
La salle était comble. Hommes de lettres, responsables politiques, diplomates, militaires, universitaires, artistes et amoureux de la culture ont répondu présents à la cérémonie de dédicace des deux nouveaux ouvrages de l’écrivain, ancien ministre et diplomate Lamine Kamara : Paki ! Samory et Koya Amara, de la légende à l’histoire et Les Contes de Capi ou L’homme et les bêtes sauvages.
Plus qu’une simple présentation d’ouvrages, la rencontre s’est transformée en un vibrant hommage à un homme dont la plume continue d’enrichir le patrimoine intellectuel guinéen, malgré un parcours déjà exceptionnel.
En ouvrant la cérémonie, l’ancien Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré, au nom du comité d’organisation, a salué la forte mobilisation des invités, qu’il a interprétée comme le témoignage de l’estime et de l’affection que suscite l’auteur.
Pour lui, cette rencontre visait à rendre hommage à « l’engagement, au dévouement, à la constance, à la résilience et à la patience » de Lamine Kamara dans son service du pays et de la culture. Il a également rappelé que l’auteur venait tout juste de recevoir, lors des 72 Heures du Livre, le premier Grand Prix littéraire décerné par le Président de la République, avant d’offrir, quelques semaines plus tard, deux nouveaux ouvrages au public.
« Quel exploit ! Quelle abondance ! », s’est-il exclamé, estimant que Lamine Kamara n’écrit plus pour les distinctions mais « pour transmettre, inspirer et servir ».
Au nom de la marraine de l’événement, la Générale Aminata Diallo, le Général Boubacar Barry a livré une intervention particulièrement remarquée.
Il a présenté les œuvres de Lamine Kamara comme de véritables instruments de mémoire collective, capables d’éclairer les nouvelles générations sur l’histoire, les valeurs et les défis de la société guinéenne.
Selon lui, l’une des originalités majeures de l’œuvre de l’auteur réside dans sa capacité à bâtir des passerelles entre le monde civil et l’institution militaire.
« La sécurité nationale et le développement social sont les deux faces d’une même pièce », a-t-il rappelé, soulignant que les écrits de Lamine Kamara plaident constamment pour une confiance mutuelle entre civils et militaires, indispensable à la cohésion nationale.
Le représentant de la marraine a également salué l’hommage rendu dans les écrits de l’auteur à la regrettée Colonelle Colette Binta Pilote, première femme pilote d’hélicoptère de Guinée et d’Afrique subsaharienne, qu’il a présentée comme une figure emblématique du patriotisme et du rapprochement entre l’armée et la nation.
Très attendu, Lamine Kamara a choisi de prendre lui-même la parole, malgré une santé fragile.
Avec l’humilité qui le caractérise, il a remercié l’ensemble des participants avant d’expliquer les choix symboliques ayant entouré cette cérémonie.
Il a notamment justifié la désignation de la Générale Aminata Diallo comme marraine par sa volonté de rapprocher davantage les civils de leur armée.
« Les militaires sont nos fils, nos filles, nos frères, nos sœurs, nos pères et nos mères. Ils sont nous-mêmes », a-t-il déclaré, invitant chacun à dépasser les préjugés attachés à l’uniforme.
L’écrivain a ensuite présenté Paki ! Samory et Koya Amara, un ouvrage qui dépasse largement la simple confrontation entre deux figures historiques.
À travers plusieurs récits, il revisite les traditions orales du Wassolon, évoque les hauts faits de héros locaux, revient sur le siège de Kankan et apporte sa propre lecture de certaines controverses historiques, notamment autour de la mère de Samory Touré.
L’auteur s’est surtout attaché à montrer une facette souvent méconnue de l’empereur Samory Touré : celle d’un chef de guerre magnanime, capable d’intégrer dans son armée les adversaires qui avaient fait preuve de bravoure et de reconnaître les qualités de ses ennemis.
Il a également rappelé le message de réconciliation laissé par Samory à sa descendance avant sa déportation, les invitant à s’installer à Kankan sans jamais nourrir d’esprit de vengeance.
Évoquant son second ouvrage, Les Contes de Capi, Lamine Kamara a expliqué avoir voulu remettre au goût du jour les grandes leçons éducatives de la tradition africaine.
À travers les animaux, mais aussi les célèbres « cinq doigts » qui débattent de morale, de responsabilité et même de gouvernance, l’auteur revisite les contes qui ont façonné des générations d’Africains, tout en leur donnant une résonance contemporaine.
Professeur de lettres modernes de formation, ancien ministre des Affaires étrangères, ancien ambassadeur et président honoraire de l’Association des écrivains de Guinée, Lamine Kamara démontre une nouvelle fois que sa retraite n’est nullement celle de l’esprit.
À plus de quatre-vingts ans, il poursuit avec une remarquable vitalité son œuvre littéraire, mêlant histoire, mémoire, tradition, humour et réflexion sur la société.
Cette double dédicace aura ainsi dépassé le simple cadre littéraire pour devenir un véritable plaidoyer en faveur de la transmission du savoir, de la réconciliation des mémoires, du dialogue entre les générations et du rapprochement entre les civils et les forces de défense.
À travers Paki ! Samory et Koya Amara et Les Contes de Capi, Lamine Kamara rappelle que les livres demeurent des passerelles entre le passé et l’avenir, des outils de compréhension de notre identité et des leviers indispensables pour bâtir une nation unie autour de son histoire, de sa culture et de ses valeurs.

