
Pour ce second volet, et conclusion de notre entretien exclusif, Hadja Madina Bah nous ouvre davantage son carnet de souvenirs. Entre les coulisses de la « Voix de la Révolution » et son engagement associatif international, elle revient sur son itinéraire singulier, tissé de rencontres marquantes et de défis relevés.
C’est avec une profonde émotion qu’elle rend hommage à ses anciens collègues tout en adressant un message bienveillant à la jeune génération de journalistes. Au fil de cet échange, Hadja Madina Bah se livre sans détour sur l’art délicat de concilier une carrière médiatique exigeante avec une vie de famille épanouie.
Comment vit-elle aujourd’hui, à 80 ans, après quatre décennies de dévouement au service du média public guinéen ? Quels sont ses engagements actuels ? Autant de questions qui trouvent leurs réponses dans cette ultime partie. Plongée dans les archives vivantes d’une grande dame de la presse guinéenne.
Guinéenews : Pouvez-vous nous replongez dans les coulisses pour la suite de votre parcours ?
Hadja Madina Bah : Après le poste de Directrice du centre de formation, c’est à la nomination de Hadja Aissatou Bella Diallo à la tête du département, qu’elle me fera appel, pour occuper le poste de conseillère du ministre. A ce poste de conseillère, m’ont trouvé plusieurs ministres dont : Justin Morel Junior, Issa Condé, Aboubacar Yacine Diallo, Julius Dialé Doré…
C’est à l’arrivée du ministre Tibou Camara, que j’ai été nommée Directrice générale du quotidien national HOROYA. Là, je suis restée pendant 2 ans, et c’est au niveau de ce service, que j’ai fait valoir mes droits à la retraite.
Guinéenews : Dites-nous, quels étaient vos principaux atouts dans ce métier de journaliste ?
Hadja Madina Bah : Mon atout principal, c’est d’abord l’amour que j’ai eu pour le métier. Certes, que je disposais d’autres atouts ou compétences, que je laisse le soin aux observateurs ou aux collègues d’exalter.
Je vous signale surtout, que j’ai eu une très grande audience, un carnet d’adresse bien fourni au niveau national, aussi bien à l’international.
Parallèlement à mes activités depuis le centre de formation, nous avions créé plusieurs associations féminines, que j’ai dirigées pour beaucoup.
J’étais à l’origine de la création de l’APAC (Association des Professionnelles Africaines de la Communication), j’en ai été la première présidente, et c’est une organisation qui a été mise en place avec l’appui de l’UNFPA. Presque toutes les branches affiliées à la communication étaient réunies au sein de l’APAC.
Nous avions créé aussi le WILDAF (Women In low and Development in Africa ) (Femme-droit, et développement en Afrique), qui est un réseau international africain pour la défense des droits des femmes, dont le siège était à Harare. Des bureaux sous régionaux ont été mis en place, pour permettre d’améliorer la communication, et nous nous faisions partie du bureau ouest africain, dont le siège était à Lomé (Togo).
A travers WILDAF, en Guinée et à l’international, j’ai participé à beaucoup de formations, de rencontres, de conférences, et j’occupais le poste de secrétaire général de cette association en Guinée. La même association a eu l’opportunité d’être désignée comme ONG, membre du conseil économique et social des nations unies.
Je rends grâce à Dieu, et j’avoue que je ne néglige pas ce carnet d’adresses, qui m’a permis de m’épanouir, de mettre en évidence des atouts, en dehors du métier de journaliste.
Guinéenews : Vous avez raconté des mauvais souvenirs que vous aviez vécus. Certes de beaux souvenirs existent toujours sur le parcours. Racontez-nous-en ?
Hadja Madina Bah : J’ai vécu de beaux souvenirs sur le parcours. Un jour, j’étais assise dans la salle de rédaction, le directeur de la radio d’alors, m’appelle pour me dire, qu’il y a un militaire qui est venue me chercher à la demande de la présidence de la République. Imaginez ce que cela pouvait créer à l’époque comme trouille.
J’ai tout de suite appelé ma famille pour les tenir informer de la situation. En compagnie du militaire, nous nous sommes rendus à la présidence, et j’ai été directement reçue par le président feu Ahmed Sékou Touré. Ma peur s’est dissipée, quand j’ai constaté la présence de Tantie feue Jeanne Martin Cissé aux côtés du président. Après les salutations d’usages, le président a enchainé les questions suivantes : « Tu la connais ? Pointant Tantie Jeanne ; j’ai dit oui c’est Tantie Jeanne. Es-tu déjà allée aux Etats unis ? , j’ai dit non. Vas avec elle, elle t’expliquera le but de ta convocation. ».
C’est dans le bureau de feue Jeanne Martin Cissé, que j’ai compris l’objet de la mission : il s’agissait d’accompagner et de couvrir la mission de Jeanne Martin aux USA. J’ai pleuré ce jour, puisque la peur qui m’a habitée, avant d’avoir la bonne nouvelle, était indescriptible.
Cette mission consistait à assister à la grande conférence des nations unies pour le soutien à l’ANC, dans sa lutte contre l’apartheid et pour la libération de Nelson Mandéla. Je confirme que c’est la meilleure récompense, et l’inoubliable souvenir, que je garderai pour longtemps.
Guinéenews : Lesquels des journalistes, vous ont marquée à votre époque, et y’en a-t-il de la génération d’après, qui ont retenu votre attention ?
Hadja Madina Bah : A notre époque, toute cette vieille garde de journalistes m’a laissée de bonnes impressions. Je peux citer Ibrahima Barry, Emile Chérif, Hadiatou Sow, Saran Camara, Saran Touré, et la liste est longue. Paix aux âmes des disparus : Abass Chérif, Mohamed Tondon Camara, Mohamed Lamine Chérif, Cheick Sylla, Bouba Camara, Amara Kaba…
Pour la génération qui nous a rejoints, il y a eu de très brillants journalistes, et plusieurs sont passés par le centre de formation. Je peux citer Ibrahima Ahmed Barry, Mariama Baldé, Adama Magassouba, Yamoussa Sidibé, Fana Soumah entre autres.
Guinéenews : La vie de famille et le métier de journaliste, comment vous aviez pu gérer ces différentes obligations ?
Hadja Madina Bah : Ce n’est pas facile d’y arriver, seulement il faut savoir s’organiser. Pour mon expérience, je pense que nous avons des avantages en Afrique d’avoir de l’aide, soit de la famille, ou de l’aide domestique. Je suis ainée d’une grande famille, et beaucoup de mes sœurs vivaient chez moi, et parvenaient à gérer la maison, pendant mes absences pour motifs de services. Pratiquement, je n’ai pas souffert de cette contrainte.
Guinéenews : A la retraite, quelles sont présentement vos occupations, et quelles sont vos sources de revenus ?
Hadja Madina Bah : J’évolue toujours dans les organisations féminines, des rencontres d’échanges qui occupent, et qui permettent toujours d’être dans le bain. Il y a aussi les affaires sociales que je gère en tant qu’ainée de ma famille, et qui occupent de façon agréable mon temps. Comme sources de revenus, je vis de ma pension.
Guinéenews : Aviez-vous des projets ou comptez-vous un jour revenir dans ce métier ?
Hadja Madina Bah : (rires) A 80 ans ? Ah non, merci pour tout ce qui s’est passé, merci pour tous ce que nous avions pu faire, et vraiment nous regrettons, tout ce que nous n’avons pas pu faire. Je ne peux plus revenir ni à l’éducation, ni même à l’information. Je ne reviens nulle part, je reste dans ma famille, avec les parents et amis.
Guinéenews : La vieille garde de la presse guinéenne, vient d’être honorée par la HAC (Haute Autorité de la Communication) à l’occasion de l’anniversaire de la RTG. Quels sentiments aviez-vous ressenti à cette occasion ?
Hadja Madina Bah : C’est une première. C’est un sentiment de profonde reconnaissance, un sentiment de fierté qui m’anime, pour avoir été reconnue et honorée pour la première fois au ministère de l’information durant ces plus de 40 ans de services. Mes remerciements vont au président de la HAC, à tous ceux qui l’ont soutenu pour réaliser ce marquant et inoubliable évènement. Je prie Dieu de leur rendre leur bienfait, en les honorant mieux que tous ce qu’ils ont eu dans leur vie.
Guinéenews : Des grandes personnalités rencontrées, aux grandes manifestations couvertes, quoi d’autres ce métier vous-a-t-il rapporté ?
Hadja Madina Bah : Ce métier m’a apportée de la notoriété, être reconnue sur le plan national et international, est une reconnaissance en raison du travail bien accompli. Je suis franchement réconfortée, du fait d’avoir accomplie cette noble mission de journaliste, et de femme engagée dans les organisations féminines, pour divers combats en faveur de la couche féminine.
Guinéenews : Quels observations ou conseils donnerez-vous à cette jeune génération de journalistes pour la relève ?
Hadja Madina Bah : Vous savez c’est un peu difficile, parce que souvent les jeunes, pensent qu’une fois derrière le micro, c’est la consécration. Nous avons toujours besoin d’apprendre. Il ne faut jamais croire qu’on est au sommet, il faut toujours se dire que l’on est parti de quelque part, pour arriver là où on est arrivé. Je conseille aux jeunes d’apprendre, d’éviter l’orgueil, et de se mettre à la disposition du public qui est à l’écoute, et qui demeure le seul juge.
Guinéenews : Après tant d’années de services, peut-on savoir ce qu’est devenue Hadja Madina Bah ?
Hadja Madina Bah : Je suis devenue une très grande mère de famille, qui gère une très nombreuse famille, et qui partage beaucoup de choses avec toutes ces personnes qui sont autour de moi. Je suis toujours avec ces organisations féminines, les ONGs, avec lesquelles, les relations sont devenues plus humaines que professionnelles. Je suis encore là par la grâce de Dieu.
Guinéenews : Au terme de cet entretien, certainement nous n’avions pas eu la présence d’esprit de vous demander autre chose que vous voudrez bien mettre sur la place publique ?
Hadja Madina Bah : Je pense que l’essentiel a été dit, et nous ne finirons jamais de parler. De toute façon, j’aimerais toujours être parmi les cadres du ministère, lorsqu’il y a des évènements ou autres cadres d’échanges. Par exemple, lorsqu’il y a des retrouvailles à Horoya, je ne comprends pas, que nous ne soyons pas invités. C’est de même qu’au niveau du centre de formation, que j’ai créé de toutes pièces. Il est regrettable de constater, que nous sommes des oubliés. Nous remettre dans le bain, même si nous n’avons plus grand-chose à leur apporter, constitue des actes de reconnaissances, et cela fait énormément plaisir.
Merci infiniment d’être venu me voir, et je vous souhaite bon courage et pleine réussite dans l’exercice de ce noble métier.
Entretien réalisé par LY Abdoul

