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Les braquages routiers : retour sur un fléau tentaculaire qui essaime dans tout le pays

Les adeptes du braquage routier, communément appelés chez nous, coupeurs de route, ont depuis longtemps déjà dépassé le seuil du simple épiphénomène pour verser dans la criminalité abjecte et intolérable. Voilà des années qu’ils sévissent sur nos routes en rase campagne. Ils s’attaquent à d’innocents voyageurs qu’ils dépouillent, blessent et tuent. Quelque fois, c’est au chauffeur qu’ils s’en prennent quand celui-ci tarde à obtempérer, à leur sommation de s’arrêter. Ils lui tirent dessus sans hésiter ou ciblent les pneus du véhicule pour l’immobiliser à tout prix, même s’il doit se renverser sur la chaussée ou tomber dans le ravin. Pourvu qu’ils l’immobilisent et le pillent entièrement. Ils soumettent les passagers à une fouille corporelle pour s’approprier de leurs objets personnels : numéraires, téléphones portables, bijoux de valeur, pierres précieuses, tout y passe. Quelquefois ils les traînent en brousse, les mettent à plat ventre, les molestent quand ils résistent et les ligotent.

Leur modus operandi a évolué avec le temps. Avant, ils opéraient dans un genre plutôt rustique. Ils installent un barrage à l’aide de cordes, de branches ou de troncs d’arbres. Pour cela, ils choisissent les lieux isolés, où les véhicules passent rarement ou les endroits difficiles voire dangereux où les chauffeurs ralentissent forcément ou s’arrêtent. Une fois leur forfait commis, ils s’évaporent dans la nature avant de se retrouver plus loin, à un endroit convenu pour le partage du butin. C’est à l’époque où ils ne disposaient pas de moyens de locomotion comme aujourd’hui.

A présent, ils ont affûté leurs techniques. Ils disposent de moyens de locomotion variés et d’un réseau d’informateurs qui leur livrent tous les renseignements utiles sur qui transporte quoi, qui va où et quand ? Il suffit qu’ils sachent qu’un véhicule prend le départ avec un ou des passagers disposant de beaucoup d’argent ou tout autre objet de valeur, pour que leur convoitise s’éveille et qu’ ils déclenchent aussitôt leurs funestes opérations. On peut dire aussi qu’ils tirent grand profit du libre accès à la téléphonie mobile pour collecter et partager des informations, mais aussi, coordonner des opérations.

En remontant à la genèse du phénomène, l’on constate qu’ils sont passés des attaques pédestres à celles sur motocyclettes, un moyen qu’ils utilisent encore largement aujourd’hui. Serait-ce pour la grande maniabilité de ce moyen de locomotion ? Tout porte à le croire. De l’avis de beaucoup d’observateurs, la moto, de par sa vitesse et sa maniabilité permet d’échapper plus facilement à d’éventuels poursuivants. Mais, à l’heure actuelle, la plupart des braquages se font à l’aide de 4×4 ou de voitures particulières de petite cylindrée.

Pour la petite histoire, ce phénomène de braquage, du moins dans sa version sanglante, remonte à l’année 2003, précisément au mois de janvier, sur la route Kissidougou-Kankan. C’est le colonel Moussa Yaradouno, aujourd’hui disparu, qui nous a rapporté la toute première nouvelle sur le sujet, en 2006, dans l’émission Prudence sur la Route de la RTG. Il était alors commandant de la compagnie sécurité routière, comme s’appelait la structure qu’il dirigeait à l’époque. C’est l’équivalent de l’actuel commandement de la gendarmerie routière.

Il nous a dit qu’au cours de ce braquage, un occupant du minibus, objet de l’attaque, a été tué et les autres passagers dépossédés de leurs biens.

A cette époque, on était très scandalisé d’apprendre qu’on a assassiné de sang-froid quelqu’un, juste pour piller un véhicule. Et pourtant, ça ne s’est pas arrêté là.

D’après le colonel Moussa Yaradouno, la tragédie s’est poursuivie et, trois années plus tard, en 2006, la gendarmerie a enregistré deux autres cas de braquages. Le premier, suivi de soustraction des biens des passagers, entre Kankan et Kérouané et le second, encore sur la route Kissidougou-Kankan. Celui-là a coûté la vie à deux personnes : le chauffeur et une policière. C’était à la veille de la fête de tabaski. La policière se rendait à Kankan pour l’occasion.

A partir de là, le phénomène ne s’est pas arrêté. Il s’est plutôt renforcé et son épicentre s’est déporté à Mamou. C’est dans cette préfecture-carrefour que se concentrent l’essentiel des attaques menées en direction des quatre régions naturelles. L’ampleur du phénomène a été telle que les autorités au plus haut niveau ont réagi pour y mettre fin. Dans ce cadre, une importante mission conduite par le Haut Commandant de la Gendarmerie Nationale, Directeur de la Justice Militaire, s’est rendue à Mamou, en décembre 2016.

A l’occasion, des dispositions spéciales et énergiques ont été prises et leur mise en œuvre immédiate n’ayant souffert d’aucune entorse, ont donné des résultats rapides, éloquents et salués par tous. Une accalmie notoire s’est installée. Les braquages routiers ont cessé pendant un long moment.

Mais, voilà que les années ont passé et la nature a horreur du vide. Aucune autre action d’envergure n’a été menée à la suite de cette mission à Mamou. Le phénomène a donc repris de plus belle. Point besoin de lister les cas survenus depuis cette époque. Ils sont nombreux et souvent mortels. Ils n’ont épargné personne, même les hommes en uniforme. Des officiers en ont pâti, tel le triste sort du lieutenant Kaba de l’intendance militaire qui a été assassiné à Séguéyah, à la rentrée de Kindia, alors qu’il revenait de mission en forêt.

En plus, les braqueurs commettent maintenant leurs forfaits partout sur le territoire national et même jusqu’à Coyah, partie intégrante du grand Conakry. Si ce n’est pas pour narguer ou défier ceux qui ont la mission de les mettre hors d’état de nuire, ça en a tout l’air, ça y ressemble beaucoup. En tout cas, jusqu’à présent, on n’arrive pas à démêler l’écheveau.

On arrête bien des braqueurs de temps à autre qu’on présente comme étant les cerveaux des réseaux criminels qui attaquent à l’aide d’armes à feu, les paisibles voyageurs qui circulent à travers le pays. Mais, peu après, pendant qu’on croit être enfin débarrassé de ce fléau, voilà que le phénomène ressurgit de plus belle. On est dans ce perpétuel recommencement. Jusqu’à quand va-t-on vivre dans cette hantise ? La question mérite d’être posée.

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