
Le Premier ministre guinéen, Amadou Oury Bah, a présidé ce vendredi 15 mai 2026, à la plage Camayenne, une session de cadrage et d’impulsion des priorités gouvernementales consacrée à la présentation des Lettres de mission et des Contrats annuels de performance 2026. La rencontre a réuni plusieurs membres du Gouvernement, des cadres de l’administration publique ainsi que des responsables des structures étatiques autour des nouvelles orientations stratégiques définies par les autorités.
À l’entame de ses propos, le chef du gouvernement a rappelé que la nouvelle Constitution constitue désormais le socle de référence des politiques publiques en Guinée. « La Constitution actuelle fixe les grandes orientations des programmes gouvernementaux d’aujourd’hui et de demain. Même s’il y a une alternance, les futurs gouvernements devront assurer le respect de la Constitution », a déclaré Amadou Oury Bah.

Le Premier ministre a ensuite insisté sur les nouvelles exigences constitutionnelles en matière de droits sociaux. Selon lui, l’État est désormais tenu de garantir l’accès à l’éducation et aux soins de santé. « Le droit à l’éducation devient obligatoire, le droit à la santé et l’accessibilité aux soins pour tous les citoyens sont désormais consacrés. Ce ne sont pas simplement des principes écrits, mais des obligations que l’État doit respecter », a-t-il affirmé.
Pour Bah Oury, la réussite de ces engagements dépend directement de la capacité des régies financières à mobiliser davantage de ressources. « Si les régies financières ne mobilisent pas suffisamment de recettes, cela signifie que nous violons les droits constitutionnels des citoyens », a-t-il averti.
Évoquant les leviers du développement économique, le chef du gouvernement a mis l’accent sur la stabilité institutionnelle, qu’il considère comme indispensable à la transformation du pays. « Les pays qui ont émergé sont ceux qui ont assuré, durant une longue période, une stabilité institutionnelle dans la mise en œuvre de leurs programmes économiques », a-t-il expliqué.
Revenant sur le programme Simandou 2040, le Premier ministre l’a présenté comme le contrat social porté par les autorités guinéennes. « La mise en œuvre du programme Simandou 2040 est un sacerdoce. C’est le projet de transformation et de restauration de la souveraineté de l’État », a-t-il soutenu.
Dans cette dynamique, Amadou Oury Bah a détaillé plusieurs axes prioritaires du programme gouvernemental, notamment la diversification économique, l’industrialisation, la souveraineté énergétique et le développement du capital humain. « Notre objectif est de sortir de l’économie de rente. Les projets miniers ne doivent plus fonctionner comme auparavant. Ils doivent contribuer à la transformation globale de notre économie », a-t-il déclaré.
Une meilleure coordination entre les différents ministères
Sur la question de l’industrialisation, il a appelé à une meilleure coordination entre les différents départements ministériels. « Le ministère de l’Agriculture ne peut pas, à lui seul, assurer l’industrialisation. Il faut une synergie entre ceux qui produisent, ceux qui transforment et ceux qui créent les conditions nécessaires au développement des infrastructures », a indiqué le chef du gouvernement.
Concernant les lettres de mission et les contrats annuels de performance, Amadou Oury Bah a précisé qu’elles serviront désormais d’outils d’évaluation des différents ministères. « Le président de la République jugera chaque ministère sur l’atteinte des objectifs assignés dans la loi programme », a-t-il indiqué.

« La question énergétique, c’est notre talon d’Achille » (BAH Oury)
Abordant la crise énergétique, dans un contexte marqué par le retour des coupures de courant dans plusieurs quartiers de Conakry, Bah Oury a reconnu les difficultés auxquelles le pays reste confronté. « La question énergétique est notre talon d’Achille. Nous ne pouvons pas continuer avec plus de 3 000 milliards de subventions. Il faut arrêter l’hémorragie et instaurer une gouvernance rigoureuse et vertueuse dans ce secteur », a-t-il martelé.
Le Premier ministre a assuré que le gouvernement travaille à la résolution de cette crise, tout en pointant du doigt les insuffisances dans la gouvernance du secteur énergétique. « Il faut absolument, en ce qui nous concerne, aussi bien au niveau du ministère que dans les secteurs énergétiques, qu’il y ait une gouvernance plus rigoureuse, plus vertueuse et davantage conforme aux objectifs majeurs de prospérité », a-t-il lancé.
Le déficit du capital humain pointé du doigt
Le chef du gouvernement a également évoqué les difficultés liées à la qualité des ressources humaines dans l’administration publique. « Le capital humain, c’est notre problème. Si nous nous inquiétons de notre capacité à gérer correctement nos affaires, c’est parce qu’il y a un déficit au niveau de ce capital humain », a-t-il souligné.
Selon lui, la notion de capital humain ne se limite pas à la scolarisation. « Le capital humain ne se résume pas simplement à envoyer les gens à l’école. Ce qui compte, c’est la qualité de cette ressource humaine », a-t-il affirmé.
Bah Oury a rappelé les réformes engagées depuis deux ans pour renforcer la discipline et les valeurs au sein de la fonction publique, notamment l’immersion des nouveaux fonctionnaires dans l’armée. « Les nouveaux fonctionnaires allaient être envoyés dans l’armée pour une immersion, non pas seulement afin qu’ils acquièrent des compétences techniques, mais aussi pour qu’ils retrouvent, au sein de l’institution militaire, des valeurs morales essentielles permettant à un cadre de travailler et d’agir conformément aux intérêts de son pays », a-t-il expliqué.
Le Premier ministre a également insisté sur la modernisation de l’administration territoriale afin de limiter les déséquilibres entre les régions. « Si nous ne réussissons pas la modernisation territoriale, nous créerons des déséquilibres qui deviendront des facteurs de déstabilisation et de conflits », a-t-il prévenu.
Le chef du gouvernement a enfin appelé à plus de discipline, de solidarité et de transversalité dans l’action publique. « Chaque ministère doit soutenir les initiatives des autres et non les empêcher. Les opérationnels doivent se parler en permanence pour faire avancer les choses », a-t-il déclaré, avant d’annoncer un suivi rigoureux de la mise en œuvre du programme Simandou 2040.
« Nous allons suivre tous les aspects liés à la mise en œuvre du programme Simandou 2040. Ce qui doit être corrigé sera corrigé, ce qui doit être sanctionné sera sanctionné », a averti le Premier ministre.
Concluant son intervention, Amadou Oury Bah a exhorté les responsables administratifs à changer leurs méthodes de travail afin d’améliorer l’efficacité de l’action publique. « Il faut changer de mentalité. Réveillez-vous et assumez pleinement vos missions. Le pays entre dans une nouvelle phase de transformation institutionnelle et de gouvernance », a-t-il conclu.
