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Que sont-ils devenus ? Le chanteur et compositeur Ibrahima Sory Dambakaté à cœur ouvert (entretien)

Ibrahima Sory Dambakaté, musicien, chanteur auteur et compositeur est né en 1964 à Koulewondy, dans la commune de Kaloum. Il est fils de feu El hadj Dyeli Moussa et d’Hadja Sokhona Dambakanté. Marié à 1 femme, il est père de 10 enfants dont 4 garçons et 6 filles.

Il estompera ses études primaires en 5ème année à l’école du Centre à Conakry 1, pour être conduit par son père à Monrovia (Liberia) au profit des études coraniques. Arrivé là-bas, le football prendra le dessus sur le ‘’Madarassa’’, et il fut finalement renvoyé à Conakry par son maitre coranique pour encore retourner chez son père.

Au constat du retard accusé pour continuer les études, Dambakaté va opter en 1983 pour l’apprentissage de la mécanique auto au Garage du Gouvernement, où il ne passera qu’une année clés en mains, vêtements tachetés d’huile. De là, il a été détourné de ce chemin par la musique qu’il continue de pratiquer.

Le musicien, chanteur auteur compositeur Ibrahima Sory Dambakaté, s’est confié à votre site électronique Guinéenews, dans une interview réalisée dans l’enceinte de la Paillote.

Dans cette interview, Dambakaté nous relate comment il en est venu à la musique. Après tant d’échecs sur d’autres voies. De son parcours entre le Kaloum star et l’Atlantique mélodie, sans idole dit-il, Dambakaté motivé pour réussir, nous parle de sa discographie, de ses sources d’inspirations et de son intégration dans le groupe standard de feu Petit Condé.

Pour un court passage dans le Bembeya jazz national, boule à la gorge, Ibrahima Sory Dambakaté reste tout muet et en fait une expérience dans le parcours.

Absent sur le marché du disque guinéen depuis près de 15 ans, Ibrahima Sory Dambakaté explique les raisons, parle de son affiliation au BGDA, de ses relations avec son Ministère de tutelle.

Le groupe standard sans feu Petit Condé, Dambakaté donne son point de vue sur les qualités du défunt guitariste et de l’état actuel de l’évolution orchestral de ce groupe.

Pour clore cette interview, le seul propriétaire du célèbre titre ‘’To sogé’’, ayant encore dans sa besace des produits vendables dit-il, demande de l’aide pour la production de ses albums, ne serait-ce que pour la postérité et la survie de sa famille.

Lisez !

 Guinéenews : Après toutes ces tentatives vouées à l’échec, pouvez-vous nous dire comment celui qui était prédestiné certainement à devenir Imam, s’est retrouvé derrière le micro ?

I.Sory Dambakaté : Au fait quand j’ai constaté que tous mes amis sont en avance sur moi au niveau des études, je me suis réorienté après les échecs essuyés (Ecole coranique et métier) dans l’apprentissage de la musique. C’est ainsi que j’ai pris la décision de me confier à Maitre Mamadou Aliou Barry (paix à son âme). A son tour, Il me confiera à Maitre Bob Tanou (paix à son âme) ex-chanteur de l’orchestre Kaloum star de Conakry 1.

J’ai eu comme maitre ce talentueux chanteur, chez qui j’ai habité et pour qui à domicile, j’assumai tous les travaux ménagers et à travers lequel j’ai servi de bagagiste au Kaloum star. Je chantais quelque fois avec le Kaloum star en compagnie de feu Gabar.

C’est en 1984, après le départ de plusieurs musiciens au sein du CAT1 mélodie dirigé par Ibrahima Bah ‘’Prince’’ que lui-même, a demandé notre recrutement auprès de feu Maitre Barry. Sur propre accord, j’ai accepté avec feu Gabar d’intégrer, et Prince Bah procèdera à d’autres recrutements notamment feu Ousmane Danfodio, Sombré, Akim Camara, Mohamed Kassawoura.

Après le départ de Prince Bah pour ses études à Cuba, Pivot Traoré reviendra comme chef d’orchestre et nous étions plusieurs au chant. Il y avait Fodé Kouyaté, feu Petit Sény ‘’Khanouya’’, Sombré Kharouna, Bazino. Et j’étais l’animateur chanteur et danseur du groupe.

Guinéenews : Pouvez-vous nous situez sur la discographie de l’Atlantique mélodie ?

I.Sory Dambakaté : En ce moment, on ne parlait pas d’albums et ce sont des enregistrements qui se faisaient à la RTG. Nous avons enregistré des titres tels, ‘’Faux ya’’, ‘’Yugé mu Takkhuma’’, ‘’Ibara monè ba’’, ‘’Kènènyi’’, ‘’Féraba fékolonyibè’’ et tant d’autres. Il faut souligner que nous étions toujours managés et accompagnés par l’artiste feu Fodé Conté ‘’Fatala’’.

Guinéenews : Aviez-vous eu une idole en matière de chant ?

I.Sory Dambakaté : Je vous assure que je n’ai pas eu d’idole pour venir au chant. La seule motivation que j’ai eue, c’est le fait que tous mes amis avaient pris de l’avance sur moi et sur le plan des études et sur tous les autres plans d’ailleurs.

Guinéenews : Après l’Atlantique mélodie, quel est cet autre chemin ou parcours que vous aviez suivi ?

I.Sory Dambakaté : après mon passage à l’Atlantique mélodie, j’ai opté pour l’aventure et ce qui m’a conduit au Sénégal où, j’ai passé 11 mois et bien que j’y pratiquais de la musique. Mon retour à Conakry a coïncidé à la sortie de l’album ‘’ Dugutègè yanfè’’ de mon ami Fodé Kouyaté. Laissez-moi vous dire, que j’ai sérieusement galéré à Conakry. L’ambition de réaliser un album me dominait. J’allais à pied de la banlieue en ville et je n’avais pas de toit, je dormais sous les tables dans les salons et c’était vraiment une autre étape de ma vie. Un ami m’avait chassé de chez lui, j’étais un sans-abri. C’est à Coronthie, chez un ami où je résidais finalement, la chance m’a souri pour aller faire mon premier enregistrement à Abidjan. 

Guinéenews : Vous avez vécu d’énormes galères avant de pouvoir sortir la tête de l’eau. A ce jour, pouvez-vous nous présenter votre discographie ?

I.Sory Dambakaté : de nos jours, j’ai réalisé 3 albums qui sont sur le marché du disque. Vous avez ‘’To sogué’’ en 1998, ‘’Banban n’Fari’’ en 2000 et ‘’Duniya’’ en 2007.

Je vous signale aussi que d’autres albums dorment dans les studios pour faute de moyens pour leurs productions.

Guinéenews : Quelles sont vos sources d’inspiration ?

I.Sory Dambakaté : Avant tout, je suis griot de souche donc de sources intarissables. Je m’inspire de tout et de rien, surtout pendant la nuit. Et chaque fois qu’une chanson me vienne en tête, je la retiens et comme je ne sais pas l’écrire, le matin je me dirige au studio pour en faire une banque de données. C’est après, que je soumets le plus souvent mes chansons aux grands compositeurs, aux ainés pour corrections et améliorations.

Guinéenews : Il est évident qu’on aime tous ces enfants qu’on a mis au monde. Il y a que parfois les sentiments peuvent différer. Dans vos trois albums, quel est le titre qui vous a le plus marqué ?

I. Sory Dambakaté : Peut-être que c’est votre point de vue. Personnellement, j’aime toutes mes chansons au même titre. En les réécoutant, je me rappelle le plus souvent, les conditions et moments dans lesquels elles ont été conçues et cela me redonne du courage.

Guinéenews : Au sondage, beaucoup de mélomanes indexent votre titre ‘’I Sédé mu i yakhouira’’, comme étant l’un de vos meilleurs titres. Qu’en dites-vous ?

I. Sory Dambakaté : Cela ne me surprend pas puisqu’à chacune de mes sorties ou playback, ce titre est beaucoup sollicité. Je vous apprends qu’après la composition de ce titre, je partais toutes les nuits consulter feu Fodé Conté pour arranger soit les paroles, soit les gammes. Qu’il soit remercié ici à titre posthume et que son âme repose en paix.

Guinéenews : Du Kaloum star à l’Atlantique mélodie en passant par votre carrière solo, comment aviez-vous intégré le groupe standard de feu Petit Condé.

I. Sory Dambakaté : J’ai intégré ce groupe par le biais de feu Petit Condé même. Un jour il m’a appelé pour me dire ceci : « Ecoute mon frère, il est temps pour nous de se retrouver, afin de travailler ensemble pour le bonheur de la musique guinéenne que nous avions conçu et connu. Plusieurs d’entre nous sont sans revenus et se laissent aller par les vices. Donc je te charge de contacter les autres aussi ».

Sans hésiter, je suis venu le rencontrer à la paillote et il assurait et le manger et le transport afin que ce projet ait lieu. Il m’a chargé d’aller rencontrer Yaya Bangoura ‘’El Bangou’’, qui était tout départ réticent. Après l’intervention de sa femme, il a accepté et sa première soirée lui a apporté un revenu venant des mécènes.

Depuis je fais partie du groupe des chanteurs, j’assure le solo, le chœur, le tierce et l’animation au niveau de la danse. Je me sens bien dans le groupe.

Guinéenews : Un moment vous aviez appartenu à l’effectif du Bembeya jazz national. Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui autour de cet orchestre ?

I. Sory Dambakaté : Je préfère ne pas en parler et j’en fais une autre étape d’expérience dans ma carrière musicale.

Guinéenews : Apparemment, vous dissimulez des faits réels vécus au sein du Bembeya et dont vous ne voulez pas mettre sur la place publique ?

I. Sory Dambakaté : J’avoue que je n’ai rien à cacher et sauf que j’ai la fierté de pouvoir raconter un jour, que j’ai eu l’opportunité de jouer au sein de la plus grande formation orchestrale nationale de la Guinée. Tout va bien entre moi et le Bembeya.

Guinéenews : Depuis près de 15 ans vous n’êtes pas sur le marché du disque guinéen. Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette longue absence ?

I. Sory Dambakaté : C’est simplement le manque de moyens, qui peux expliquer cet état de fait. J’ai plusieurs titres au studio, et je suis capable de produire aujourd’hui 2 à 3 albums. Pour l’autoproduction, il est impossible pour moi d’y penser puisque les moyens ne sont pas à disposition. Même payer mon loyer pose problème, à plus forte raison faire face à un projet d’une telle envergure.

Guinéenews : Etes-vous affilié au BGDA ?

I. Sory Dambakaté : Oui ! je suis inscrit au BGDA et je perçois à chaque occasion mes droits d’auteur. Je perçois aussi, les droits d’auteur de ma défunte sœur feu Kanny Dambakaté pour laquelle je prie Dieu, afin de lui accorder le paradis céleste.

Guinéenews : Décrivez-nous l’état des relations qui vous lie aujourd’hui à votre département de tutelle?

I. Sory Dambakaté : Nos relations sont au beau fixe. Seulement que le département en la personne du Ministre puisse ouvrir grandement sa porte à tous les acteurs qu’il gère. D’énormes rendez-vous sont fixés et non respectés. Pourtant nous devons travailler ensemble pour développer cette culture guinéenne. Il faut que le social prédomine dans notre secteur. Les prises en charges doivent être fréquentes pour sauver les artistes. Je conseillerai aussi Monsieur Diessira Condé, qui est aujourd’hui le grand portail de la culture, d’essayer d’huiler ce portail, afin de faciliter son ouverture pour accéder à son Excellence Monsieur le Ministre.

Guinéenews : Le groupe standard sans Petit Condé, qu’est-ce que vous, vous ressentez personnellement aujourd’hui ?

I. Sory Dambakaté : On ne peut pas tout énumérer des qualités de feu Petit Condé. Il était bien, généreux, social. Vous êtes avec feu Petit Condé, ne craignez pas avoir faim. Cet homme était capable de se priver même financièrement au profit de l’équipe. Il savait gérer les cas sociaux, il avait un esprit d’équipe, pour tout dire c’est un meneur d’homme, un véritable leader qui nous a laissé.

Guinéenews : Revenons sur le plan orchestral. Il n’est pas aisé de remplacer un artiste. Alors comment se porte de ce côté le groupe standard ?

I. Sory Dambakaté : Je crois qu’il a vu et compris très tôt qu’il fallait assurer la relève. Feu Petit Condé avait mis en place un groupe qui pouvait seconder et dont il a assuré la formation. Le jeune guitariste soliste Diélikèba qu’il a formé et qui tient la guitare solo, satisfait tout ce monde. Ce jeune a vraiment maîtrisé le répertoire du groupe standard et j’avoue qu’aujourd’hui, le groupe standard se porte bien et continue son bout de chemin. Nous prions Dieu le Tout puissant, d’accorder le paradis céleste à notre ami, frère et compagnon de route Ansoumane Camara dit ‘’Petit Condé’’.

Guinéenews : Nous avons fait le tour et certainement, que vous avez autres choses à dire et dont nous n’avons pas eu la présence d’esprit de vous demander ?

I. Sory Dambakaté : la seule chose que je rajouterai, c’est l’aide que je demande aux mécènes, aux hommes de culture, aux bienfaiteurs, afin que je puisse vivre du fruit de mon travail. J’ai des albums qui souffrent dans les tiroirs et dont les titres sont à la fois périssables et impérissables. Donc, je demande humblement de l’aide pour la production et la sortie de ces albums. Nous avions beaucoup fait pour ce pays sans demander quoi que ce soit. Les époques diffèrent et pendant que j’ai des compétences vendables, aidez-moi à valoriser tout cela pour la postérité et pour la survie de ma nombreuse famille. Je vous remercie aussi, pour tout ce noble travail que vous faites pour les artistes et seul Dieu vous payera.

Entretien réalisé par LY Abdoul pour Guineenews.

 

  

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