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Bernard Gomou à la 77e Assemblée générale de l’ONU : “Nous fondons l’espoir que les acteurs réticents se joindront” au cadre de dialogue inclusif

De la tribune des Nations-Unies, le premier ministre guinéen, Bernard Gomou, a évité, à l’occasion de sa prise de parole, d’aller en confrontation avec la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, très souvent accusée d’être complice des présidents dans la violation de leur constitution. Ainsi à l’occasion de cette 77e assemblée générale, il a évoqué les raisons qui ont poussé les forces de défense et de sécurité à prendre le pouvoir en Septembre 2021.

Bernard Gomou estime que la suppression de la “limitation du mandat présidentiel à deux” a été “le facteur déclencheur de troubles sociopolitiques” dans le pays. Il est également revenu sur les actions réalisées par le Cnrd et justifié le chronogramme de la transition avant de détailler le chronogramme électoral établi sur trois ans.  Lisez son discours

« (…) La République de Guinée après avoir donné le ton des indépendances en Afrique notamment dans les pays francophones, a cependant, connu des moments difficiles dans sa gouvernance. Et malheureusement, durant la dernière décennie, le régime qui était en place n’a pas dérogé à la règle. Cette période a été particulièrement marquée par une politisation des instances de l’Etat. Des violations de l’Etat de droit et la gabegie financière. Enfin, le changement constitutionnel supprimant la limitation du mandat présidentiel à deux opéré par l’ancien président a été le facteur déclencheur de troubles sociopolitiques dans une nation dont le développement était déjà paralysé bien qu’il soit en passe d’être le premier producteur  de bauxite au monde.

Face à cette situation désastreuse et la nécessité de parer aux dérives du pouvoir, les forces de défense et de sécurité unies au sein du CNRD ont dans un élan de solidarité et de patriotisme décidé de prendre leurs reponsabiités le 5 septembre 2021 en vue d’établir une gouvernance vertueuse profitable aux populations guinéennes notamment les femmes et les jeunes avec pour objectif un développement inclusif et durable. La population a adhéré à ces idéaux et exprimé ses attentes lors des concertations entre le Cnrd et les forces vives de la nation.  Un état de lieux a été réalisé afin de convenir des solutions appropriées aux défis identifiés et de relancer le pays avec pour objectif la rectification institutionnelle pour bâtir des institutions fortes  légitimes pouvant résister  au temps et à la tentation des hommes

La refondation de l’Etat pour moraliser la vie publique et restaurer l’auroité de l’Etat. Le redressement visant à rompre avec les anciennes pratiques en vue de reformer, de moderniser et de rajeunir l’administration. Le rassemblement du peuple dans son entièreté  dans la conduite des affaires publiques en toute transparence, le respect de tous les engagements au niveau national et international.

Dans cette dynamique, des progrès suivants ont été réalisés l’élaboration et la publication de la Charte de la Transition, la formation d’un gouvernement civil, la mise en place d’un Conseil national de la transition, l’établissement de la Cour de répressions des infractions économiques et financières pour lutter contre la corruption et le détournement des biens publics afin de rétablir  la confiance entre la population et les gouvernements puis la récupération des biens spoliés de l’Etat. Toutes ces procédures engagées reposent sur l’indépendance totale de la justice.

C’est pourquoi le président de la transition a martelé à la prise du pouvoir  que la justice sera la boussole dans la vie de notre nation. L’organisation des assises nationales nommées Journée de vérité et de pardon dont le rapport a été remis le 24 août 2022, A cette occasion, le chef de l’Etat m’a chargé de sa vulgarisation ainsi que de la mise en œuvre de ses recommandations issues de ces journées. La mise en place du cadre de concertations inclusif,  avec l’appui des PTF. Il s’agit d’une plate-forme permettant aux forces vives de la nation d’échanger sur la conduite de la transition. (…)

Dans le souci de mener la transition dans un cadre inclusif et apaisé, les institutions mentionnées plus haut,  ont dans l’exercice de leur mandat respectif, déployé des missions  à l’intérieur et à l’extérieur du pays pour recueillir les avis des citoyens  guinéens sur la gestion de la transition et le devenir du pays.

Ainsi, la proposition d”un chronogramme a été obtenu de façon consensuelle en vue d’éviter au peuple de Guinée de retomber dans les transitions cycliques.

Concernant la durée de la transition, point de négociation central entre la  République de Guinée et la Cedeao, il faut souligner  que le contenu de la transition présenté en dix points comprend un recensement général de la population et de l’habitat ainsi qu’un recensement  administratif à vocation d’état-civil. Ces deux opération nécessiteront 24 mois pour leur réalisation et 12 mois supplémentaires seront nécessaires pour la tenue des trois scrutins programmés. Je n’insisterai pas assez sur le caractère impérieux  de la réalisation de recensement  de qualité pour l’établissement d’un fichier électoral incontestable qui garantira les processus électoraux transparents et les résultats acceptés de tous. Il faut rappeler à ce niveau que la question du fichier électoral a toujours été le point de discorde et de contestation des différents scrutins de ces dernières années. Au vu des résultats issus des cadres de concertations inclusives et souvent sa politique de main tendue le président de la transition a créé que le cadre de dialogue inclusif  inter guinéen placé sous mon autorité.

Nous fondons l’espoir que les acteurs réticents, dans un sursaut de conscience patriotique, se joindront à ce cadre. Aujourd’hui donc, aucun obstacle ne se dresse sur le chemin du dialogue inclusif en Guinée. Il est important de souligner que sans aucune pression, les membres du CNRD, du gouvernement et du CNT ont décidé de leur propre gré qu’ils ne seront pas candidats au cours des différentes échéances électorales prochaines. Cette décision est constamment réaffirmé.

En matière de justice, et des Droits de l’Homme, le gouvernement guinéen respectueux des droits humains a, outre les réformes judiciaires en cours, fait de l’organisation des événements du 28 septembre 2009 au cours desquels il y a des victimes une priorité nationale.

C’est à ce titre que le président de la transition a pris la décision de faire organiser après 13 ans d’attente, jour pour jour, l’ouverture de ce procès en collaboration avec la CPI et le Conseil des Droits de l’Homme.

Sur le plan économique, des mesures fortes ont été prises dans le sens de la stabilisation du cadre macroéconomique pour renforcer la résilience du pays. L’élaboration du programme de référence intérimaire 2022-2025 contribuera à coup sûr à l’amélioration des conditions de vie de nos populations. C’est le lieu de rassurer tous les investisseurs publics et privés de la volonté de notre gouvernement à garantir les conditions favorables pour un meilleur climat des affaires.

L’assainissement des finances publiques et les réformes engagées dans le secteur minier notamment la fixation du prix indiciaire de la bauxite permettront aux populations de bénéficier des dividendes de la croissance de ce secteur. Nous nous engageons  à ce que les problèmes auxquels le peuple de Guinée a été confrontés  soient examinés judicieusement afin de leur trouver des solutions  durables d’où l’impérieuse nécessité de mettre en place l’état de droit et des institutions fortes pour une transition réussie, gage certain de la stabilité du pays et par extension de la sous-region ouest-africaine.

Nous continuerons à coopérer avec tous nos partenaires dans le respect de nos engagements, dans un esprit ouvert emprunt de respect et de confiance mutuelle. (…)

La 77e session de l’Assemblée générale des Nations-Unies se tient à un moment où le monde est confronté à des défis de plusieurs ordres socio-politiques et économiques caractérisés par l’avènement d’un ordre mondial multipolaire. Le thème choisi pour la présente session : “Un tournant décisif des solutions transformatrices à des défis intrigués” interpelle à tous les pays du monde à plus d’unité et d’actions et de solidarité en vu de résoudre des défis complexes générés par crise du Covid-19  et des crises affectant des zones d’approvisionnement en produits alimentaires de base, en intrants agricoles  et en produits pétroliers.

A cet égard mon pays apprécie, les initiatives lancées sous l’égide du Secrétaire général relatives à la paix et à la sécurité internationale ainsi que la voie à suivre pour atteindre les Objectifs du Développement Durable (ODD) à l’horizon 2030. Il rappelle également la nécessité de redoubler d’efforts pour y parvenir en faisant recours à la diplomatie préventive, au respect des droits humains, à la solidarité internationale en matière de lutte contre les changements climatiques et de remise des dettes au bénéfice des pays les moins avancés. (…)

Mon pays partage les préoccupations de la communauté internationale sur les questions de paix, de sécurité et de développement et des droits humains examinées par notre organisation. Il renouvelle sa position traditionnelle sur la recherche des solutions pacifiques et consensuelles à ces questions.

C’est l’occasion pour ma délégation de souligner au titre des opérations de paix que la république de Guinée a déployé depuis 1961 et continue de déployer des contingents militaires ainsi que du personnel de police et de gendarmerie dans différentes missions de paix  à travers le monde.

C’est fort de toutes ces expériences que le président de la Guinée, Colonel Mamadi Doumbouya, panafricaniste avéré, a décidé en plus du contingent guinéen, de la Minusma opérant depuis 2013, à Kidal au Mali de déployer un contingent additionnel en remplacement de celui du Bénin dont le mandat arrive à expiration en 2023.

Par ailleurs, mon réitère son engagement et insiste dans la lutte contre le changement climatique et la migration irrégulière. (…)

Nous sommes convaincus que notre organisation demeure indispensable à notre monde. Touetfois, elle mérite d’être réformée afin qu’elle soit plus juste, plus inclusive et apte à répondre aux légitimes aspirations des peuples du monde. Elle doit s’adpater aux réalités du monde, relever les nombreux défis auxquels l’humanité est confrontée et maintenir son rôle central dans la gouvernance mondiale.

Dans ce contexte, la République de Guinée attache du prix à l’application du consensus (…) à la Déclaration du Syrte qui détermine la position africaine tel déclaré par Son Excellence, le président Macky SALL, président du Sénégal, président de l’Union Africaine sur la réforme du Conseil de Sécurité.

La République de Guinée a adopté dans la même perspective que notre organisation universelle comme principe conducteur pour cette transition le dialogue inclusif y compris la Cedeao, le renforcement de l’Etat des droits, la promotion des droits humains, et la redition des comptes pour recoudre un tissu national fragilisé.

Aux noms des populations guinéennes, nous remercions les partenaires pour leurs appuis dans ce processus notamment le système des Nations Unies et les bailleurs bi et multi latéraux.

Enfin, mon pays soutient au multilatéralisme, au multilinguisme, à la révitalisation des organes des Nations Unies, un autre atout pour une coopération internationale mutuelle, avantageuse, inclusive et solidaire au service de l’humanité et du développement durable tant sollicité et voulu par les Etats membres. »

Que Dieu bénisse la Guinée, les Guinéens et les Guinéennes !

Amen

Propos décryptés par Amadou Kendessa Diallo

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