
La Chine entend accélérer l’accès des produits africains à son marché à travers la généralisation du zéro droit de douane et l’assouplissement de certaines procédures sanitaires et douanières. C’est l’un des principaux messages livrés par Zhang Xiaohui, responsable du Département des affaires internationales de l’Administration générale des douanes de Chine, lors d’un échange avec des journalistes africains à Beijing, le 19 août 2026.
Cette politique concerne désormais les 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec la Chine. Depuis le 1er mai 2026, les 20 pays africains qui ne sont pas classés parmi les pays les moins avancés bénéficient à leur tour de droits de douane nuls sous la forme de tarifs préférentiels, pour une période allant jusqu’au 30 avril 2028. Les 33 pays africains classés parmi les pays les moins avancés bénéficiaient déjà, depuis le 1er décembre 2024, d’un taux nul sur 100 % des lignes tarifaires.
« L’Administration générale des douanes de Chine […] met sérieusement en œuvre les mesures de zéro droit de douane sur l’ensemble des lignes tarifaires au bénéfice des 53 pays africains ayant des relations diplomatiques avec la Chine », a déclaré Zhang Xiaohui.
193,8 milliards de yuans d’importations africaines en deux mois
Les premiers chiffres disponibles montrent une progression des importations chinoises en provenance du continent depuis l’entrée en vigueur de l’élargissement de la mesure. Selon les données communiquées par l’Administration générale des douanes, la Chine a importé pour 193,8 milliards de yuans de marchandises africaines au cours des seuls mois de mai et juin 2026, soit une hausse de 23,5 % sur un an.
Les produits aquatiques et les matières premières textiles ont notamment enregistré des progressions à deux chiffres. Les importations de certains fruits africains ont également fortement augmenté : +130 % pour les avocats, +89,6 % pour les pommes, +27,9 % pour les oranges et +11,9 % pour les pamplemousses.
Cette dynamique s’inscrit dans une progression plus large du commerce sino-africain. Selon Zhang Xiaohui, les échanges entre la Chine et l’Afrique ont atteint 348,81 milliards de dollars en 2025, un record. Au premier semestre 2026, ils se sont établis à 203,65 milliards de dollars, également un record pour cette période de l’année.
Du côté des exportations chinoises, les douanes indiquent que les seules exportations de produits électromécaniques vers l’Afrique ont atteint 534,11 milliards de yuans au premier semestre 2026, en hausse de 28,8 %.
Quels produits sont concernés ?
Contrairement à une interprétation qui limiterait le dispositif aux produits agricoles, le principe porte sur 100 % des lignes tarifaires pour les 33 pays africains les moins avancés. Pour les produits soumis à des contingents tarifaires, toutefois, le taux zéro ne s’applique qu’aux quantités importées dans les limites du contingent ; le tarif applicable hors contingent reste inchangé.
Depuis le 1er mai 2026, le dispositif a été étendu aux 20 autres pays africains ayant des relations diplomatiques avec Beijing, sous la forme de taux préférentiels nuls jusqu’au 30 avril 2028. Là encore, pour les produits soumis à contingent tarifaire, seule la partie importée dans le quota bénéficie du taux zéro.
Les marchandises susceptibles d’en bénéficier ne se limitent donc pas au café, au cacao ou aux produits agricoles. Le mécanisme couvre les produits correspondant aux lignes tarifaires concernées, à condition qu’ils remplissent les règles d’origine et les autres exigences d’importation chinoises.
Des cas concrets montrent déjà l’étendue des produits bénéficiant de la mesure. Du café vert kényan, auparavant soumis à un droit de 8 %, entre désormais à taux zéro dans le cadre du dispositif. Des peaux de chèvre nigérianes, auparavant taxées à 10 %, bénéficient également du taux nul. Des noix de pécan sud-africaines et des fibres de sisal du Kenya figurent aussi parmi les marchandises ayant récemment bénéficié des préférences tarifaires.
Zéro droit de douane ne signifie pas entrée automatique en Chine
Pour les exportateurs africains, la suppression des droits de douane ne dispense cependant pas du respect des règles chinoises d’accès au marché.
Le premier critère est celui de l’origine du produit. Pour bénéficier du tarif préférentiel, la marchandise doit être reconnue comme originaire du pays bénéficiaire. Les règles douanières chinoises considèrent notamment comme produits originaires ceux entièrement obtenus ou produits dans le pays concerné. Pour les marchandises fabriquées à partir d’intrants provenant de plusieurs pays, des critères de transformation substantielle et des règles spécifiques d’origine sont appliqués.
La preuve de cette origine est donc déterminante. Les autorités chinoises ont mis en place un système électronique de délivrance de certificats d’origine pour les 20 pays concernés par l’extension entrée en vigueur le 1er mai. Lors de la déclaration en douane, l’importateur ou son représentant doit demander l’application du tarif préférentiel et présenter les justificatifs requis, notamment le certificat d’origine selon les modalités prévues.
Pour les pays les moins avancés bénéficiant du régime spécial, les douanes chinoises exigent également des documents permettant d’établir l’origine préférentielle de la marchandise. Les procédures douanières prévoient notamment la preuve d’origine, la facture commerciale et les documents de transport. Autrement dit, « zéro droit de douane » ne signifie pas « zéro formalité ».
Piments, café, cajou : Beijing simplifie les procédures
Au-delà des tarifs, les autorités chinoises cherchent aussi à réduire les obstacles sanitaires et phytosanitaires qui peuvent ralentir l’entrée des produits agricoles africains.
Zhang Xiaohui a notamment annoncé la modernisation du « corridor vert » consacré aux produits agricoles et alimentaires africains.
« L’Administration générale des douanes a optimisé l’ensemble des procédures d’accès sanitaire et phytosanitaire, mis en œuvre une gestion différenciée selon les risques et accéléré davantage l’accès des produits agricoles et alimentaires africains », a-t-il expliqué.
Les piments secs et les grains de café répondant aux exigences chinoises peuvent désormais être exportés par les pays africains concernés sans que Beijing ait à négocier, pays par pays, de nouvelles exigences phytosanitaires ou un protocole spécifique.
La même approche a été étendue aux noix de cajou. Une annonce publiée le 9 juin 2026 par les douanes chinoises a généralisé leur accès sanitaire et phytosanitaire aux pays africains ayant des relations diplomatiques avec la Chine.
Auparavant, seuls quelques pays, dont la Guinée-Bissau, le Mozambique et la Gambie, disposaient de cet accès. Les autorités chinoises ont estimé que les risques phytosanitaires liés aux noix de cajou étaient suffisamment similaires à travers le continent pour permettre l’adoption d’exigences communes.
Depuis le 10 juillet, une démarche comparable concerne les produits aquatiques sauvages. Selon Zhang Xiaohui, le Kenya, la Tanzanie, la Sierra Leone, l’Ouganda, Madagascar, Djibouti et le Mozambique disposent déjà d’autorisations d’exportation vers la Chine, tandis que plusieurs autres pays ont engagé des démarches.
Une opportunité à saisir pour les exportateurs africains
Pour les autorités chinoises, le défi est désormais de transformer l’avantage tarifaire en échanges commerciaux effectifs.
« Certains pays africains connaissent encore insuffisamment les mesures de zéro droit de douane ou ne savent pas comment tirer pleinement parti de cette politique », a reconnu Zhang Xiaohui.
L’enjeu est d’autant plus important que l’existence d’un tarif douanier nul ne suffit pas à garantir l’accès effectif d’un produit au marché chinois. Les exportateurs doivent notamment satisfaire aux règles d’origine, obtenir les documents nécessaires et, pour les produits agricoles, alimentaires, animaux ou végétaux concernés, respecter les exigences sanitaires, phytosanitaires et d’enregistrement applicables.
La Chine affirme parallèlement vouloir renforcer les capacités des administrations africaines. En 2025, 410 participants africains ont pris part à 24 programmes de formation organisés par les douanes chinoises. Huit autres sessions ont déjà été organisées en 2026 et six sont encore prévues.
Beijing mise également sur la reconnaissance mutuelle du statut d’Opérateur économique agréé (AEO). Des accords de reconnaissance mutuelle ont déjà été signés avec l’Afrique du Sud, l’Ouganda, le Burundi, le Rwanda et le Maroc, tandis que des processus de coopération sont engagés avec plusieurs autres pays.
À travers le zéro droit de douane, l’assouplissement des procédures d’accès et le « corridor vert », la Chine cherche ainsi à faire de son immense marché de consommation un débouché accru pour les produits africains. Reste désormais aux pays du continent et à leurs entreprises à satisfaire aux exigences d’accès et surtout à développer une offre exportable capable de profiter effectivement de cette ouverture.

