Dernières Nouvelles de la Guinée par les Guinéens

Pour qu’une Guinee cède la place à une autre..

Auteur: Youssouf Sylla, juriste, analyste

Deux Guinée se regardent aujourd’hui en face sous le regard très intéressé de son peuple qui aspire depuis toujours au changement en matière de gouvernance politique et économique. Il s’agit d’une part, d’une Guinée autoritaire, prédatrice et négationniste des droits humains. D’autre part, d’une Guinée qui rêve d’émergence démocratique et économique et de restauration des fondements de l’Etat. La première Guinée est encore tentaculaire à cause de sa longévité au pouvoir, de la force de ses réseaux et des effets de son mal sur le corps social. La seconde est en gestation mais déterminée à aller de l’avant en combattant résolument les différents foyers de résistance à son ascension.

Ce pays est donc à la croisée des chemins et vit un moment particulier de son histoire. Si beaucoup souhaitent la réussite de la Transition militaire en cours, ce n’est pas parce qu’ils affectionnent la mise entre parenthèses d’une démocratie d’ailleurs factice, mais c’est parcequ’ils redoutent, comme la peste, l’avenir, si cette transition venait, par extraordinaire, à se départir de ses objectifs, tels quinscrits dans sa Charte.

Il ne faut plus, comme ce fût souvent le cas, que l’espoir d’avènement d’une société juste s’évanouisse dans la nature. Le coût serait énorme à supporter par les pauvres citoyens mille fois tournés dans la farine par les gouvernements précédents qui ont agi plus pour eux-mêmes que pour les gouvernés. Notre passé nous condamne à la réussite de la transition en cours tout comme notre avenir. Elle doit être l’occasion ultime de rompre tout lien avec l’ancienne Guinée et de jeter les bases morales et institutionnelles de la Guinée rêvée par ses millions d’habitants.

Sans se réclamer ouvertement de Nicolas Machiavel, les gouvernements passés de la Guinée ont appliqué à la perfection les préceptes de l’auteur du « Prince » paru en 1513, en matière de conservation du pouvoir et d’imperméabilité à la morale en politique. Tous les moyens étaient bons pour eux pour conserver le pouvoir. La preuve, en 63 ans d’existence en tant qu’Etat indépendant, la Guinée n’a eu à vrai dire que 3 presidents. La parenthèse ouverte et refermée sous le capitaine Dadis Camara étant trop éphémère pour être prise en compte. Les deux premiers ont régné pendant une cinquantaine d’années avec des pouvoirs illimités qui les mettaient nettement au-dessus de l’Etat. Le troisième qui s’était engagé dans la même voie fût interrompu dans son élan le 5 septembre dernier par les militaires.

Pour revenir à la philosophie du pouvoir de ces trois dirigeants, Machiavel nous sera d’un grand secours. Un des résumés de son livre le « Prince » dit ceci « un État fort nécessite un dirigeant prêt à défendre son pouvoir à tout prix. En outre, Machiavel soutient la thèse selon laquelle un souverain est en droit de tromper, de trahir, d’opprimer, voire d’assassiner ses opposants s’il le fait pour le bien et la stabilité de l’État ». Cette synthèse était le principe de base qui a toujours guidé les dirigeants guinéens dans l’exercice du pouvoir. Il est aussi à l’origine de notre retard, incompréhensible au regard du potentiel hors normes de la Guinée. Parceque tous les moyens étaient bons pour conserver le pouvoir,  nos dirigeants successifs, se sont montrés experts en manipulation de relations ethniques, laissant derrière eux, un pays où les ethnies se côtoient plus dans un esprit de rivalité que dans celui d’une complémentarité fertile. Par cette manipulation, ils ont réussi à faire sauter dans l’esprit d’un grand nombre, l’idée de « Nation » pourtant indispensable dans un pays multiculturel comme le nôtre. Nos dirigeants ont aussi réussi à vider la politique, cet art de gérer la cité dans le bien de ses habitants, de son sens le plus noble.

D’un Etat à un autre

C’est donc un pays fragmenté que la génération précédente laisse en héritage à celle d’aujourd’hui. Ce lourd passif de l’héritage légué doit être transformé en actif profuctif pour la prochaine génération dans un esprit de solidarité intergénérationnelle. Esprit qui a gravement manqué à nos prédécesseurs. Les defis de cette tranformation sont certes ardus à relever mais pas impossibles. Ils sont largement à notre portée.

Compte tenu de l’échec visible des politiques à faire émerger une société équitable et prospère, il y a des raisons d’esperer que la « pause politique » imposée aujourd’hui par le corps militaire puisse être l’occasion de jeter les bases d’une « Guinée idéale » sans cesse volée à ses habitants. C’est sur cette Guinée post dictature et post Machiavel qu’il convient désormais de travailler avec un esprit renouvelé sur le pouvoir. Le detenteur du pouvoir executif ne doit plus être regardé comme un envoyé de Dieu avec des pouvoirs illimités sur nos vies. Il doit être l’élu du peuple avec des pouvoirs raisonnables et suffisamment encadrés pour qu’ils puisse répondre de ses faits et actes répréhensibles deavnt les tribunaux indépendants, comme c’est le cas dans les traditions démocratiques. La prochaine configuration constitutionnelle de notre pays devrait prendre en considération ce changement de paradigme par rapport au pouvoir exécutif lui-même d’un côté, et de l’autre côté par rapport à ses relations avec les autres pouvoirs constitutionnels. Il est important de maîtriser ce monstre froid qui a longtemps traumatisé les guinéens.

Si en définitive l’avènement d’une nouvelle Guinée engage tous les guinéens, il engage en tout premier lieu les Autorités de la transition qui doivent montrer la voie, fixer le cap pour faire atterrir en toute sécurité l’avion de la transition après sa croisière. Les actes posés par ces autorités depuis la prise effective effective du pouvoir sont à cet égard encourageants. Ils doivent être poursuivis et amplifiés pour être à la hauteur des attentes sociales, sous le regard vigilent de la société civile et de la presse.

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