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La Chicha : la mort au bout de la pipe à eau !

Interdite par l’ancien régime, la Chicha est de retour dans les boites de nuit, dans les maquis, dans les clubs privés, sur les terrasses, dans les espaces publics, bref, dans tous les lieux  de loisirs à Conakry. Les gamins, les jeunes filles de moins de 20 ans, et même les adultes assiègent ces lieux aménagés pour consommer la Chicha  Autrefois consommée en privé, la pratique s’est répandue et est à la portée de tous, singulièrement des jeunes. Ces jeunes filles et garçons consomment la Chicha partout où ils en trouvent. Pourquoi cet amour pour la Chicha ? A quoi s’exposent-ils ? Projecteur sur la consommation de Chicha, cette pipe à eau utilisée pour fumer du tabac.

La chicha, l’opium des jeunes guinéens

La Chicha, pipe à eau permettant de fumer un mélange de tabac et de mélasse aromatisée est de plus en consommée en Guinée surtout par les jeunes. Les terrasses, les clubs privés, les grains sont les lieux favoris pour ces empoisonnements interdits autrefois par le régime Alpha Condé. A 10 000 francs guinéens, les 30 minutes de consommation la Chicha  sont acquises. Le commerce de Chicha est un business juteux pour les promoteurs, des gérants de maquis et des night-clubs. « La Chicha est très rentable pour nous les tenanciers. Voilà pourquoi on l’a introduite dans notre business. Quand il n’y a pas de Chicha, les clients ne restent pas longtemps…Quand la boisson ne marche pas, on se rattrape avec la recette obtenue à partir de la vente de Chicha…Nous enregistrons souvent 20 à 50 clients par jour. Certains restent jusqu’à 1h du matin d’autres jusqu’à 3 heures », nous raconte Ibou Sy, un gérant d’un club hyper chic situé dans les encablures de la cité Diamond Plazza à Kipé.

Plus loin, à Lambanyi-centre commercial, Willy Choco, connu sous le nom de «l’Ivoirien» se frotte les mains depuis la réouverture des Chicha-Louange Bars. Son coin ne désemplit jamais. Il arrive qu’il refoule du monde. « Il y a plus de dix ans je fume la Chicha. Ça fait digérer. Et en plus ça dégraisse. Je ne veux pas être obèse. Donc j’en consomme suffisamment, surtout depuis que moi-même je gère mon propre lieu…Pour fabriquer la Chicha, on met l’eau en bas, on met les tubes, ensuite on ajoute les produits pour lui donner une bonne saveur. Tous ceux qui se rendent ici pour fumer un coup, reviennent toujours et se fidélisent. ..La Chicha n’est pas un problème. Les clients sont tellement satisfaits qu’ils viennent tous les jours. C’est toujours bourré. Il m’arrive souvent de fermer le maquis faute de places». Pour Willy, la Chicha est aujourd’hui le produit le plus vendu dans les bars et autres lieux de loisirs.

A Matam, plus précisément Coléah, dans le quartier Moussoudougou, nous avons rencontré Mohamed, gérant de magasin de vente d’accessoires pour les consommateurs de la Chicha. Dans sa galerie, on trouve les tubes, les pipes et des différents parfums de Chicha. Il n’a pas voulu nous donner les détails suite au refus de son patron. Il s’est contenté de nous présenter les catégories de parfums. « …On a ici le parfum love, le menthe et autres. Les jeunes filles apprécient bien le parfum love », nous dit le tenancier avant de nous apprendre  que « la Chicha est sans conséquence ».

Cap sur Kobaya. Il est 21heures ce samedi, temps de retrouvailles pour les jeunes gens de la zone et ceux des autres quartiers. Ansu, un habitué des lieux s’assoit en tirant une bouffée de sa pipe à eau communément appelé Chicha. «Pour moi, la Chicha est un antidépresseur. Je trouve mieux de fumer la Chicha que de m’adonner à la drogue », comme Ansu, nombreux  sont les jeunes du côté de Kobaya et de Yattaya et même de Lambanyi qui trouvent du plaisir à faire de la Chicha.  La Chicha est prisée par les jeunes pour la fraîcheur de ses senteurs. « Cette pipe n’a rien de dangereux au fait…C’est un produit aromatisé. Il y a tous les parfums, café, la pomme, la menthe. Normalement la Chicha se prend quand tu finis de manger. C’est pour bien digérer», nous a-t-il rassurés. La majorité des fumeurs de Chicha devenus dépendants n’ont pas de conscience des risques qu’ils encourent.

Les dangers d’un effet de mode         

Interrogé sur les risques que les jeunes encourent en fumant la Chicha, le médecin Col L. Sylla du service de la prise en charge des additions (la drogue, l’alcool et le tabac) de l’hôpital militaire du Camp Samory, «la Chicha est une drogue ». Car pour lui, « les éléments qui rentrent dans sa composition sont des produits toxiques » soutient le médecin avant de poursuivre « La nuée épaisse de la fumée qui se dégage de la chicha, cette fumée pose des problèmes. Elle peut être source de maladies comme herpès, la tuberculose, les mycoses, les cancers. La chicha libère, lors de sa combustion près de 4 mille substances chimiques dont nombre d’entre elles sont toxiques, irritants et cancérogènes. Ces jeunes qui fument cette pipe sont exposés à des maladies », nous apprend le médecin. Toutefois, il nous informe qu’une fois atteint, il serait mieux pour les fumeurs de se rendre dans  les services spécialisés afin de désintoxiquer.

A l’hôpital d’Ignace Deen où nous nous sommes rendus, il ne nous a pas été facile d’avoir accès au service de la cardiologie fréquenté régulièrement par les malades victimes du phénomène Chicha. Les agents de santé rencontrés, n’ont pas voulu répondre à nos questions. Les responsables de ce service non plus n’ont pas accepté de nous satisfaire. Ils nous ont renvoyés à la direction générale pour l’obtention d’une autorisation.  Par contre, un accroc de la Chicha croisé dans les environs de cet hôpital, qui a eu le courage de nous parler, nous informe que la quasi-totalité des jeunes de Conakry sont dépendants de la pipe à eau. .Et si rien n’est fait d’ici là, ce sera de la catastrophe.

          

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