
L’opérateur économique Mohamed Kourouma, PDG de la Société HAMANA, a animé ce mardi 6 octobre 2026 une conférence de presse à Conakry, au cours de laquelle il s’est exprimé sur plusieurs enjeux économiques, notamment l’emploi, l’investissement privé et les difficultés d’approvisionnement en eau conditionnée depuis l’interdiction des sachets plastiques à usage unique.
Sur la question de l’emploi, Mohamed Kourouma estime que le déficit d’investissements privés constitue l’une des principales causes du manque d’opportunités, particulièrement pour les jeunes. Selon lui, l’amélioration du climat des affaires et la stabilité restent indispensables pour attirer les investisseurs.
« Dès qu’un pays traverse des difficultés, de la tension ou de l’instabilité, les investisseurs ne viennent jamais. Chez nous, on peut toujours pratiquer le petit commerce informel, mais créer des usines, développer l’agriculture, l’élevage ou de grands projets d’entreprise, c’est impossible sans stabilité. C’est là le véritable problème de la Guinée », a-t-il déclaré.
Le PDG de HAMANA a également insisté sur la nécessité de mieux définir le rôle de l’État et celui du secteur privé dans l’économie.
« Penser que l’État doit tout prendre en charge relevait de l’époque du modèle communiste, où tout appartenait à l’État. Aujourd’hui, les règles économiques ont changé : l’État perçoit les taxes, les droits de douane et les impôts, mais ce n’est pas lui qui gère directement la production industrielle ou agricole », a-t-il soutenu.
Pour illustrer les conséquences de la faiblesse du secteur privé sur l’emploi, Mohamed Kourouma a évoqué l’absence de grandes unités industrielles dans plusieurs régions du pays.
« Les entreprises privées qui devraient s’installer et créer des usines à Kindia, Mamou, Kankan, en Guinée forestière ou à Labé ne sont pas là. Résultat : seul l’État fonctionne. Or, si seul l’État emploie et que le secteur privé est absent, il ne peut pas y avoir assez d’emplois pour la jeunesse », a-t-il alerté.
L’opérateur économique estime que le développement de la Guinée passe nécessairement par une plus grande implication du secteur privé. Il cite notamment l’exemple de plusieurs pays européens et américains qui, selon lui, ont bâti leur économie sur l’industrie, l’agriculture et l’entrepreneuriat, parfois en dépit de ressources minières limitées.
« En Europe ou en Amérique, c’est le secteur privé qui dynamise l’économie. Certains pays européens n’ont même pas de bauxite ni de ressources minières, mais ils se sont développés grâce à l’industrie, l’agriculture et l’entrepreneuriat. C’est grâce à cela qu’ils ont enrichi leurs nations. Chez nous, on continue de tout attendre de l’État », a-t-il fait remarquer.
Il a également appelé à préserver un climat politique et social propice aux investissements.
« Tant qu’un pays connaît la division, le communautarisme ou le conflit, les investisseurs ne viendront pas. Et s’ils ne viennent pas, ce sont les citoyens qui en souffrent », a-t-il prévenu.
La crise de l’eau conditionnée
Au cours de la même conférence de presse, Mohamed Kourouma s’est prononcé sur les difficultés d’approvisionnement en eau conditionnée apparues depuis l’entrée en vigueur, le 21 septembre, de l’interdiction des sachets plastiques à usage unique.
Le patron de HAMANA estime que la situation actuelle s’explique principalement par le décalage entre la demande et les capacités de production de bouteilles d’eau.
Il a toutefois salué l’adhésion de la population à la nouvelle réglementation, soulignant la disparition rapide de l’eau en sachet après l’entrée en vigueur de l’interdiction.
« Il faut féliciter la population guinéenne. Depuis l’interdiction de l’utilisation des sachets plastiques à usage unique, l’eau en sachet a disparu en trois jours. Cela veut dire que le Guinéen a commencé à comprendre qu’il faut respecter la loi », a-t-il déclaré.
Selon Mohamed Kourouma, l’ampleur des difficultés actuelles s’explique par le poids qu’occupait l’eau en sachet dans les habitudes de consommation.
« En Guinée, ce sont les sachets et les bouteilles qui sont utilisés pour la consommation d’eau. 85 % de la population utilisaient l’eau en sachet et 15 % les bouteilles d’eau. Avec l’interdiction des plastiques à usage unique, les sachets d’eau ont disparu. Maintenant, les 15 % de bouteilles d’eau qui sont sur le marché ne suffisent pas à satisfaire toute la population. C’est pour cela qu’il y a eu une crise d’eau », a expliqué le PDG de HAMANA.
Pour lui, l’augmentation des capacités de production ne peut cependant pas être immédiate. Les producteurs doivent adapter leurs installations à une demande qui a fortement augmenté depuis la disparition des sachets.
« Pour produire 100 % de bouteilles d’eau, ça va prendre du temps. C’est la difficulté qu’il y a en ce moment. Il faut se dire la vérité. Maintenant, je pense que l’État est là pour aider la population, il n’est pas là pour la fatiguer. L’État est en train d’étudier. Je pense qu’ils vont trouver la solution », a-t-il conclu.
À travers ses différentes interventions, Mohamed Kourouma a ainsi plaidé pour un renforcement du secteur privé et un environnement plus favorable aux investissements, tout en appelant à accompagner les entreprises confrontées aux conséquences de nouvelles mesures réglementaires.
