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Koundou Waka : «mon plus grand combat est de faire rayonner la culture guinéenne dans le monde » (Itw)

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Artiste hors norme, visionnaire et figure incontournable de la musique guinéenne, Abraham Sonty – mondialement connu sous son nom de scène Koundou Waka – s’impose depuis des années comme un monument de résilience et de création.

Atteint de poliomyélite dès son plus jeune âge, il a transformé ce que d’aucuns considéraient comme un obstacle en une force brute, guidé par une discipline de fer et une philosophie de vie héritée de son père. Alors qu’il s’apprête à lancer son ambition la plus audacieuse, « La conquête du monde », l’artiste se livre sans détour. Entre investissements colossaux, engagement humanitaire et vision industrielle pour la culture guinéenne, découvrez l’interview exclusive d’un homme qui refuse les limites.

Guinéenews : Abraham, votre parcours est celui d’un artiste qui a refusé d’être enfermé dans le regard des autres. Avec le recul, considérez-vous votre histoire comme une victoire sur le handicap, sur la fatalité ou sur les préjugés ?

Abraham Sonty : merci. D’abord, je voudrais qu’on change notre façon de parler. Lors d’un séjour au Canada, j’ai découvert l’expression personne à mobilité réduite et je l’ai beaucoup appréciée. Aujourd’hui, je veux mener ce combat en Guinée. À travers mon ONG, Solidarité Internationale Koundou Waka (SIK), je veux défendre les droits des personnes vivant avec un handicap et faire évoluer les mentalités.

Je suis atteint de la poliomyélite depuis 1975-1976. Je ne le cache pas. Mais mon père m’a toujours appris que le véritable handicap est dans la tête. Si ton esprit n’est pas handicapé, tu ne l’es pas, même si ton corps présente une limitation. À l’inverse, quelqu’un qui possède tous ses membres peut être handicapé si son mental l’est.

Mes parents ne m’ont jamais traité différemment. Je faisais les mêmes travaux que mes frères et sœurs. Je jouais au football, je peux conduire le vélo jusqu’à Coyah. Je conduis des voitures manuelles comme automatiques. Ils m’ont élevé comme un enfant ordinaire, et c’est cette éducation qui m’a construit.

Guinéenews : voilà plusieurs années que vous vous faites plus discret sur la scène musicale. Quelle est l’actualité de Koundou Waka ?

Abraham Sonty : aujourd’hui, je prépare le plus grand projet de ma carrière : « La conquête du monde ». C’est un projet entièrement prêt. Dans les prochaines semaines, nous lancerons officiellement la communication.

Mon ambition est simple : faire découvrir au monde un rythme guinéen capable de s’imposer comme l’Afrobeats nigérian ou d’autres courants musicaux africains. Nous avons travaillé sur un mélange moderne de balafon, de djembé et des sonorités de la forêt guinéenne. Ce n’est pas seulement Koundou Waka que je veux promouvoir, c’est toute la Guinée.

Guinéenews : vous avez souvent affirmé avoir énormément investi dans votre carrière.

Abraham Sonty : absolument. Pour certains projets, j’ai investi plus de 1,8 milliard de francs guinéens. Rien que pour un album, les dépenses ont dépassé le milliard. J’ai fait venir des réalisateurs étrangers, des techniciens, des chorégraphes. Pour certains clips, cinq professionnels sont venus du Sénégal et plusieurs autres de Paris.

Le problème, c’est qu’en Guinée, il n’existe pratiquement pas de retour sur investissement pour un artiste. On investit énormément, mais les revenus ne suivent pas.

Guinéenews : que manque-t-il selon vous pour que les artistes guinéens rayonnent davantage ?

Abraham Sonty : il faut une véritable politique culturelle. On ne peut pas accompagner tout le monde en même temps. Il faut identifier quelques artistes capables de représenter dignement la Guinée à l’international et leur donner les moyens d’y parvenir.

Les pays qui réussissent dans la culture investissent sur leurs meilleurs ambassadeurs. Nous aussi devons construire des artistes capables de remplir des festivals internationaux avec un véritable répertoire.

Guinéenews : justement, votre répertoire est souvent cité comme l’un des plus solides de votre génération. Quel est votre secret ?

Abraham Sonty : j’ai toujours travaillé avec les meilleurs. Je me suis entouré de grands arrangeurs, musiciens et réalisateurs. Nous pouvions passer un mois entier sur seulement trois ou cinq chansons.

Pendant près de sept ans, nous avons répété quatre fois par semaine avant de présenter certains spectacles. Sans sponsor, sans cachet, uniquement avec mes propres moyens.

Guinéenews : plusieurs artistes aujourd’hui célèbres, comme Azaya, Sira Condé, Naroumba ou Bangaly, sont passés par votre orchestre.

Abraham Sonty : oui, et j’en suis très fier. Ils faisaient partie de cette aventure. Nous étions une famille. Aujourd’hui encore, je peux les appeler pour jouer avec moi. Voir leur réussite me rend heureux. Leur évolution prouve que le travail finit toujours par payer.

Guinéenews : vous faites souvent une distinction entre Abraham Sonty et Koundou Waka.

Abraham Sonty : ce sont deux personnalités différentes. Koundou Waka, c’est le personnage de scène : énergique, provocateur, homme de spectacle. Abraham Sonty, c’est l’homme qui réfléchit, qui se forme, qui veut transmettre et coacher la jeunesse. Aujourd’hui, je parle davantage comme Abraham Sonty.

Guinéenews : vous évoquez très souvent votre père.

Abraham Sonty : mon père est mon plus grand repère. C’était un grand érudit. Il m’a transmis une règle que je n’oublierai jamais : les 4D : Désir, Décision, Détermination et Discipline. Selon lui, lorsqu’on possède ces quatre qualités, rien n’est impossible. C’est également lui qui m’a inculqué l’amour du savoir. Très tôt, il nous réveillait à six heures du matin pour apprendre. C’est cette discipline qui explique tout ce que je suis devenu.

Guinéenews : votre famille, très religieuse, a pourtant accepté que vous deveniez artiste…

Abraham Sonty : oui, parce que chez nous, on savait que la musique n’était pas incompatible avec la foi. Je pense surtout qu’il faut mieux comprendre la religion. Beaucoup attendent que Dieu fasse tout à leur place. Moi, je crois que Dieu accompagne ceux qui travaillent. Le premier ennemi de l’homme est le confort. Le deuxième est l’ignorance. Ensuite viennent la peur et le manque de discipline.

Guinéenews : quel album vous a demandé le plus de sacrifices ?

Abraham Sonty : sans hésitation, Polossé. C’est celui qui m’a coûté le plus cher, financièrement comme humainement. Nous avons travaillé pendant des semaines avec des équipes venues de plusieurs pays.

Le clip de Polossé est aujourd’hui un patrimoine. Même si Abraham Sonty disparaissait, cette œuvre pourrait continuer à représenter la Guinée.

Guinéenews : quels sont aujourd’hui vos rapports avec le ministère de la Culture ?

Abraham Sonty : Ils sont excellents. J’ai confiance dans le ministre Moussa Moïse Sylla. Je pense qu’il comprend l’importance de la culture. Quand je parle d’accompagnement de l’État, je ne demande pas qu’on distribue de l’argent aux artistes. Je demande qu’on mette en place un système qui permette aux projets sérieux d’être accompagnés jusqu’au niveau international.

Guinéenews : vous insistez également sur la formation… ?

Abraham Sonty : exactement. Le plus grand investissement n’est pas l’argent, c’est la ressource humaine. Il faut former les jeunes, développer leurs compétences et leur apprendre à travailler. Nous avons énormément de talents en Guinée, mais ils ont besoin d’encadrement.

Guinéenews : votre mot de fin ?

Abraham Sonty : Mon souhait est simple : que toute la Guinée accompagne « La conquête du monde ». Je veux que notre musique, notre rythme, notre culture soient connus partout sur la planète. La voix d’un artiste ne suffit pas. Il faut une vision, une organisation et une volonté collective. Si nous y croyons tous ensemble, la Guinée pourra imposer sa propre signature musicale au monde entier.

Propos recueillis par Mady Bangoura pour Guinéenews

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