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Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : le parcours d’un mordu d’instruments traditionnels du pays

Issu d’une famille griotte de père et de mère, Youssouf Condé pour ses premiers pas, suivait son père dans les cérémonies de réjouissance lors desquelles, tout au début, il accompagnait le Papa au doundoun.

Youssouf Condé alias ‘’Balafola’’, comme son surnom l’indique, est un artiste musicien joueur de balafon ou balafola.

Fils de feu Dyè Tenin Sékou et de Terenna Kouyaté, Youssouf Condé est né en 1964 à Dabola, marié à une femme, il est père de 6 enfants (4 filles 2 garçons).

Griot de souche, plus tard commerçant et fervent pratiquant de l’islam à travers le coran qu’il maitrise dit-il, Youssouf Condé ‘’Balafola’’, rencontré à la paillote par votre site électronique Guineenews, nous livre dans cet entretien son parcours.

A travers la correspondance de sa mère, bien qu’il avait mis à la touche le balafon, vu le respect religieux de la tradition, le résumé et le contenu de cette correspondance, va pousser Youssouf à reprendre le balafon à la demande de sa mère.

Lisez !

Guineenews : comment êtes-vous venu à la musique ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : Je suis né dans cette famille griotte où, j’ai trouvé presque tout le monde dans cette pratique. L’instrument de prédilection de mon père était le balafon, bien qu’il jouait le n’gonin, la guitare et un peu la kora.

Guineenews : de tous ces instruments pratiqués par votre père, vous avez opté pour le balafon. Pouvez-vous nous donner les raisons qui ont motivé votre choix ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : En réalité c’est mon père qui m’a appris le balafon. Et il a tenu à ce que je m’intéresse à la pratique de cet instrument. C’est ce qui explique réellement mon choix et le penchant pour cet instrument.

Guineenews : peut-on savoir votre parcours dans la pratique du balafon ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : Au décès de mon père, ma mère nous a conduit à Simankoi dans la préfecture de Kankan en 1976. Et c’est en 1981, que j’ai rejoint Conakry par le canal de ma grand-mère. Arrivé, je suis venu auprès de mon feu frère du nom de Diaraba, alias Maître Picket, qui était un grand couturier et qui est décédé en 2000. Beaucoup de musiciens venaient coudre leurs habits dans l’atelier de mon frère. Je peux citer feu Lancinet Kanté et feu Lansana Condé, tous deux, sociétaires de l’orchestre Horoya Band national (chanteur et soliste) ; feu Babadian Kaba, ainsi qu’Amadou Sodia, qui d’ailleurs fut repéré à travers sa guitare et sa voix par le Horoya band et la troupe ‘’Sodia’’, au sein de l’atelier de mon frère.

J’avais abandonné le balafon depuis le décès de mon père, pour me lancer dans le commerce. C’est en 1997, que ma mère nous a envoyé une correspondance, dans laquelle, elle nous a exhortés de ne pas abandonner l’instrument de prédilection de la famille. Pour elle, nous étions tous devenus des ‘’Wahabias’’ en abandonnant notre essence. Mon défunt frère, très secoué par le contenu de la lettre, et avant de me la faire lire, s’est mis à l’œuvre, pour réparer le balafon du Papa, longtemps casé dans un vieux sac de riz et sous le lit.  La maman a souhaité, à ce que personnellement, j’abandonne toutes activités pour revenir à la pratique du balafon.

Guineenews : cest à la demande de la maman que vous êtes revenu au balafon. Que faisiez-vous avant que cette correspondance ne vous parvienne ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : j’étais revenu à la lecture du coran et parallèlement je faisais du commerce.

Guineenews : cette barbe tout à fait blanche peut-elle expliquer votre appartenance aux ‘’Wahabias’’, sinon que nous, nous vous avions collé longtemps le sobriquet de ‘’Jacob Desvarieux du balafon guinéen’’. Peut-on avoir des explications ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : (Rires). Exactement, le coran et le commerce étaient mes deux choix. C’est quand j’ai lu la lettre de ma mère, franchement j’étais abattu. J’avais complètement quitté ce domaine du balafon et je me demandais, comment reprendre la pratique de cet instrument. Dans tous les cas, je n’ai pas abandonné ma foi religieuse malgré que je suis revenu à ma source, c’est-à-dire à mes ancêtres.

Guineenews : la reprise de la pratique de cet instrument a été certainement difficile pour vous. Comment vous avez pu huilé la machine pour être à ce niveau. Retracez-nous votre parcours ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : au début, mon frère m’a conseillé d’acheter des cassettes de nos artistes traditionnelles pour écoute. Il m’a cité les noms des artistes Hadja Kadé Diawara, l’ensemble instrumental de Sory Kandia Kouyaté et pleins d’autres artistes traditionnels. Finalement, il m’a dit de venir à la paillote où évolue le groupe de Djélikè, dénommé les ‘’Djélidens’’. C’est avec cet ensemble que j’ai commencé à jouer au moderne avec le balafon. Ensuite, Sékouba Kandia est venu me chercher pour faire son clip ‘’Korossi’’. Il y ‘en a plusieurs qui ont sollicité ma contribution au balafon. Joué pour l’emblématique formation, le Bembeya jazz national est un honneur pour moi.

Guineenews : présentement, vous appartenez au groupe standard de feu Petit Condé. Comment vous aviez été recruté au niveau de ce constant ensemble ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : j’ai été recruté lors d’un spectacle de Sékouba Bambino prévu à Conakry. Il a préféré jouer avec le groupe Standard de feu Petit Condé. A cette époque, il s’est trouvé que le balafoniste Sourakata du groupe Standard était décédé. J’ai voulu décliner l’invitation, sachant que Bambino avait un groupe dans la capitale. Feu Petit Condé m’a rassuré que pour ce spectacle, Bambino, sollicite le groupe standard. C’est ainsi que j’ai intégré ce groupe et je suis toujours là, présent depuis des années.

Guineenews : au service de plusieurs autres artistes en tant que requin de studios, comme on aime appeler les artistes sollicités pour les enregistrements, pouvez-vous nous dire quel est le rôle du balafon dans les orchestrations musicales ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : Pour mieux expliquer cela, disons que c’est un instrument modérateur. Il joue un rôle subtil dans les orchestrations entre le moderne et la tradition.  Le balafon est doux à l’écoute et très raffiné quand on lui accorde une meilleure sonorité. C’est un soutien qui accompagne l’orchestre et qui, selon l’arrangement, se fait sentir parfois en solo.

Guineenews : aujourd’hui, il y a peu de pratiquants du balafon, pouvez-vous nous expliquer cette rareté dans la pratique du balafon ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : Mon argument par rapport à cette question, je crois que c’est dû au vedettariat engagé par la jeunesse. Des aînés ont valorisé cet instrument. Ils ne sont plus nombreux ceux qui en améliorent. L’entretien du balafon est difficile et actuellement la paresse domine les enfants. Tous ces jeunes artistes optent pour la ligne d’arrivée. Ils sont chanteurs, guitaristes, Djembé fola ou percussionnistes.

Guineenews : quelles initiatives préconisez-vous, pour que les jeunes reviennent à cet instrument traditionne ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ :  Ces jeunes pour la pratique du balafon, il faut créer des centres de formations, de confections à tous les niveaux. Cela va aider les générations futures, à perpétuer cette pratique. Pour preuve, que d’autres soient fans de notre culture, un européen vient d’apprendre le balafon chez moi. Il s’en va après cet apprentissage, enseigner les sénégalais à travers un centre d’apprentissage. Et, il nous a fait remarquer qu’il y a des centres d’apprentissages de tous ces instruments au Sénégal. Il est désolé de voir ou d’entendre, que nous sommes précurseurs et toujours à ce niveau.

Le balafon de Soumaoro Kanté est domicilié en Guinée et précisément à Niagassola. Nous venons de perdre ce conservateur de ce balafon, dont l’inhumation a eu lieu le 11 mars dernier. A cette jeunesse et à nous guinéen, je conseillerai de ne pas quitter le balafon. Conservons jalousement notre identité culturelle. Le balafon aujourd’hui, se ressent principalement dans l’ensemble instrumental national et peu dans les numéros des ballets africains, d’où les percussions dominent.

Guineenews : vous avez beaucoup voyagé et accompagné assez d’artistes en spectacles et dans les studios. De l’expérience dirions-nous, vous en aviez-acquis. De plus beaux ou mauvais souvenirs en moins dénombrés dans le parcours, peut-on en savoir plus ?  

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : Pour un souvenir inoubliable, je vous raconterai mon voyage en compagnie du Bembeya jazz national au Sénégal. Je devrais y aller avec le groupe Standard. Ce qui n’a pas eu lieu et le Bembeya jazz m’a recruté pour le concert ‘’Regard sur le passé’’.

Ce jour, au niveau de la balance, j’ai eu peur vu le nombre de micros affectés à mon balafon. Aucune fausse note n’était acceptable, tellement que la sonorisation était parfaite. J’ai joué et à la fin en larmes, dans la loge, j’ai appelé, feu Lansana Condé, guitariste soliste du Horoya band, qui fut mon maître au balafon. C’est un souvenir inoubliable.

Mon plus mauvais souvenir, est ce voyage que j’ai effectué avec Sékouba Kandia Kouyaté dans ce même pays de la Téranga. Au lieu du spectacle prévu, l’orchestre fut annoncé. Après le premier titre, bien applaudi, nous avions reçu des coups de pierre venant de partout. Qu’est ce qui se passe, ce fut la question au bout de toutes les lèvres. Le spectacle a été annulé et grâce aux relations de Sékouba Kandia, nous avions rejoint l’hôtel. C’est un mauvais souvenir car, cet ensemble était au top et le répertoire bien maîtrisé.

 Guineenews : quel est votre regard sur la musique guinéenne ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : Nous musiciens, devons beaucoup faire attention car, la musique guinéenne est en train de mourir. Plusieurs de nos jeunes artistes qui évoluent sur le plan national et international, ne sont pas en train de faire de la bonne musique guinéenne connue d’antan. Il faut reconnaître nos défauts et essayer de nous améliorer. Tout a été jeté depuis 1984 et la musique guinéenne ne fait que dégringoler.

Guineenews : avez-vous des conseils à prodiguer à cette jeune génération qu’elle soit instrumentiste ou vedette au chant ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : A nos enfants, à nos frères et sœurs, je dirai de revenir à la source. C’est très important. Ceux qui croient que la vieille génération ne peut plus rien apporter, qui croient que leur temps est dépassé, se trompent. D’une génération à une autre chacun a écouté ses prédécesseurs. La musique a eu des valeurs au niveau des anciens musiciens. Je profite de l’occasion pour prier Dieu, afin que leurs âmes reposent en paix. Ils sont talentueux mais difficilement parmi eux, nous reconnaissons notre riche folklore.

Guineenews : vous nous avez dit, que vous n’êtes pas fonctionnaire et vous ne bénéficiez pas de cette indemnité accordée aux gloires du secteur des arts de la culture et des sports. De quoi faites-vous vivre votre famille ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : Je nourris mes 5 enfants, mon épouse, ma mère, les proches et parents, grâce aux bénédictions de mes parents et de mon balafon. Alhamdoulilahi, j’ai écouté après le décès de mon père les conseils de ma mère.

Guineenews : qu’est-ce que vous préconisez dans l’avenir, pour maintenir au jour ces instruments traditionnels et surtout, celui du balafon dont vous êtes aujourd’hui le plus pratiquant et convoité ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : Depuis le temps du capitaine Dadis, j’ai présenté un projet de recrutement des jeunes et d’un local approprié pour la formation. Rien en a été jusque-là. J’ai formé tas d’européens au balafon, qui en profite pour vulgariser la formation au niveau de l’Afrique de l’Ouest. Je rends hommage au feu doyen Lansana Condé du Horoya Band, qui m’a instruit de toujours léguer les connaissances.

Guineenews : autour de vous, est-ce vrai que vous êtes partisan du lègue de connaissance, aussi à travers vos enfants et d’autres ?

Youssouf Condé ‘’Balafola’’ : oui ! tous mes enfants à l’âge jouent le balafon. Mes filles chantent et pour preuve des émissions télévisées en font foi. Je conseille à cette jeune génération de revenir vers ces instruments traditionnels. C’est dommage aujourd’hui, que l’on constate la disparition de plusieurs instruments traditionnels. Le tunnè, le Karigna et d’autres instruments traditionnels qui n’existent presque plus dans nos orchestrations. Revenons à la source.

Entretien réalisé par LY Abdoul pour Guineenews

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