
L’artiste Hadiatou Bah, plus connue sous le sobriquet de « Bandirou », ainsi que les créateurs de contenus Ahmed Saadate Diallo, alias « Saad », et Mamadou Alpha Baldé, dit « SoprAlpha », se rapprochent d’un tournant décisif dans la procédure judiciaire engagée contre eux.
Les trois prévenus ont comparu, ce mercredi, devant le tribunal de première instance de Dixinn dans une affaire qui continue de susciter un vif intérêt au sein de l’opinion publique. Ils sont poursuivis pour proxénétisme, trouble à l’ordre public et atteinte à la dignité humaine par le biais d’un système informatique.
Au cours de l’audience, le tribunal a décidé de joindre les différentes procédures visant les accusés en un seul dossier. Après plusieurs heures de débats, la parole a été donnée aux avocats des parties ainsi qu’au ministère public pour les plaidoiries et réquisitions.
Intervenant au nom de la société Bellingham, l’avocat de la partie civile a dénoncé les conséquences des déclarations attribuées à Hadiatou Bah. Selon lui, les propos tenus par l’artiste et relayés sur les plateformes numériques de Saad et de SoprAlpha ont gravement porté atteinte à la réputation de l’établissement ainsi qu’à celle de son propriétaire.
La partie civile estime que les accusations de prostitution et de racket diffusées sur les réseaux sociaux ont causé un important préjudice moral. Elle a ainsi demandé au tribunal de retenir la responsabilité des trois prévenus et de leur ordonner le paiement d’un franc symbolique à titre de dommages et intérêts. Elle sollicite également la diffusion d’une nouvelle vidéo destinée à rétablir l’honneur de l’homme d’affaires visé par ces allégations.
Prenant la parole à son tour, le ministère public a fustigé des contenus qu’il considère comme une banalisation du proxénétisme et une menace pour l’ordre social.
Selon l’accusation, les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux véhiculaient des messages susceptibles d’encourager l’exploitation de jeunes filles à des fins financières. Le parquet a insisté sur la portée préoccupante de ces contenus, estimant qu’ils présentaient des comportements répréhensibles comme socialement acceptables.
Pour le procureur, la gravité des faits est renforcée par leur large diffusion sur internet et leur impact potentiel sur la jeunesse. Rappelant que le proxénétisme est sévèrement réprimé par la loi, il a plaidé pour une réponse judiciaire ferme afin de prévenir toute récidive ou imitation.
À l’issue de ses réquisitions, le ministère public a demandé la condamnation de Hadiatou Bah à deux ans d’emprisonnement avec sursis et au paiement d’une amende de 25 millions de francs guinéens. Contre Saad et SoprAlpha, il a requis pour chacun une peine d’un an de prison avec sursis assortie d’une amende de 15 millions de francs guinéens.
Le parquet a également sollicité le retrait immédiat des contenus incriminés de l’ensemble de leurs plateformes numériques pour une durée de six mois.
Alors que l’atmosphère demeurait tendue dans la salle d’audience, le tribunal a finalement renvoyé l’affaire au 1er juillet prochain pour la poursuite des plaidoiries.
Placés en détention provisoire depuis le 19 mai dernier, les trois prévenus devront encore attendre avant d’être fixés sur leur sort. La décision du tribunal est particulièrement attendue dans ce dossier devenu emblématique des questions de responsabilité liées aux contenus diffusés sur les réseaux sociaux.

