
Il y a 68 ans, la Guinée vivait l’un des face-à-face les plus marquants de son histoire politique. Le 25 août 1958, le général Charles de Gaulle, alors président du Conseil du gouvernement français, foulait le sol de Conakry dans le cadre de sa tournée africaine destinée à présenter le projet de Communauté française appelé à être soumis aux territoires africains lors du référendum du 28 septembre.
Face à lui, un jeune dirigeant syndicaliste guinéen de 36 ans : Ahmed Sékou Touré. La rencontre, organisée au siège de l’Assemblée territoriale, [catuel siège de la Haute Autorité de la Communication], allait rapidement dépasser le simple cadre protocolaire pour prendre une dimension historique.
À cette époque, la Guinée est encore un territoire de l’Afrique occidentale française. La Constitution de la Ve République proposée en 1958 prévoit notamment la création d’une Communauté française regroupant la France et les territoires africains qui accepteraient le nouveau dispositif.
C’est dans ce contexte que de Gaulle entreprend une tournée africaine. À Conakry, il est accueilli par une foule importante. Mais l’enthousiasme populaire ne suffit pas à masquer les profondes aspirations à l’émancipation qui traversent la société guinéenne.
Lorsque vient le moment pour Sékou Touré de prendre la parole, le dirigeant guinéen ne se contente pas d’un discours diplomatique. Il place au cœur de son intervention la dignité, la liberté et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Il affirme notamment que la Guinée a besoin avant tout de dignité et que celle-ci ne peut exister sans liberté. Sa formule devenue célèbre résume l’esprit de son intervention : « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage. »
La déclaration de Sékou Touré surprend manifestement le général de Gaulle. Dans sa réponse, celui-ci rappelle que la Communauté française est une proposition et non une obligation. Il va surtout prononcer une phrase qui donnera une portée nouvelle au débat : la Guinée peut choisir l’indépendance en votant « non » au référendum.
De Gaulle précise alors que la métropole ne fera pas obstacle à ce choix, tout en avertissant qu’il entraînerait des conséquences dans les relations entre la France et la Guinée.
Le 25 août constitue ainsi un moment fondateur du bras de fer politique qui s’achèvera quelques semaines plus tard. Une précision historique s’impose toutefois : Sékou Touré ne dit pas formellement « non » au référendum le 25 août. Mais ce jour, son discours pose les bases idéologiques et politiques de ce qui deviendra le choix de la Guinée.
Après la visite de de Gaulle, les débats se poursuivent. Le 28 août, Sékou Touré annonce que son parti recommande le « non », avant que la population guinéenne ne rejette effectivement la proposition française lors du référendum du 28 septembre 1958.
La Guinée devient alors le seul territoire de l’Afrique occidentale française à rejeter la Constitution et la Communauté proposée par la France, ouvrant la voie à l’indépendance proclamée le 2 octobre 1958.
Soixante-huit ans plus tard, la rencontre du 25 août 1958 demeure profondément ancrée dans la mémoire collective guinéenne. Elle est souvent présentée comme le moment où, face à l’une des figures les plus puissantes de la France de l’après-guerre, un jeune dirigeant africain a publiquement affirmé l’aspiration de son peuple à la liberté.
Au-delà des controverses et des lectures différentes de l’héritage de Sékou Touré, le 25 août 1958 reste une date majeure de l’histoire politique de la Guinée. Ce jour-là, à Conakry, le débat sur une nouvelle relation entre la France et ses territoires africains s’est transformé en confrontation autour d’une question fondamentale : quelle place pour la liberté et la souveraineté des peuples africains ?
Et, quatre jours plus tard, la Guinée allait choisir sa voie : le « non ».

