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Mamou: les populations partagées entre manifestations et insécurité (retrospective)

L’actualité à Mamou a été plus marquée en 2020 d’une part par les manifestations de rue à l’appel du FNDC contre le 3ème mandat de Alpha Condé suivies des interpellations des différents maires issus de l’UFDG et d’autres part par la recrudescence de l’insécurité avec les multiples braquages sur les axes routiers où des usagers de la route dont des vendeurs de bétail ont perdu des centaines de millions.
La série des manifestations de rue organisée en 2020 par le front national de défense de la Constitution (FNDC) a paralysé les activités économiques de la ville carrefour (Les commerces, les banques et certaines stations-services ont toujours fermé). Ces manifestation de rue à Mamou contre la modification de la Constitution ont aussi impacté le secteur du transport à l’intérieur du pays où les routes ont été coupées par des barricades (troncs d’arbres, cailloux, pneus brûlés) installées par des jeunes en colère.
Dans les quartiers chauds de Mamou  (Petel, Thiewgol, Horefello, Loppè, Tambassa et Madina scierie) des jeunes surexcités ont versé de l’huile de moteur sur la chaussée et ont placé des barricades pour empêcher le passage des véhicules. L’intervention des agents de la sécurité pour rétablir l’ordre a fait des victimes (morts et des blessées) des citoyens ont été violentés dans leurs domiciles et plusieurs autres ont été interpellés, jugés et condamnés avec sursis.
A la veille du double scrutin législatif et référendaire contesté par l’opposition et le Fndc, les violences étaient palpables dans les bastions de l’opposition. Pour empêcher les élections, le matériel électoral a été attaqué et incendié. C’est le cas à Porédaka, à Nobé, un district de la sous-préfecture de Soya. Dans ce contexte, les écoles primaires de Loppè et Télico dans la commune urbaine de Mamou, le bureau du procureur de la république près le tribunal de première instance de Mamou ont été incendiés. L’intervention des premiers secours a permis d’éviter  l’évolution des flammes vers les autres bâtiments.
La tenue du double scrutin du 22 mars a été émaillée de violences à Mamou. Si  des blessés et plusieurs dégâts matériels ont été enregistrés dans la commune urbaine,  dans la sous-préfecture de Kégneko, un jeune a été tué par balle, lors d’échauffourées qui ont éclaté dans la localité entre policiers et opposants au scrutin. Dans les quartiers de Petel, Loppé et Horé Fello des jeunes opposés à la tenue de l’élection ont barricadé les voies et se sont attaqués aux bureaux de vote. A la suite des violences, une chasse aux sorcières a été lancée contre les maires des communes rurales et les responsables locaux du FNDC.
2020, l’année d’interpellations des maires à Mamou
Comme mentioné ci-haut, des maires issus de l’opposition ont été inquiétés par une série d’interpellations déclenchée contre eux. Thierno Bemba Diallo, maire de la commune rurale de Dounet a été convoqué et retenu par la gendarmerie de Mamou. Il lui était reproché d’avoir visé l’ordre de mission d’une ONG (le réseau national de la société civile pour l’environnement et le développement durable) venue dans sa localité sans être passée chez le préfet. Le maire de Kégnéko, Boubacar Keita avait été arrêté et conduit en prison avant d’être jugé au tribunal de première instance de Mamou où il avait écopé d’une peine assortie de sursis et au paiement d’une amende.
Poursuivis pour ‘’incitation à la révolte et à la désobéissance civile, atteinte à la sécurité publique et recel de moto’’, le maire de la commune rurale de Timbo et un de ses conseillers ont été condamnés ce mardi 21 avril au tribunal de la première instance de Mamou à 3 mois de prison, assortis de sursis et au paiement de 2 millions de francs guinéens d’amende, chacun. Placés sous mandat de dépôt depuis le 31 mars dernier, ils ont été arrêtés suite aux événements qui ont perturbé le double scrutin du 22 mars bien que celui ne se soit pas tenu à Timbo.
Abdoulaye Barry, maire de Boulliwel, a été poursuivi pour deux affaires : incitation à la révolte et à la désobéissance civile. Puis, destruction et dégradation d’édifices ou d’installations publics. Il a été condamné avec sursis.
Après les maires de Boulliwel et Dounet, ce fut le tour de Thierno Souleymane N’diaye, maire de la commune rurale de Konkouré d’être convoqué et retenu à la gendarmerie de Mamou. C’est le sous préfet de sa circonscription qui serait à la base de son interpellation. Plus d’un mois après le double scrutin du 22 mars, les arrestations dans les rangs de l’opposition se sont poursuivies à Mamou.
A Kégnéko, deux vices maires et plusieurs autres citoyens ont été interpellés. En tournée en Moyenne Guinée pour remercier et demander pardon aux sages de la région sur les dérapages lors des récentes manifestations du FNDC, la délégation gouvernementale conduite par le général Bouréma Condé, ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation avait commencé son périple par Mamou, la ville-carrefour. Sans langue de bois, les sages ont été francs. Elhadj Amadou Kolon Barry, l’inspecteur régional des affaires religieuses de Mamou a mis l’occasion à profit pour exhorter les ministres à dire la vérité au président de la République.
Au lendemain du scrutin présidentiel du 18 octobre 2020, des violences ont éclaté à Mamou. Les partisans de Cellou Dalein Diallo, le président de l’UFDG ont manifesté pour réclamer la victoire de leur leader au scrutin présidentiel. Un jeune touché par balle a succombé à ses blessures. Une autre dame après avoir inhalé le gaz lacrymogène. Sur les voies menant vers la ville de Mamou, des troncs d’arbres coupés ont été placés sur la chaussée. Le siège du directoire de campagne du RPG arc-en-ciel a été saccagé par les manifestants. Suite à la réquisition de l’armée dans le maintien d’ordre, des tirs nourris ont terrorisé la population dans les quartiers chauds: Thiewgol, Petel, Tambassa, Horé Fello et Abattoir. A l’absence des agents de la Croix-Rouge sur le terrain, les blessés sont transportés au dos à l’hôpital. A la suite des violences post-électorales qui ont secoué la ville de Mamou les jours qui ont suivi le scrutin présidentiel, 36 personnes dont 4 femmes avaient été interpellées par les agents de la sécurité.
Elhadj Sidiki Camara procureur de la république près du Tribunal de première instance de Mamou revient sur la nature des violences enregistrées par le parquet: « ces violences ont été caractérisées notamment par l’administration des coups et blessures volontaires et des voies de fait aux agents des forces de l’ordre, la destruction d’édifices publics et privés ainsi que des biens mobiliers, la soustraction frauduleuse des biens et numéraires, les menaces, la fermeture systématique des magasins et boutiques ainsi que les marchés, la terrorisation des paisibles populations, l’entrave aux libertés individuelles et collectives, la brûlure des pneus sur la chaussée entraînant la dégradation du bitume, l’érection des barricades sur tous les axes routiers et au centre ville ayant mis les usagers de la route venant de tous les horizons de notre pays dans un désarroi total, l’utilisation des gourdins, machettes, coupe-coupes, cailloux, lance pierres, armes de fabrication locale en l’occurrence les fusils calibre 12 et autres armes contondantes, la soustraction frauduleuse au quartier Thiewgol chez un officier de police judiciaire malade de deux armes de guerre (1PA, 1PMAK) dont une, le PMAK, a été retrouvée et déposée à la police par le chef de quartier », explique t-il.
Pendant ces violences, 3 personnes ont perdu la vie à Mamou (deux ont été tuées par balles, l’autre a été asphyxié dans sa chambre par le gaz lacrymogène). Plusieurs personnes ont été blessées dont 33 agents des forces de l’ordre, deux d’entre eux ont été  frappés de cécité d’un œil. Au procès des personnes interpellées, le juge Kaman Magloire Théophile Kouadio a déclaré pour tous les présumés que les faits de coups et blessures volontaires et violences et voie de faits ne sont pas établis.
Par contre, le juge a retenu contre certains auteurs le délit d’entrave à la législation sur la voie publique et atteinte à la sécurité publique. Ils ont été condamnés à 3 mois de prison ferme. D’autres ont été condamnés pour complicité à 3 mois de prison assorti de sursis et au paiement de 2 millions de francs guinéens d’amende. Pour 9 autres, le juge les a renvoyés aux fins de non poursuite.
2020, la machine judiciaire déclenchée contre les autres de viol
En audience criminelle, plusieurs dossiers de viol ont été traités par le tribunal de première instance de Mamou. Alpha Boubacar Mansaré, un jeune d’une trentaine d’années a été poursuivi « pour viol, suivi de pédophilie » sur sa cousine âgée de 8 ans. Il a écopé de 8 ans de réclusion criminelle. Dans une autre affaire, Thierno Yaya Barry âgé de 18 ans, cultivateur de profession a été poursuivi pour « viol et tentative de viol » sur deux fillettes. Il a été condamné à 7 ans de détention criminelle. Amadou Telly Barry poursuivi pour viol et pédophilie, sur une fillette de 5 ans, a été condamné à 10 de réclusion criminelle. Amadou Diallo inculpé pour viol sur une fille de 14 ans vendeuse de l’eau, a été condamné à 5 ans de prison ferme. Mamadou Moussa Barry poursuivi pour viol et de pédophilie, a été condamné à 10 ans de prison ferme et au paiement de la somme 600 000 GNF à la victime.
Malgré cette promptitude de la justice, les attaques des coupeurs de route se sont multipliées en 2020
Parmi les difficultés auxquelles les éleveurs et les vendeurs de bétail sont confrontés à Mamou, figurent le vol de bétail et les braquages qui ont pris une allure très inquiétante. En provenance de Conakry ou Kindia, les marchands de bétail passent la nuit à Mamou avant de continuer le lendemain aux marchés hebdomadaires de Dounet ou Dogomet pour acheter du bétail. Ils sont souvent victimes d’attaques sur la route ou à leur lieu de séjour.
A chaque attaque, ce sont des centaines de millions qui sont dérobés. Dans la sous-préfecture de Saramoussaya, située à 80 kilomètres de la ville de Mamou, une bande de présumés voleurs de bétail a été appréhendée dans le district de Dounkiba. Deux parmi eux ont été atteints par balles, dont l’un a perdu la vie.
Mamou, centre d’intérêt en 2020 du trafic du chanvre indien
24 heures après l’incinération d’environ deux milles kilogrammes de chanvre indien saisis depuis janvier à Mamou, les agents de la sécurité ont fait une nouvelle saisie de plus 2 800 kilogrammes de cette drogue à Berteya dans la sous préfecture de Soya à une trentaine de kilomètres de la ville de Mamou, c’était le dimanche 22 novembre dernier.
D’autres faits ont aussi bouleversé le quotidien des Mamounnais
Jusque-là épargnée par le Covid-19, la ville de Mamou a enregistré le vendredi 12 juin ses tout premiers cas positifs. Au 31 décembre, la préfecture de Mamou a enregistré 56 cas confirmés et 3 décès hospitaliers.
L’année 2020 a aussi endeuillé la famille sportive du pays par la perte dans un accident de la circulation le 5 mars à Timbo de 9 joueurs de l’équipe de football Étoiles de Guinée qui devrait jouer sa première rencontre en Ligue 2 contre l’équipe de Karfamoriyah de Kankan. A Dounet, le 14 janvier, jour de marché hebdomadaire, une collision entre deux motos avait coûté la vie à quatre personnes et fait deux blessés graves.
Des actions applaudies par la population
Au compte des réalisations en 2020, la remise des infrastructures financées par l’ANAFIC, ont peut dire que les collectivités locales ont construit des écoles, postes de santé, siège de la mairie ou le reprofilage de leur route.
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