le paiement de 5 000 francs guinéens pour la photo  fond de dossier…»

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