
Le ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle franchit un nouveau cap dans sa volonté de rapprocher la formation professionnelle des jeunes. Ce mercredi, à Nongo, dans la commune de Lambanyi, le département a lancé, à travers sa Direction nationale de l’Apprentissage et des Formations professionnelles post-primaire et post-secondaire (DNAFPPPPS), la toute première session de formation dispensée grâce à une Unité mobile de formation.
L’ambition de ce nouveau dispositif est claire : aller vers les jeunes, notamment ceux qui sont éloignés des centres de formation classiques, plutôt que d’attendre qu’ils viennent à ces structures.
La cérémonie de lancement a réuni des cadres du ministère de l’Éducation nationale, des représentants de l’UNICEF-Guinée, des partenaires techniques et financiers, des responsables de l’Office national de formation et de perfectionnement professionnels (ONFPP), des autorités locales ainsi que les premiers bénéficiaires de cette phase pilote.
41 jeunes formés dans deux filières
Pour cette première expérience, 41 jeunes ont été retenus dans deux filières professionnelles. Parmi eux, 25 suivent une formation en électricité bâtiment, tandis que 16 autres sont inscrits en plomberie sanitaire.
La particularité de cette formation réside dans son approche essentiellement pratique. Les apprenants sont directement mis à contribution sur de véritables chantiers-écoles.
Ainsi, les jeunes en électricité bâtiment participent à l’électrification de six salles de classe de l’école primaire de Nongo, dans la commune de Lambanyi.
De leur côté, les apprenants en plomberie sanitaire interviennent à l’école primaire de Yimbaya Tannerie, dans la commune de Matoto, où ils travaillent à la réhabilitation du bloc de latrines de l’établissement.
Cette approche permet de combiner acquisition de compétences professionnelles et réalisation d’ouvrages d’intérêt collectif. Elle contribue également à améliorer les conditions d’apprentissage et d’hygiène des élèves et du personnel enseignant.
Hassimiou Souaré : « C’est à la formation d’aller vers le jeune »
Dans son discours de lancement, le directeur national de l’Apprentissage et des Formations professionnelles post-primaire et post-secondaire, Hassimiou Souaré, a insisté sur la portée stratégique de cette initiative.
Selon lui, l’accès à la formation professionnelle ne doit pas être conditionné par la distance séparant les jeunes des structures de formation.
« Lorsqu’un jeune ne peut pas facilement se rendre vers la formation, c’est à la formation de pouvoir aller vers lui », a-t-il déclaré.
Pour le responsable, former un jeune revient également à lui donner « une capacité d’agir, de travailler, d’entreprendre et de participer au développement de sa communauté et de son pays ».
« Notre pays dispose d’une jeunesse dynamique et pleine de potentiels. Notre responsabilité collective est de transformer ces potentiels en compétences réelles et utiles », a-t-il ajouté, tout en remerciant l’UNICEF et les différents partenaires qui accompagnent sa direction.
Il souhaite que cette unité mobile devienne à terme « un véritable dispositif de proximité, capable d’apporter des compétences là où elles sont nécessaires ».
Dr Julien Bongono : « Il faut que la formation parte vers les jeunes »
Le secrétaire général du ministère, Dr Julien Bongono, a, lui aussi, insisté sur le changement de logique induit par cette initiative.
« Pour une fois, il faut que la formation parte vers les jeunes où qu’ils se trouvent sur toute l’étendue du territoire », a-t-il déclaré.
Il a inscrit cette démarche dans le cadre de la politique de territorialisation de la formation professionnelle mise en œuvre par le gouvernement.
Selon lui, l’objectif n’est pas de reproduire partout les mêmes programmes, mais de proposer des formations adaptées aux besoins spécifiques de chaque localité.
« Quand on va sur le territoire, on ne va pas forcément faire les mêmes formations. On va faire des formations qui sont demandées au niveau local », a-t-il expliqué, citant notamment Tougué, Dalaba, Koubia et Mali.
Cette approche, a-t-il ajouté, s’inscrit également dans les objectifs de Simandou Academy, une composante du programme Simandou 2040.
UNICEF : « Ce camion est une véritable école »
Partenaire financier de l’initiative, l’UNICEF-Guinée considère la formation professionnelle comme un outil important de lutte contre la déscolarisation et de réinsertion des adolescents et jeunes exclus du système éducatif et du marché de l’emploi.
Lisa Kim, manager de la section Éducation et Protection de l’UNICEF en Guinée, a notamment évoqué la situation des jeunes dits NEET (« Not in Education, Employment or Training »), c’est-à-dire des jeunes qui ne sont ni scolarisés, ni employés, ni en formation.
Elle a également présenté l’équipement de l’unité mobile mise à disposition par l’UNICEF à la demande du ministère. Destiné notamment aux métiers industriels tels que la chaudronnerie et la soudure, le camion est aménagé pour permettre aux jeunes de recevoir une formation pratique directement sur le terrain.
« Ce camion est une véritable école. Il est équipé d’un atelier complet pour la chaudronnerie, de chaises et de tables-bancs pour au moins dix élèves à la fois, de six caisses pédagogiques contenant tous les outils pour les activités pédagogiques et d’une tente pour abriter les apprenants et les moniteurs », a-t-elle expliqué.
Un groupe électrogène permet également d’assurer la continuité des sessions de formation.
Pour Lisa Kim, cette première expérience pourrait être reproduite dans d’autres régions du pays si les résultats de la phase pilote sont concluants.
« Si les résultats de cette expérience pilote sont concluants, nous pouvons espérer étendre ce genre d’initiative à d’autres régions du pays, notamment là où les mirages de l’exploitation minière impactent le maintien des adolescents à l’école », a-t-elle indiqué.
Lambanyi souhaite la multiplication de ces formations
Les autorités locales ont salué le choix porté sur Nongo pour le lancement de cette initiative.
S’exprimant au nom du maire de Lambanyi, Baba Aliou Barry, le vice-maire Fodé Moussa Keïta a exprimé sa reconnaissance aux autorités et aux partenaires.
« Nous sommes très reconnaissants du fait que vous ayez choisi Nongo Village pour le lancement de cette activité », a-t-il déclaré, avant d’appeler le ministère et les partenaires à multiplier ce type de formations, notamment dans la commune de Lambanyi.
À travers cette première expérience, le ministère entend ainsi rapprocher davantage la formation professionnelle des populations, privilégier l’apprentissage pratique et adapter les compétences enseignées aux besoins spécifiques des différents territoires.
L’ONFPP a, pour sa part, contribué à cette phase pilote en mettant à disposition une partie des équipements pédagogiques nécessaires à sa réalisation.

