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Manifs récurrentes sur ’’l’Axe’’ : qui sont-ils donc ces jeunes, toujours prompts à guerroyer sur le terrain ?

La question vaut bien son pesant. En effet, c’est depuis les années 1990 que cet axe routier a commencé à faire parler de lui, quand des épisodes récurrents de revendications violentes ont commencé à s’y produire. Ce phénomène qui découle de réclamations à connotations, surtout politiques, n’a jamais été définitivement, ni circonscrit, ni jugulé, par aucun des régimes qui se sont succédés depuis. Les troubles cycliques qui s’y produisent ne se sont pas estompés jusqu’à maintenant. Qui plus est, on constate que toutes les manifestations qui s’y déclenchent font toujours le plein de participants. Dans la majorité des cas, on note une constance dans les effectifs des frondeurs. Ils sont toujours assez fournis, à chaque marche. C’est à croire à un renouvellement générationnel.

Aux premiers contestataires des années 90, devenus adultes aujourd’hui, se sont substitués des jeunes gens, plus aptes à affronter les forces de l’ordre, largement déployées sur le terrain, pour ramener le calme. C’est alors qu’on assiste à une véritable intifada entre les deux protagonistes. Ils s’affrontent violemment et sans répit. Ces troubles s’étalent et couvrent rapidement toute la zone couramment appelée ‘’l’axe’’. Un vocable à controverses, dont les épithètes sont aussi variées que le sont ceux qui les utilisent.

Devant une telle situation qui n’a point changé depuis plus de deux décennies, on est en droit de s’interroger sur ceux qui continuent de l’activer sur le terrain. Qui sont ces jeunes frondeurs qui remplissent les rues de leurs estocades violentes ? Comment explique-t-on qu’ils soient toujours là, à répondre présents à toute sollicitation des organisateurs de marches, de quelque obédience qu’elle soit ?

Commençons d’abord par rappeler que des manifestations corporatives (syndicales) ont jalonné le passé récent de notre pays. Les plus significatives d’entre elles ont été celles des années 2006 et 2007 qui ont fait date et marqué les esprits, de façon indélébile. En tout cas, c’est depuis ce temps, qu’on a fini par associer le mot grève à toutes les formes de manifestations qui se produisent dans le pays, qu’elles soient d’ordre corporatif, social ou politique ou qu’elles s’expriment sous forme de marche de protestations ou de ville morte. C’est toujours le mot grève qui est de mise pour définir l’événement. Il est passé dans le langage courant.

Mais revenons plutôt sur le cas de ces jeunes qui sont les principaux artisans des manifestations violentes dans les rues. Eux qu’on voit, très déterminés à en découdre avec les forces de l’ordre, engagés dans des courses-poursuites sans fin et des batailles rangées ponctuées d’échanges interposés de jets de pierres et de bombes lacrymogènes.

Il s’agit en majorité de garçons qui, malgré qu’ils aient atteint dans la plupart des cas, l’âge de raison qui en fait des majeurs, vivent encore aux basques de leurs parents. On peut aisément imaginer qu’ils ne tirent aucune fierté de ce statut d’assistés, mais ils sont impuissants à y changer quoi que ce soit. Les voilà donc réduits à rester dépendants de leurs géniteurs. Par faute d’emploi libérateur, d’opportunités et de perspectives. Avec tous les espoirs, tous les rêves et tout l’avenir qu’ils voient ainsi s’assombrir et s’estomper devant eux… et leur échapper ! C’est dans cette situation que le phénomène du lumpenprolétariat, bien connu en économie politique, les rattrape et les enferre de son étau puissant.

Cette doctrine marxiste de sciences humaines enseigne qu’il s’agit « d’un ensemble de personnes sans emploi fixe, sans appartenance à un groupe social et dénuées de conscience politique. » Ce lumpenprolétariat, au départ, un ensemble hétéroclite est réputé pour être facilement mobilisable pour toutes les causes qui se présentent. Il suffit qu’un meneur donne le signal et voilà que le groupe monte à l’assaut, sans chercher à comprendre ce qu’il en est.

Comme dit ci-avant et pour ne retenir que cet aspect, ces jeunes qui se mobilisent pour les manifestations sont, pour la plupart, décrits comme des personnes ‘’sans emploi fixe’’. Pour le cas présent, nous rectifions pour dire qu’ils sont moins que ça.  Ce sont, en général, des jeunes sans aucun emploi. Ce qui fait d’eux, à priori, des cibles ou ‘’des proies’’ potentielles, pour le premier meneur ou ‘’recruteur’’ venu.

Cette explication est amplement vérifiée et doit être prise en compte pour une bonne gestion des prismes ou développements qui peuvent en découler. On s’attachera toujours à s’en tenir aux approches scientifiques qui la définissent. Cela évite qu’on se déporte vers des considérations autres, comme celle politique par exemple. Une fausse route, facile à emprunter, mais très déformante.

Il faut reconnaître qu’avec cette situation d’instabilité qui prévaut actuellement, on n’est pas à l’abri d’autres manifestations qui couvent et attendent. Il faut donc contrer ces menaces sans attendre. Pas en optant pour la politique du ‘’tout répressif’’ qui est contre-productive, en ce sens qu’elle entraîne toujours des réactions larvées préjudiciables à la stabilité attendue, mais en désamorçant les vecteurs de la violence, à la racine.

Une telle approche nécessite qu’on cerne la démarche dans tous ses contours : sociologiques, anthropologiques…etc. On doit intégrer le fait que ces jeunes sont des Guinéens qu’il faut prendre en compte. Ils ne sont pas tous mauvais, loin de là.  Ils sont marqués par l’ennui et le désœuvrement dus au manque d’emploi ; les frustrations que les rêves inassouvis leur infligent ; les violences et travers sociaux qui les tentent pour combler les besoins et noyer les soucis par alcool ou drogues interposés ; les médias incontrôlés qui diffusent des messages de tous genres qui influencent, aliènent et font dévier du bon chemin… En somme, au regard de tout ce tableau, on peut se demander si ces jeunes, aujourd’hui décriés, rejetés, stigmatisés, ne sont pas tout simplement des victimes des systèmes qui se sont succédés chez nous depuis tout ce temps. Pour s’en convaincre, une visite du cadre de vie qui est le leur, à leur âge et avec leurs rêves, suffit. Tout ou presque y manque, en termes de services sociaux de base !

Pour désamorcer ce risque réel et entier de contestation et de révolte, n’attendons pas que ces ensembles de personnes que la définition du lumpenprolétariat décrit comme « sans appartenance à un groupe social et dénuées de conscience politique », prennent le temps de se structurer.  Ce qui constituerait certainement un autre grand souci à gérer.

Pour éviter un pareil scénario, fort risqué, il faut et il suffit de faire appel à eux ; de les écouter ; de leur tenir un langage empreint de clarté ; de les accompagner ; de les aider à s’occuper, à s’affranchir de la tutelle et de la dépendance en tout ; d’aménager et de vivifier l’environnement qu’ils partagent avec leurs parents et qui est aujourd’hui, victime d’anathème et d’abandon par tous.

En le faisant, on aura, à coup sûr, déjà aplani l’essentiel des contradictions, sources de conflits. On aura amorcé le début de la paix véritable et définitive, tant recherchée et attendue, dans cette zone longtemps échaudée.

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