
Disparu depuis 2025, Massa Douago Guilavogui refait surface. Il est au cœur d’une affaire de « tentative de coup d’État », a appris Guuneenews.
Sept mois après l’annonce de sa disparition par le Bloc Libéral (BL), Massa Douago Guilavogui a finalement été localisé. Selon le président du parti, Oumar Sanoh, le responsable politique est actuellement détenu à la Maison centrale de Conakry et fait l’objet de poursuites pour des faits présumés de tentative de coup d’État contre le président de la République.
L’information a été révélée lors d’un entretien exclusif accordé à Guinéenews. Le 4 décembre 2025, le Bloc Libéral avait publié une déclaration dénonçant l’enlèvement de Massa Douago Guilavogui, membre de son bureau politique national. Depuis, aucune information officielle n’avait filtré sur son sort.
Comment le BL a retrouvé la trace de son responsable
Interrogé sur les circonstances ayant permis de retrouver Massa Douago Guilavogui, Oumar Sanoh explique que le premier signalement est intervenu plusieurs mois après sa disparition.
« On vous avait déclaré, le 2 décembre 2025, la disparition de notre cher ami. Notre responsable a été enlevé. Nous n’avions pas de ses nouvelles. Le 6 avril 2026, alors que je présidais la réunion ordinaire du Bureau politique national, une de nos militantes m’a appelé depuis Dixinn pour me dire qu’elle avait aperçu Massa dans un pick-up accompagné de militaires. Effectivement, Massa, qui n’avait pas accès à un téléphone, l’a reconnue lorsqu’elle passait. Il lui a demandé de m’appeler pour me dire qu’il était effectivement en route pour le tribunal de Dixinn. C’est ce qui a été fait. J’ai ensuite partagé l’information avec les responsables réunis à cette rencontre. »
Les démarches entreprises pour lui rendre visite
Après avoir appris que leur collègue était en détention, les responsables du Bloc Libéral disent avoir entrepris plusieurs démarches pour tenter de le rencontrer.
« Le samedi, le président d’honneur, le Dr Faya, et moi-même, nous sommes rendus à la Maison centrale de Kaloum afin de rencontrer notre responsable pour une première prise de contact. Mais il nous a été indiqué qu’ils avaient été déposé au nombre de 13 et que les visites n’étaient pas autorisées. Nous sommes revenus le lundi avec son épouse et notre avocat, mais la même réponse nous a été donnée. Nous avons alors mandaté notre avocat, Maître Gabriel, qui a entrepris des démarches auprès du juge d’instruction en charge du dossier à Dixinn. C’est ainsi que nous avons obtenu la confirmation que Massa avait bien été placé à la Maison centrale. »
Des interrogations sur la procédure judiciaire
Le président du Bloc Libéral affirme également que certains éléments du dossier suscitent des interrogations au sein du parti.
« Ce qui est étonnant, d’après le compte rendu de notre avocat, c’est que l’audition de Massa aurait été réalisée le 2 octobre 2025, c’est-à-dire avant même son arrestation. À la suite de cette découverte, nous avons engagé des démarches auprès des institutions nationales et sous-régionales chargées de la défense des droits de l’homme. »
Des allégations de torture et un état de santé préoccupant
Selon Oumar Sanoh, les informations rapportées par l’avocat de Massa Douago Guilavogui font état d’une dégradation inquiétante de son état de santé.
« Notre avocat nous a informés de l’état de santé très préoccupant de notre responsable. Il nous a indiqué qu’il avait besoin d’être examiné par un médecin légiste spécialisé pour son oreille gauche et pour sa vue, car il commence à perdre la vision. Il nous a également rapporté qu’il avait été torturé et qu’il présentait des traces sur le corps. La situation est donc particulièrement préoccupante. Nous avons adressé des courriers à plusieurs institutions, notamment au système des Nations unies chargé des droits de l’homme, afin de mener des plaidoyers auprès du juge, à travers notre avocat, pour que notre responsable puisse bénéficier de soins appropriés et améliorer son état de santé. »
Une accusation de tentative de coup d’État
Le président du Bloc Libéral affirme que son parti a été informé par son avocat de la nature des faits reprochés à son collaborateur.
« Selon notre avocat, il est reproché à M. Massa Douago Guilavogui, notre responsable, une tentative de coup d’État contre le président de la République. C’est ce qui nous a été rapporté. Il appartient désormais au procureur de démontrer ces accusations et d’expliquer comment cela aurait été possible. Massa est un jeune enseignant d’une école privée. Il était à Kankan en tant que coordinateur régional du Bloc Libéral avant de s’installer à Conakry avec sa famille à la fin de l’année 2022. Je ne vois pas comment un enseignant d’une école privée pourrait disposer des moyens nécessaires pour organiser un coup d’État contre un président de la République. C’est cette situation qui nous préoccupe aujourd’hui. »
Le suivi du dossier judiciaire
Le parti assure suivre l’évolution de la procédure à travers son conseil juridique et dit rester mobilisé sur la situation sanitaire de son responsable.
« Nous avons transmis tous les éléments à notre avocat afin qu’il puisse suivre le dossier de près. Les institutions que nous avons saisies nous ont indiqué qu’un délai de six mois était prévu avant l’ouverture du procès. Chaque fois que l’avocat parvient à rencontrer Massa, il nous informe que son état de santé continue de se dégrader. C’est pourquoi nous avons sollicité les organisations de défense des droits de l’homme, ainsi que le système des Nations unies, afin qu’ils plaident auprès du juge d’instruction pour qu’il autorise la prise en charge de notre responsable par des médecins spécialisés pour son oreille et ses problèmes de vision. »
Le BL dit garder espoir avant un éventuel procès
Malgré les accusations portées contre lui, le Bloc Libéral affirme rester convaincu de l’innocence de son responsable et espère que la justice permettra d’établir les faits.
« Nous gardons espoir, dans la mesure où nous sommes convaincus que notre responsable est innocent. Ce n’est pas quelqu’un de violent ou de dangereux. Nous le connaissons depuis de nombreuses années. Depuis 2015, il milite au sein du parti et, en tant que responsable politique, nous ne lui connaissons aucun comportement de cette nature. Je suis convaincu que si le droit est dit, notre responsable s’en sortira », a-t-il conclu.

