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Mines : la Guinée pose les bases d’un Fonds souverain doté de 4 milliards USD entre 2029 et 2035

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La Guinée veut transformer une partie des revenus tirés de ses ressources minières en investissements durables et en épargne pour les générations futures. Le gouvernement a présenté, ce mercredi 9 septembre 2026, les grandes orientations du futur Fonds souverain de Guinée (FSG), appelé notamment à accompagner le Programme Simandou 2040.

Réunis autour du Premier ministre Amadou Oury Bah et de la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, des membres du gouvernement, cadres de l’administration, représentants du secteur privé, partenaires techniques et financiers et experts ont examiné l’architecture envisagée pour cette nouvelle institution.

Selon les éléments présentés par le directeur du Bureau de stratégie et de développement (BSD), Mamadou Saliou Diallo, le Fonds devrait être constitué sous la forme d’une société anonyme à capitaux publics, détenue à 100 % par l’État. Les projections prévoient 4 milliards de dollars de dotations entre 2029 et 2035.

L’objectif affiché est de rendre le Fonds opérationnel dès 2026, parallèlement à la montée en puissance des exportations de minerai de fer de Simandou.

Trois missions : investir, stabiliser et épargner

Le dispositif envisagé repose sur trois compartiments distincts. Le premier sera consacré à l’investissement et au développement, notamment dans la transformation minière, l’agro-industrie, les infrastructures productives et l’émergence de champions nationaux.

Le deuxième aura une fonction de stabilisation. Il devra permettre d’amortir les conséquences de la volatilité des cours des matières premières sur les recettes publiques. Enfin, un compartiment d’épargne intergénérationnelle devra constituer progressivement un patrimoine diversifié, notamment à l’international, destiné à survivre à l’épuisement des ressources minières.

Pour Mariama Ciré Sylla, l’enjeu consiste précisément à éviter que l’exploitation actuelle des ressources épuisables ne bénéficie qu’aux générations présentes. « Une partie des revenus de nos ressources naturelles sera préservée au bénéfice de ceux qui viendront après nous. C’est peut-être la dimension la plus exigeante de ce projet : accepter de mettre de côté aujourd’hui pour que demain soit plus solide », a-t-elle déclaré.

La ministre a également insisté sur la vocation de développement du mécanisme. Les revenus miniers, a-t-elle soutenu, devront se traduire notamment par des infrastructures, des services de santé et d’éducation ainsi que des emplois.

Raffineries, aciérie et agro-industrie parmi les investissements envisagés

Les premières pistes présentées donnent une place importante à la transformation locale des matières premières. Figurent notamment parmi les projets envisagés des raffineries d’alumine, une aciérie d’une capacité de 500 000 tonnes par an et une raffinerie d’or d’une capacité annoncée de 250 000 à 500 000 kilogrammes par an.

Le dispositif pourrait également soutenir des parcs agro-industriels utilisant les infrastructures du corridor de Simandou, une école de formation en alumine à Conakry, la modernisation de l’Institut supérieur des mines et de la géologie de Boké ainsi que le renforcement des capacités des PME guinéennes.

Agriculture, élevage, pêche, santé, éducation et formation à travers la Simandou Academy, mais également tourisme, culture et artisanat apparaissent aussi dans les domaines susceptibles de bénéficier des investissements.

Le Fonds est présenté comme l’un des instruments financiers devant accompagner Simandou 2040, programme comprenant, selon les données exposées, 122 mégaprojets, 36 réformes et plus de 200 milliards de dollars d’investissements projetés à l’horizon 2040, dont plus de 65 milliards durant la phase d’accélération 2025-2030.

Le FSG n’a toutefois pas vocation à financer à lui seul ces 200 milliards de dollars. Il est plutôt présenté comme un outil destiné à mobiliser et attirer d’autres capitaux autour de projets jugés rentables sur les plans économique, social et financier.

« Il investit, il ne dépense pas »

Les concepteurs insistent également sur ce que le futur Fonds ne devra pas devenir. Il ne s’agira ni d’une caisse dans laquelle l’État pourra puiser librement en cas de difficulté budgétaire, ni d’un guichet de subventions.

Le principe présenté est celui d’un investisseur de long terme : chaque franc engagé devra générer un retour sous forme de dividendes, de remboursement ou de création de valeur. Les financements pourront s’étendre sur 10, 15 ou 20 ans, contre des horizons généralement plus courts pour les banques commerciales.

Le FSG pourrait investir aux côtés d’acteurs privés guinéens ou étrangers afin de partager les risques et de mobiliser des financements supplémentaires.

Bah Oury met en garde contre les pressions du court terme

Dans son intervention, le Premier ministre a surtout insisté sur la discipline qui devra entourer la gestion de cette institution. « Les ressources issues du Simandou ne devront jamais être absorbées par les seules urgences du présent », a averti Amadou Oury Bah. Elles devront, selon lui, soutenir la diversification économique, renforcer les capacités d’investissement du pays et préserver une partie de la richesse nationale au profit des générations futures.

Le chef du gouvernement demande notamment des règles précises concernant les versements et les retraits, une gouvernance reposant sur la compétence et la responsabilité ainsi qu’une publication régulière des informations relatives à la gestion du Fonds.

« Les ressources qui lui seront confiées appartiennent à la Nation. Leur gestion devra pouvoir être justifiée, documentée et évaluée », a-t-il insisté.

Cette question de gouvernance constitue l’un des principaux enjeux du projet. Le gouvernement annonce vouloir aligner le FSG sur les principes de Santiago, référentiel international de bonnes pratiques applicable aux fonds souverains.

Comment les projets seront-ils sélectionnés ?

Le mécanisme présenté prévoit plusieurs étapes avant qu’un projet ne bénéficie d’un investissement : vérification de son éligibilité, analyse des risques opérationnels, financiers et juridiques, examen de sa rentabilité et de son impact, structuration du financement, approbation puis suivi.

Les secteurs prioritaires cités comprennent notamment la transformation manufacturière et métallurgique, l’agriculture et l’agro-industrie, le BTP et le logement, la logistique et les transports, l’énergie et l’eau, le tourisme, le numérique et l’industrie financière.

Pour les opérations les plus importantes, celles dépassant 5 % du bilan du Fonds, l’approbation relèverait du conseil d’administration. En dessous de ce seuil, la décision pourrait être déléguée à la direction exécutive.

À l’issue de l’atelier, le gouvernement entend désormais consolider le cadre juridique et institutionnel, préciser la doctrine d’investissement et arrêter la feuille de route devant conduire à l’opérationnalisation du Fonds.

Pour Bah Oury, la réussite du mécanisme se mesurera surtout sur le long terme : « Notre génération sera jugée sur l’usage qu’elle aura fait des ressources exceptionnelles confiées à la Guinée. »

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