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Rio Pongo/Boffa : de l’histoire de l’esclavage au réservoir touristique et du patrimoine historique

La préfecture de Boffa regorge d’énormes potentialités touristiques  tant sur le plan géographique, maritime, écologique, historique que religieux.

Dans ce large éventail de profil touristique, le plus important reste les sites touristiques d’esclavage dont on dénombre une bonne dizaine à avoir été effectivement opérationnels.

Parmi ces sites négriers, figurent en bonne place Dominghia, Faringhia, Thia, Bangalan, Bakoro, Sagnapaulia, Kossinsing, Kissing, Guèmèyiré, Falandjan et Bakia, pour ne citer que ceux-ci.

Selon les informations recueillies sur les lieux, ces centres ont été gérés par des négriers venus acheter la main d’œuvre [à la place de la main d’œuvre indienne], pour aller travailler dans les plantations d’ananas et de betterave dans les pays d’Amérique,  principalement les pays d’Amérique Latine.

Chaque port ou centre négrier avait un chef négrier

Administrateur territorial à la retraite doublé de communicateur, le Doyen Moussa Bapport Soumah rapporte que parmi ces négriers figuraient, entre autres, les Portugais, les Allemands et les Anglais.

“Ces derniers par exemple étaient à Sagnapaulia. D’autres, à Bakoro et à Kissing, nous informe-t-il.

À l’en croire, il en était de même à Dominghia où Louis Lightburn avait commencé la traite avant de finir à Faringhia. Parce que ces négriers étaient toujours à la recherche de lieux propices au commerce des esclaves.

Qui étaient ces esclaves ?

À cette interrogation, le communicateur indique que c’étaient soit des esclaves affranchis, soit des esclaves venus d’ailleurs. “À Dominghia comme à Sagnapaulia, à Tonya comme à Fressinia ou encore à Kossinsing, les esclaves étaient pris parmi les rebelles [récalcitrants] au sein des familles ou du village, ceux qu’on appelait sorciers ou ceux qui n’obéissaient pas aux commandements des chefs traditionnels”, nous enseigne-t-il.

Ces esclaves, aux dires de notre informateur, étaient pris avec force pour être vendus aux négriers qui les achetaient et les traitaient.

“A Faringhia par exemple, il y a des zones de traitement, tout comme à Balandougou, pour dompter les esclaves afin de les soumettre à la volonté de leurs maîtres”, rapporte le Doyen.

Poursuivant, il ajoute qu’à Fossikhouré, il y avait une eau traitée qu’on faisait boire aux esclaves pour les contenir de leurs grimaces, pour ne pas qu’ils soient rebelles. Et qu’il y avait aussi des pierres bien travaillées, notamment dans la forêt de Balandougou, sur lesquelles on faisait asseoir les esclaves pour les dompter.

“Ensuite, on les mettait en chaînes ou en cordes avant de les envoyer au débarcadère de Faringhia. De là, ils étaient dirigés à Dominghia qui constituait le point d’embarquement pour les Amériques via l’île de Gorée au Sénégal et Marseille, en France”, informe M. Soumah.

Comment ces esclaves étaient-ils traités ?

Notre interlocuteur juge tout d’abord nécessaire de rappeler que ces esclaves venaient d’horizons divers à travers les centres négriers. Et qu’ils se distinguaient les uns des autres de par les tatouages qui leur étaient  imprimés  sur le corps, à l’aide d’un fer rougi au feu.

Autant comprendre que chaque centre négrier avait sa marque de cachet qui pouvait être mis sur l’épaule, la cuisse ou le bras, comme on apposerait un cachet sur du papier.

Des traitements non honorables qui ternissent, selon certains observateurs, l’image de Boffa. Mais puisque c’est le passé, si douloureux soit-il, il faut l’assumer, surtout que la responsabilité pénale est individuelle. C’est pourquoi Boffa ne nie nullement l’exercice de ces pratiques sur son sol à une certaine époque de son histoire.

D’ailleurs, n’est-ce pas en guise de souvenirs de ces atrocités que des Afro-américains se taguent le corps aujourd’hui, comme pour exprimer qu’ils sont conscients de leurs origines lointaines africaines dont ils sont également fiers ? La question se pose.

Toujours est-il que sur l’un de ces sites où nous sommes rendus, précisément à Dominghia, des maisons  autrefois appelées les *esclaveries, dont certaines sont en ruines, y sont encore perceptibles.

“Ces esclaves, une fois débarqués là, étaient acheminés vers les garderies où d’autres étaient tatoués, avant d’être conduits dans les bateaux négriers, liés les uns aux autres par des chaînes, soit au cou, soit aux pieds”, nous enseigne-t-on.

“A Boffa, n’accostaient que des navires de relais, parce que les grands navires anglais qui avaient charge de transporter les esclaves jusqu’en Amérique vers l’île de Gorée, parce que Dakar était la capitale de l’Afrique occidentale française. Donc, le plus grand centre négrier se trouvait à Gorée, au Sénégal. De là, ils étaient conduits soit aux Amériques, soit en France”, confie le Doyen Moussa Bapport Soumah.

Outre ces sites touristiques d’esclavage, la préfecture de Boffa compte plusieurs autres sites religieux. On peut également y développer l’écotourisme à partir de la faune et de la flore qui restent accessibles aux touristes curieux de visiter ces lieux.

À Boffa, il y a aussi des sites balnéaires comme au Bel Air, à Siboti ou à Koba, entre autres. Sur chacun de ces sites, le visiteur a le plaisir et le loisir de s’offrir un bain de sable des plus magnifiques.

On peut également ménager des villages touristiques autour pour des séjours inoubliables. Les recettes peuvent être bénéfiques tant pour les résidents que pour l’État.

Que dire de ses sites touristiques de montagnes qui donnent une large vue sur l’étendue de la mer et la nature luxuriante, avec sa faune et sa flore ?

Avec ses sites religieux, Boffa peut valablement vivre du tourisme religieux. Des endroits comme Khoureralandé, Toumbéta, Kinyaya, Katep, le Sanctuaire Marial et l’église de Dominghia peuvent drainer des milliers de visiteurs et autres nécessiteux pour des invocations.

Boffa la mosaïque

A entendre Boffa, on a tout de suite tendance à attribuer cette partie de la Basse Guinée nord aux Soussou, tant leur influence y est grande. Mais la préfecture reste peuplée par plusieurs autres groupements notamment des mulâtres, des familles issues des explorateurs comme les Wilkinson, Morel, Fulbright, Marshall, Turpin, Emerson, Gomez, Finando et Katty, entre autres qui y vivent dans une parfaite harmonie depuis des siècles.

En attendant qu’une autre explication ne vienne démentir ou amender ce qui précède, Guinéenews se fait le devoir de vous proposer ce texte, en vue d’avoir une idée de la pratique de l’esclavage dans cette région,  tout en vous promenant dans les méandres des potentialités de celle-ci, quoique malheureusement inexploitées.

Avec ces nombreux acquis, Boffa ne devrait-elle pas se présenter comme le réservoir incontesté du tourisme et du patrimoine historique ? Faites-y un tour pour vous en convaincre !

Mady Bangoura, de retour du Festival du Rio Pongo, pour Guineenews

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