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Les ‘’clandos’’ dans le transport en commun :  des pseudo-sauveurs sans assurance !

C’est connu, chaque crise a ses profiteurs. Ils vivent généralement de spéculations et du malheur d’autrui. Ils exploitent chaque opportunité qui s’offre à eux pour engranger des profits toujours plus grands. Pour cela, des préalables leur sont nécessaires, qu’ils appellent de tous leurs vœux : il faut que des tensions perdurent dans la cité et que le péril, source de pénuries, meuble le quotidien des populations. C’est tout cela qu’ils souhaitent et qui les fait prospérer. Mais, une telle monstruosité est toujours systématiquement rejetée. Aucun Etat au monde ne cautionne une prétention aussi saugrenue et déstabilisatrice.

Ces profiteurs… de guerre, comme on va les appeler, sont présents dans chaque pays. Mais, ils ne sont véritablement actifs qu’en période difficile où un manque à gagner s’installe dans la vie de tous les jours.

Chez nous, depuis l’augmentation du prix du carburant à la pompe, une crise larvée couve dans le secteur des transports. Fort heureusement, tout en demeurant effective jusqu’à maintenant, elle n’a jamais entraîné de remous, porteurs de violence.

Pourtant, malgré tout ce qu’on en dit, les prix de transport de passagers homologués par les autorités et la faîtière des transporteurs, ne sont toujours pas respectés par les chauffeurs.

Aujourd’hui, tant en zone urbaine qu’à l’interurbain, un supplément impromptu et illégal est exigé par les mêmes chauffeurs. Ce rajout unilatéral sur le prix du transport semble de plus en plus accepté par les passagers. Peut-être, parce qu’ils n’ont pas d’autre choix ou parce qu’aucune autre alternative ne leur est offerte !

En tout cas, l’on note de plus en plus que les transactions entre passagers et conducteurs, même affranchies de tout contrôle, se concluent sans cris, ni heurts.  A la fin, l’on devine, au sourire en coin du chauffeur, qu’il a dû avoir le dernier mot dans la négociation.  Son prix a été accepté !

Mais, c’est dans le déplacement urbain que les soucis sont plus marqués. Le service public n’étant pas à même d’absorber la forte demande quotidienne, les usagers font recours au secteur privé constitué pour l’essentiel, de taxis et de minibus. Là, au-delà du fait que l’offre est insuffisante pour couvrir les besoins, il y a la majoration de 500 francs sur chaque tronçon qui fait que la course la plus réduite coûte 2000 francs, au lieu des 1500 habituels, que les autorités ont reconduit.

L’irruption des clandos dans le transport en commun

Mus par leur flair pour les affaires doublé d’un opportunisme toujours en alerte, les clandos ont, comme il fallait s’y attendre, profité de cette situation confuse pour encore s’illustrer. Il est vrai que le phénomène n’est pas nouveau. Ils sont présents chez nous depuis bien des années.

Pour ce cas de figure que nous évoquons ici,  ils nous étonnent en disant venir à la rescousse des pouvoirs publics et des citoyens pour combler le déficit en moyens de déplacement. Ils vont même jusqu’à prétendre aider l’Etat à faire face au chantage des chauffeurs de taxis. Nous voulons bien les croire et espérer que cette fois-ci, il ne s’agit pas d’artifices ou de beaux discours destinés à ceux qui les prennent pour des messies ou de bons samaritains.

Sont-ils aussi désintéressés qu’ils le font croire ?

Pas le moins du monde ! A écouter leurs discours sirupeux, on les croirait altruistes. Il n’en est rien. Le bénévolat ou l’humanitaire qu’ils brandissent ne les habite point. Ils cherchent juste de l’argent, comme tout autre et font payer leurs courses…au même tarif que ceux qu’ils vilipendent et veulent remplacer.

En plus, ils font courir risques à ceux qu’ils prétendent aider

Ils sont nombreux les risques que les clandos font courir à leurs clients. Parmi ceux-ci, figurent en bonne place les suites hasardeuses qui surviennent après un accident. En effet, les clandos à bord desquels se déplacent les passagers, ne sont pas assurés et ne peuvent même pas l’être. En cas de sinistre, ils n’auront donc aucun recours pour bénéficier d’une quelconque prise en charge. Et à supposer que leur transporteur soit insolvable, ce qui est plus que probable, puisqu’il exerce une activité illégale pour, dit-il, juste assurer son quotidien, en cas d’accident dans ces conditions, c’est alors bonjour les problèmes !

Il est dramatique qu’on en arrive là, quand, ni l’auteur, ni la victime ne disposent de moyens permettant d’assurer une prise en charge correcte, ne serait-ce que pour une seule victime. Or, c’est ce qui arrive souvent, pendant qu’ils assurent le transport de passagers à titre onéreux, à travers tout le pays.

Les assureurs n’acceptent pas cette catégorie de transporteurs, d’autant que même l’administration ne les reconnaît pas. La souscription d’une police d’assurance obéit à des règles strictes. Pour un cas similaire, il faut d’abord être transporteur agréé disposant d’un taxi, d’un minibus ou bus, parfaitement en règle, du point de vue documents administratifs et exigences annexes. Cela dit, le chauffeur doit disposer d’un permis de conduire conforme au mode d’exploitation de son véhicule. On doit aussi lui décliner les limites de couverture garanties par son contrat d’assurance et les conditions de maintien de celles-ci. En même temps, il doit connaître et éviter les comportements ou pratiques qui peuvent amener la résiliation d’office de son contrat.

C’est quoi ce mode de transport si particulier ?

Son nom seul suffit à le caractériser : clando est une contraction du mot clandestin. Il s’agit donc d’un mode de transport illégal et pourtant accepté.

Pour être transporteur, il y a des préalables à remplir qui sont définis dans un arrêté du Département des Transports. Cette réglementation exclut de fait le transport clandestin qui n’est pas censé exister, aux yeux de l’administration.

Quels sont ses animateurs ?

On y retrouve divers groupes socio-professionnels parmi lesquels : des chauffeurs évoluant sous la tutelle de syndicalistes, de cadres ou d’agents en uniforme qui les couvrent ou, pour lesquels ils travaillent ; ceux qui profitent des courses de leur patron pour se faire de l’argent de poche ; des fonctionnaires en activité ou à la retraite qui vous disent chercher la dépense, le prix de l’essence ou à arrondir la fin du mois ; des citoyens sans-emploi, qui achètent un véhicule pour se travestir définitivement en transporteurs ‘’sous-marins’’. Ils exercent la profession sans autorisation, sans remplir aucune des conditions exigées pour le faire. Ils sont inconnus de l’administration, des syndicats et de l’union nationale des transporteurs routiers. Pour tout dire, on trouve dans ce monde touffu des clandos, tous les genres d’individus et de pratiques, chacun se faisant une raison bien solide pour se justifier.

Que manque-t-il donc à cette activité pour être normale ?

Tout ou presque. On y trouve des véhicules assez confortables, surtout ceux des fonctionnaires. Ils sont appréciés des passagers. Mais le revers de la médaille, c’est que ces clandos ne sont jamais en règle. Eux-mêmes les acteurs ou leurs véhicules, souffrent toujours d’un manque de quelque chose, en termes de documents administratifs ou de conditions exigées par la règlementation. Les véhicules ne sont pas immatriculés en tant que transporteurs en commun ; ils ne sont pas peints en jaune ; ils n’ont pas le numéro de police sur les portières avant. Quant aux papiers, leurs conducteurs n’ont pas de permis conforme, pas de carte d’autorisation de transport, pas de taxe unique, pas d’assurance automobile. Un énorme manque à gagner pour l’Etat et les administrations concernées qui perdent des ressources financières considérables.

Qu’a-t-on fait jusque-là pour interdire cette pratique ou, à tout le moins, la circonscrire et la réglementer ?

Très peu de choses ont été entreprises pour contrer cette activité. Dans un premier temps, les taximen en règle admettent unanimement que les clandos leur font une concurrence déloyale.

Pour caractériser leurs concurrents les taximen tenaient ce langage : « Tu vois, eux ils roulent sans avoir les papiers qu’on nous réclame tous les jours. Ils s’arrangent avec la police et ils passent. Avec ça, ils prennent nos clients et diminuent nos chances de gagner correctement nos recettes. »

A ce jour, tout le monde s’est tu. Personne ne pipe mot.  A force de se perpétuer, la pratique est rentrée dans les habitudes locales et nul ou presque, n’y prête plus attention. L’une des raisons est qu’elle passe pour être très utile à combler le manque à gagner, jamais résolu, en matière de transport en commun urbain. Peut-être aussi parce que, à force de laxisme, de complicités, d’infiltrations et de corruption, tout le monde est impliqué dans la problématique. Le clando est amplement partagé à ce jour. De telle sorte que sa survie ou sa disparition de notre environnement routier ne laisse personne indifférent. Chacun se sent concerné.

Ainsi, remarque-t-on les matins, lorsque tout le monde descend à Kaloum, que même la police routière ferme les yeux sur le phénomène. Le motif invoqué est qu’il aide à drainer les travailleurs vers les services administratifs.

L’action est louable, certes. Mais, en agissant ainsi, on minimise les risques encourus par ceux qu’on veut aider. On oublie que les clandos qui assurent le transport ne sont pas assurés. Mais, y pense-t-on réellement, quand on est dans le feu de l’action pour régler rapidement un problème ponctuel aigu ? Ce n’est pas évident. A cet instant précis, toute idée d’accident pouvant arriver au transport cautionné est exclue d’office. L’on croit mordicus que cela ne peut arriver qu’aux autres. Tout le problème est là !

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