
L’affaire de la Corniche Tombo–Port autonome prend une nouvelle tournure. Selon des informations recueillies par Guinéenews auprès de sources concordantes, les trois anciens responsables dont les noms apparaissent dans la séquence actuelle — Mory Condé, Mourana Soumah et Mahamadou Abdoulaye Diallo — auraient passé la nuit du vendredi 21 au samedi 22 août 2026 en garde à vue à la Direction centrale des investigations judiciaires (DCIJ) de la Gendarmerie nationale.
Cette information, qui n’a pas encore fait l’objet d’une confirmation officielle de la part de la Gendarmerie ou du parquet, donne une dimension judiciaire nouvelle aux récents limogeages.
Elle permet surtout de mieux comprendre une séquence qui avait commencé plusieurs jours auparavant.
Trois anciens responsables déjà interrogés le 14 août
Selon nos informations, Mory Condé, Mourana Soumah et Mahamadou Abdoulaye Diallo avaient déjà été entendus par les enquêteurs de la Direction centrale des investigations judiciaires de la Gendarmerie nationale le vendredi 14 août 2026.
Cette date n’est pas anodine.
C’est précisément ce jour-là que le président de la République, Mamadi Doumbouya, est rentré à Conakry après avoir écourté son séjour privé en Grèce.
Or, selon plusieurs sources consultées par Guinéenews, les trois responsables n’auraient pas participé au cérémonial officiel organisé à l’aéroport international Ahmed-Sékou-Touré pour accueillir le chef de l’État.
Selon nos informations, leur absence serait liée à leur audition au même moment par les enquêteurs de la DCIJ.
Cette information reste, elle aussi, à confirmer officiellement.
Mais si elle venait à être établie, elle signifierait que les investigations avaient commencé plusieurs jours avant les limogeages annoncés le 21 août.
Une deuxième étape : la nuit à la DCIJ
Le dossier aurait ensuite franchi un nouveau palier vendredi 21 août.
Selon des sources proches du dossier, les trois anciens responsables auraient été conduits ou maintenus à la Direction centrale des investigations judiciaires de la Gendarmerie nationale, où ils auraient passé la nuit en garde à vue.
Cette évolution est particulièrement significative.
Une audition ne signifie pas nécessairement qu’une personne est poursuivie. Une garde à vue, lorsqu’elle est effectivement décidée dans le cadre légal, intervient en revanche dans le cadre d’une enquête judiciaire et permet aux enquêteurs d’interroger une personne sur des faits susceptibles de présenter un caractère infractionnel.
À ce stade, Guinéenews ne dispose pas d’un document officiel précisant le statut procédural exact des trois intéressés, ni les qualifications pénales éventuellement retenues contre eux.
Il convient donc de parler de garde à vue rapportée par nos sources, et non d’une culpabilité ou même d’une mise en accusation établie.
Le point commun : le dossier de la Corniche
Pourquoi ces trois anciens responsables se retrouvent-ils dans le même faisceau d’investigations ?
L’une des pistes qui revient avec insistance concerne le dossier de la reconstruction et de l’aménagement en 2×2 voies de la Corniche nord, entre le rond-point du Port autonome de Conakry et le rond-point Tombo.
Le marché porte sur environ 2,3 kilomètres, pour une durée contractuelle de 24 mois.
Son montant est particulièrement élevé : 433 991 574 697 francs guinéens TTC, soit près de 434 milliards de francs guinéens.
L’entreprise retenue est GUICOPRES-BTP, dirigée par Kerfalla Person Camara, dit KPC.
Le ministère de l’Urbanisme a lancé la procédure en juin 2024. Le 1er août 2024, GUICOPRES a été déclarée attributaire provisoire.
La notification d’attribution définitive est, elle, intervenue le 25 mars 2025.
Et le lancement officiel du chantier est intervenu le 22 décembre 2025.
Entre ces différentes dates, plusieurs questions restent posées.
Mory Condé, Mourana Soumah, Mahamadou Abdoulaye Diallo : quel rôle dans le dossier ?
Au moment de la procédure d’attribution provisoire, les trois hommes occupaient des responsabilités importantes dans l’appareil d’État.
Mory Condé était ministre de l’Urbanisme, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire, département directement concerné par le projet.
Mahamadou Abdoulaye Diallo était ministre des Infrastructures et des Travaux publics.
Mourana Soumah dirigeait le ministère de l’Économie et des Finances.
Autrement dit, chacun se trouvait, à des niveaux différents, dans l’environnement institutionnel de la commande publique et du financement des grands projets.
Il ne faut cependant pas confondre présence institutionnelle et responsabilité pénale.
Le fait d’avoir été ministre au moment où un marché a été préparé ou attribué ne suffit évidemment pas à établir une faute.
C’est précisément ce que les investigations devront déterminer.
Une chronologie qui interpelle
Le calendrier du marché mérite néanmoins d’être examiné.
- Juin 2024 : lancement de la procédure ;
- 1er août 2024 : attribution provisoire à GUICOPRES ;
- 2 octobre 2024 : annonce du démarrage prochain des travaux ;
- 25 mars 2025 : attribution définitive ;
- 22 décembre 2025 : lancement officiel du chantier ;
- 14 août 2026 : selon nos informations, audition des trois anciens responsables à la DCIJ ;
- 21 août 2026 : limogeage de Mory Condé, Mourana Soumah et Mahamadou Abdoulaye Diallo ;
- nuit du 21 au 22 août : selon nos sources, placement ou maintien en garde à vue des trois intéressés à la DCIJ.
C’est cette succession qui donne aujourd’hui au dossier une dimension particulière.
Les 433 milliards au centre des interrogations
Le montant du marché est évidemment l’un des principaux points qui devront être examinés.
433,99 milliards de francs guinéens pour environ 2,3 kilomètres.
Mais une comparaison brute avec le seul coût du kilomètre de route serait trompeuse.
L’Administration et Contrôle des Grands Projets (ACGP) indique que le projet comprend notamment des travaux de terrassement, de chaussée, d’assainissement et de drainage, des aménagements de carrefours ainsi que des ouvrages d’art. L’ACGP identifie GUICOPRES-BTP comme entreprise chargée des travaux et BETEC SA comme organisme chargé du contrôle et de la supervision.
La question n’est donc pas simplement de savoir si 434 milliards paraissent beaucoup.
La vraie question est :
les 433 991 574 697 francs guinéens correspondent-ils réellement aux travaux, aux quantités et aux prix unitaires prévus dans le marché ?
C’est à cette question que les enquêteurs devront répondre.
Prix unitaires, métrés et éventuels avenants : les documents décisifs
Pour établir ou écarter une éventuelle surfacturation, plusieurs pièces seront déterminantes.
Il faudra notamment examiner :
- le dossier d’appel d’offres ;
- les études techniques ;
- les métrés ;
- le bordereau des prix unitaires ;
- l’offre financière de GUICOPRES ;
- les offres des éventuels concurrents ;
- le rapport d’analyse et d’évaluation des offres ;
- le contrat définitif ;
- les éventuels avenants ;
- les décomptes et situations de travaux ;
- les paiements déjà effectués ;
- les procès-verbaux de réception ;
- les rapports de contrôle et de supervision.
Sans ces documents, il serait prématuré de conclure à une surfacturation.
Mais leur examen pourrait permettre de savoir si le montant du marché est techniquement et financièrement justifié.
Et le rôle de GUICOPRES ?
Le nom de KPC apparaît nécessairement dans le dossier puisque GUICOPRES-BTP est l’entreprise attributaire.
Mais là encore, la prudence journalistique s’impose.
Aucune information officielle à notre connaissance ne permet actuellement d’affirmer que KPC ou GUICOPRES fait l’objet d’une procédure judiciaire dans le cadre de ce dossier.
Le fait que l’entreprise ait remporté un marché public ne constitue évidemment pas, en soi, une preuve d’irrégularité.
Si les enquêteurs découvraient des anomalies, il faudrait encore déterminer leur origine et les responsabilités de chacun : administration contractante, commission d’évaluation, organes de contrôle, décideurs publics et entreprise attributaire.
Pourquoi le retour précipité de Doumbouya
La chronologie donne également une importance particulière au retour du chef de l’État.
Selon les informations communiquées autour de son déplacement, Mamadi Doumbouya se trouvait en Grèce avant de rentrer précipitamment à Conakry.
Le 14 août, jour de son arrivée, les trois responsables auraient, selon nos informations, été entendus par la DCIJ au moment même où le président était accueilli à l’aéroport.
Une semaine plus tard, ils sont limogés.
Puis, selon nos sources, ils passent la nuit suivante dans les locaux de la Gendarmerie.
Si ces informations sont confirmées, la séquence suggère que les investigations étaient déjà suffisamment avancées avant les décisions présidentielles du 21 août.
Mais cela reste une hypothèse tant que les autorités judiciaires ne préciseront pas officiellement le contenu et le périmètre de l’enquête.
La lutte contre la corruption comme ligne rouge
Dans son message suivant son retour, Mamadi Doumbouya a réaffirmé sa volonté de lutter contre la corruption et de soumettre les responsables publics à une exigence d’exemplarité.
C’est dans ce contexte qu’interviennent les limogeages.
Le chef de l’État n’a toutefois pas publiquement présenté la Corniche Tombo–Port autonome comme le motif des décisions.
Cette distinction est importante.
Il existe aujourd’hui une forte concordance entre le calendrier des auditions, les fonctions antérieures des trois responsables, le dossier de la Corniche et les limogeages. Mais la causalité doit encore être établie.
Une affaire qui pourrait dépasser les trois anciens ministres
Si une enquête judiciaire est effectivement ouverte autour de ce marché, elle pourrait difficilement se limiter aux trois responsables.
Un marché public de cette importance implique toute une chaîne.
Il faut donc identifier :
qui a conçu le projet ;
qui a réalisé ou validé les études ;
qui a établi les métrés ;
qui a fixé les prix ;
qui a préparé le dossier d’appel d’offres ;
qui a analysé les offres ;
qui a validé l’attribution ;
qui a autorisé les paiements ;
qui a contrôlé les travaux ;
et, enfin, qui a bénéficié des paiements effectués au titre du marché.
C’est à cette seule condition que l’on pourra déterminer s’il existe une éventuelle responsabilité pénale, administrative ou financière.
La question que tout le monde se pose désormais
Les récents événements placent désormais le dossier de la Corniche sous une lumière nouvelle.
Pourquoi trois anciens responsables ayant occupé des fonctions importantes au moment de la préparation et de l’attribution du marché ont-ils été interrogés par la DCIJ ?
Pourquoi ces auditions auraient-elles eu lieu le jour même du retour du chef de l’État ?
Pourquoi les trois hommes auraient-ils été absents du cérémonial d’accueil à l’aéroport ?
Pourquoi ont-ils ensuite été limogés une semaine plus tard ?
Et pourquoi auraient-ils passé la nuit du 21 au 22 août dans les locaux de la DCIJ ?
La réponse à ces questions pourrait se trouver dans le dossier de la Corniche.
Mais elle pourrait aussi se trouver dans un autre dossier.
Pour l’heure, Guinéenews ne peut affirmer que la procédure judiciaire visant les trois responsables porte exclusivement sur le marché Tombo–Port autonome.
Ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas
Ce que l’on sait : le marché existe, il porte sur environ 2,3 kilomètres, son montant est de 433,99 milliards de francs guinéens TTC, GUICOPRES-BTP en est l’entreprise attributaire et l’attribution définitive date du 25 mars 2025.
Ce que nos sources rapportent : Mory Condé, Mourana Soumah et Mahamadou Abdoulaye Diallo auraient été entendus le 14 août par la DCIJ et auraient ensuite passé la nuit du 21 au 22 août en garde à vue dans les mêmes locaux.
Ce qui reste à confirmer officiellement : le statut judiciaire exact des trois hommes, les faits précis qui leur sont reprochés, le périmètre de l’enquête et le lien éventuel entre cette procédure et le marché de la Corniche.
Ce qui reste à établir : l’existence ou non d’une surfacturation, d’une irrégularité dans la procédure d’attribution ou de toute autre infraction.
Et c’est précisément là que commence le véritable travail d’enquête.
Guinéenews poursuivra ses investigations sur les pièces du marché, les éventuels avenants, les paiements effectués et les responsabilités de chacun, tout en donnant la parole aux différentes parties concernée

