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Que sont-ils devenus ?Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé,  du riff de guitare au tir de précision avec le « Super Lion »

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Officier de gendarmerie à la retraite, le lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé est l’un de ces monstres sacrés à la double vie. Membre fondateur de l’éternel orchestre du « Super Lion » de la gendarmerie nationale de Guinée, ce virtuose a également prêté son talent à plusieurs autres formations mythiques du pays.

​Né en 1947 à Koumbia, dans la préfecture de Gaoual, le jeune Mamadou Bobo quitte tôt les bancs de l’école primaire pour suivre son instinct. Très vite, son chemin s’illumine sous une double étoile : celle des cuivres et des cordes d’un côté, celle des galons et du treillis de l’autre.

​Entre formations musicales légendaires et postes de responsabilité au sein de la maréchaussée, l’homme de Koumbia a mené une vie à cent à l’heure. Dans cet entretien à bâtons rompus, le vieux soldat repasse le film de son existence, oscillant avec la même aisance entre la flûte traversière, le saxo, la guitare solo et le fusil à l’épaule.

​Plongée dans un destin hors norme. Lisez !

Guinéenews : Bonjour mon Lieutenant-colonel, dites-nous comment vous vous êtes retrouvé dans la musique ?

Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : J’ai commencé la musique grâce à l’un de mes enseignants de l’école primaire nommé Mamy Kouyaté, originaire de Coyah. Il avait sa guitare et animait les bals poussière à l’époque coloniale à Koumbia. Prédisposé à la musique, je possédais une flûte anglaise à 9 trous dont je jouais tant bien que mal. Mon maître n’a découvert que tardivement mon talent pour la manipulation de cet instrument, et cela s’est passé au grand marché de Koumbia. Depuis lors, je suis devenu son second pour l’animation des bals poussière. C’est ainsi que j’ai commencé à pratiquer la musique.

Guinéenews : À l’époque, comment vous êtes-vous procuré cette flûte anglaise à 9 trous ?

​Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : J’ai acheté cette flûte directement à Koumbia.

Guinéenews : Peut-on connaître la suite de votre parcours ?

Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : La suite de mon parcours s’est dessinée lorsque je suis arrivé à Labé. J’ai été recruté, comme plusieurs autres jeunes, au sein de l’orchestre de la ville.

Guinéenews : Vous faites allusion au Kolima Jazz de Labé ?

Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : Non ! Il s’agissait à l’époque de l’orchestre dénommé le « Léléna Jazz ». Il n’a changé de nom qu’après la construction du palais de la KOLIMA de Labé : le jour de l’inauguration, il a pris le nom de « Kolima Jazz ». Si j’ai bonne mémoire, ce jour-là, nous avions animé la ville de Labé pendant 5 jours en compagnie du Bembeya Jazz.

Guinéenews : Pouvez-vous nous citer les noms de quelques-uns de vos confrères de l’époque au sein de cet orchestre ?

Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : Voici la composition de l’orchestre dont je me souviens : le chef d’orchestre Sampil (trompette), Dieng (saxo alto), Lansana Condé de Dabola (guitare solo), Diély Sory (guitare médium), Diéli Kèmo (saxo ténor), moi-même (saxo ténor), Souleymane Sylla (clarinette et saxo), Sény (tumbiste), ainsi que d’autres musiciens dont je n’ai plus les noms en tête.

Guinéenews : Après le « Léléna Jazz » devenu le « Kolima Jazz », parlez-nous de la suite de votre carrière.

Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : Je suis rentré chez moi à Gaoual, où j’ai appartenu pendant un court moment à l’orchestre local, dirigé à l’époque par feu Elhadj Binani Diallo, qui était alors directeur d’école.

​Le destin étant inéluctable, c’est à Gaoual, en passant devant une école, que j’ai vu une foule attroupée pour un concours de recrutement au compte de l’usine textile de Sanoyah. Sans hésiter, je me suis présenté et j’ai été admis comme employé de cette usine.

Guinéenews : Votre parcours de musicien s’est-il arrêté là au sein de l’usine textile de Sanoyah ?

Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : Non ! J’ai travaillé pendant quelques mois dans cette usine. Par mesure de sécurité au travail, les Anglais nous dotaient de pommades pour protéger nos yeux contre les infections dues au traitement du coton. Au bout de deux semaines, les stocks étant épuisés et sans aucune protection pour nos yeux, j’ai décidé de démissionner. J’ai préféré préserver ma vue plutôt que de privilégier l’argent. Remarquez bien, c’est depuis cette époque que j’ai les yeux rouges !

Guinéenews : Avez-vous connu d’autres péripéties au cours de votre parcours musical ?

Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : J’ai joué un temps dans l’orchestre du 5ᵉ arrondissement, puis j’ai poursuivi au camp Alpha Yaya dans le même registre. Lors d’une soirée avec l’orchestre du camp, au vu de mes prestations au saxo, le capitaine Ousmane Condé, alors commandant du camp, a été informé de ma présence.

​Dans cet orchestre, Babady était le chef. Immédiatement, on m’a fait revêtir l’uniforme de soldat. On m’a ensuite contraint à jouer de la guitare basse, tenue jusqu’alors par le caporal Morlaye, qui avait ses limites. J’ai écopé de plusieurs billets d’écrou de sa part lorsque j’ai commencé à être apprécié à ce poste (rires). Il a fallu l’intervention du sergent-chef Babady pour que je retrouve la tranquillité.

Guinéenews : Comment êtes-vous devenu par la suite guitariste accompagnateur ?

Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : C’est grâce à Jean Keita, qui faisait également partie de l’orchestre du camp Alpha Yaya, que j’ai finalement maîtrisé la guitare (médium et accompagnement).

​Il m’avait pris sous son aile chez lui, près de l’hôtel Gbessia, alors qu’il était nouvellement marié. Il m’a encouragé à m’exercer seul au départ, puis il a décelé mes aptitudes. Au bout de 2 ans, j’ai appris sa rapidité, son sens de la mélodie et surtout sa rigueur face à l’instrument.

​L’actuel Général Bassamba continue de m’appeler « Guantanaméra ». C’est le sobriquet que j’avais reçu au sein de l’orchestre du camp Alpha Yaya, car j’étais l’un des premiers à interpréter ce morceau légendaire. Beaucoup ne connaissaient pas mon vrai nom au camp : pour me trouver, il fallait demander « GUANTANAMERA ».

​Plus tard, frustré par le comportement de certains hauts officiers de l’armée d’alors — dont je tairai les noms et pour lesquels je prie le ciel —, j’ai déserté et quitté cet orchestre.

Guinéenews : Après avoir quitté l’armée, de quoi vous êtes-vous occupé ?

Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : J’ai été sollicité à ma grande surprise par les autorités de Forécariah, qui recherchaient des musiciens. Le choix s’est porté sur moi et j’ai fini par accepter, non sans difficulté. Il a fallu qu’ils me fournissent des vêtements et une valise remplie à partir du marché de Madina avant que je ne m’embarque dans cette aventure. J’ai passé plus d’un an au sein de l’orchestre de Forécariah.

​Un jour, lors d’une visite à Conakry pour voir ma famille, je suis repassé voir mon maître Jean Keita au camp Alpha Yaya en pleine soirée. Il m’a cédé la guitare et, après ma prestation, le capitaine Ansou Condé, commandant de la garde républicaine du camp Boiro, m’a tendu une autre perche.

​Arrivé au camp Boiro, il m’a proposé d’intégrer l’orchestre de la garde républicaine. C’est ainsi que j’ai renfilé la tenue, cette fois avec le grade de brigadier. J’ai donc évolué au sein de cet ensemble orchestral, tandis que le maître Kèlètigui me sollicitait de temps à autre pour jouer à ses côtés.

Guinéenews : En tant que membre fondateur du Super Lion de la Gendarmerie nationale, comment avez-vous intégré cette formation ?

Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : Au début, je m’occupais également de l’encadrement des musiciennes de l’orchestre Les Amazones de Guinée. C’est à cette période que j’ai eu l’idée de proposer à l’état-major la création d’un orchestre masculin pour le compte de la gendarmerie nationale.

​J’ai été chargé du recrutement des musiciens de la formation, qui a plus tard été baptisée le « SUPER LION » de la gendarmerie nationale. Pour le recrutement des éléments, j’avais des convocations vierges signées par le chef d’état-major. Je suis donc membre fondateur de cet orchestre et c’est moi qui ai recruté l’ensemble des membres de cette première mouture.

Guineenews : Pouvez-vous nous donner la composition par section du tout premier ensemble du Super Lion ?

Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : Pour la section guitare : Mamadou Bobo Baldé (guitare accompagnement), Soumah Ismael « S » (guitare basse), Sékouba Diabaté (guitare solo). À la section cuivres : Mamadou Diallo (saxo alto), Charles Soumah (trompette). Enfin : Khaly (batterie), Wright Edouard (chant) et Philippe Gérard (chant).

Guinéenews : Plusieurs orchestres ont été créés au sein de l’armée guinéenne. Quelle place occupait le Super Lion par rapport aux autres ?

​Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : Le Super Lion de la gendarmerie nationale était un orchestre de premier plan. Après seulement un mois de répétitions, l’ensemble était déjà opérationnel, et c’est à ce moment-là que nous avons été invités au Sénégal pour des prestations. Nous avons brillé sur tous les podiums de la capitale et de l’intérieur du pays avec des compositions musicales de haute facture.

Guinéenews : En quelle année avez-vous quitté l’orchestre du Super Lion ?

​Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : J’ai quitté l’orchestre après l’agression portugaise du 22 novembre 1970. Cela s’est fait à la suite d’une permission accordée pour aller chevet de ma mère malade : à mon retour, j’ai trouvé qu’on m’avait remplacé par François Touré et j’ai été directement nommé chef de poste au Palais du Peuple. J’y ai vu une porte de sortie favorable, car mes parents n’ont jamais voulu que je joue de la guitare.

Guinéenews : Vous avez été fonctionnaire, quels sont les postes que vous avez occupés au cours de votre carrière ?

​Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : J’ai occupé plusieurs postes au sein de la gendarmerie nationale. À Kindia, où j’ai passé 13 ans, j’ai été cumulativement secrétaire, agent de constat, agent de recherche, chargé de la billetterie, chargé du ravitaillement et délégué syndical.

​J’ai aussi servi à Madina Oula, puis comme commandant de brigade à Kankalabé, Dalaba centre, Gaoual, Kassa, Beyla, Tougué, Fria…

​J’ai également travaillé comme officier central à la RTG, à la Banque centrale, à la BICIGUI… J’ai finalement pris ma retraite en 2011 à la gendarmerie de Dixinn.

Guinéenews : Qu’est-ce que la musique vous a apporté tout au long de votre parcours ?

​Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : Je suis fier d’avoir servi la musique guinéenne et d’avoir apporté ma contribution à son développement. Sur le plan humain, j’ai tissé d’excellentes relations qui durent encore aujourd’hui. J’ai acquis une certaine notoriété et je ne regrette absolument pas d’avoir servi mon pays.

Guinéenews : Bénéficiez-vous de droits d’auteur de la part du BGDA (Bureau Guinéen du Droit d’Auteur) et d’une prise en charge sanitaire ?

​Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé: Je ne bénéficie ni de droits d’auteur ni de prise en charge sanitaire.

​J’avoue que c’est certainement de ma faute, car je ne m’y suis pas intéressé en raison de mon éloignement de la capitale. Je vis aujourd’hui à Gaoual, et je serais très heureux de trouver des personnes prêtes à m’aider à faire valoir mes droits.

Guinéenews : Pour clore cet entretien, quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes musiciens guinéens ?

​Lieutenant-colonel Mamadou Bobo Baldé : J’encourage la jeunesse à persévérer et à puiser dans les racines de la musique guinéenne. Je souhaite qu’ils véhiculent dans leurs chansons des messages de paix et de bonheur. Les jeunes musiciens doivent prendre exemple sur leurs devanciers qui ont su valoriser la musique guinéenne à tous les niveaux. Bon courage à tous !

Entretien réalisé par LY Abdoul pour Guinéenews.

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