
À quelques pas du marigot sacré de Zali, à Nzérékoré, se trouve un lieu dont la portée dépasse largement le simple cadre d’un site historique. Il s’agit de la pierre tombale, véritable sanctuaire des traditions ancestrales où, depuis des générations, les communautés perpétuent des rites hérités de leurs aïeux. Pour les gardiens de cette mémoire, ce lieu constitue le point de rencontre entre le monde des vivants et celui des ancêtres, protecteurs de la cité.
Selon les dépositaires de cette tradition, toute cérémonie d’offrandes suit un protocole immuable. Rien ne commence à la pierre tombale. La première étape conduit inévitablement au marigot sacré de Zali, considéré comme le lieu où les ancêtres reçoivent les invocations de leurs descendants.
C’est au bord de cette eau sacrée que les sages adressent les prières et présentent les offrandes destinées aux esprits des anciens. Ils sollicitent leur protection, leur bénédiction et leur accompagnement pour la communauté. Ce n’est qu’après cette étape que la cérémonie se poursuit vers la pierre tombale.
Là, les actes rituels prennent une dimension plus solennelle encore. Les animaux destinés au sacrifice y sont immolés selon les prescriptions de la tradition. Leur sang est versé directement sur la pierre, un geste hautement symbolique qui, selon les croyances locales, signifie que les ancêtres accueillent favorablement les offrandes qui leur sont destinées. Pour les initiés, cette étape marque l’aboutissement du rituel et le renouvellement du lien spirituel entre les générations passées et présentes.
Les gardiens du site expliquent que cette pierre n’a pas toujours occupé son emplacement actuel. À l’origine, elle se trouvait tout près du marigot sacré, preuve du lien indissociable qui unit ces deux espaces dans l’imaginaire collectif. Leur proximité rappelle que les cérémonies ne peuvent être dissociées : le marigot constitue le lieu de l’invocation, tandis que la pierre tombale représente celui de l’accomplissement du sacrifice.
Au-delà de sa fonction rituelle, le marigot de Zali est également associé à l’histoire de la fondation de Nzérékoré. Selon une tradition orale transmise de génération en génération, le fondateur de la ville souffrait d’une grave affection cutanée avant son arrivée dans cette région forestière. Après s’être baigné dans les eaux du marigot, il aurait retrouvé la santé. Cette guérison fut interprétée comme un signe de la puissance spirituelle et thérapeutique de ces eaux.
Reconnaissant, il aurait choisi de s’établir à proximité immédiate du marigot. Les anciens expliquent que, dans la langue locale, l’eau est assimilée à un médicament. Le fondateur aurait ainsi donné à cet endroit un nom signifiant littéralement « près de mon médicament » ou « auprès de mon remède », en référence à l’eau qui lui aurait rendu la santé.
Toujours selon cette tradition, cette appellation aurait connu plusieurs transformations au fil du temps. Avec l’arrivée des administrateurs coloniaux européens, la prononciation du nom d’origine aurait été progressivement modifiée jusqu’à devenir « Nzérékoré », nom que porte aujourd’hui la capitale de la région forestière de Guinée. Si cette explication appartient avant tout au patrimoine oral local, elle demeure profondément ancrée dans la mémoire collective des habitants.
Au fil des décennies, le marigot sacré de Zali et la pierre tombale sont devenus bien plus que de simples sites culturels. Ils incarnent une identité, une histoire et une continuité entre les générations. Lors des grandes cérémonies traditionnelles, des chefs coutumiers, des sages et des familles entières s’y retrouvent pour accomplir des rites destinés à préserver l’harmonie sociale, solliciter la paix, demander des récoltes abondantes ou encore implorer la protection de la communauté.
Dans une région où la tradition orale demeure un pilier essentiel de la transmission du savoir, ces lieux constituent de véritables livres d’histoire à ciel ouvert. Chaque rituel, chaque parole et chaque geste rappellent les valeurs léguées par les anciens et témoignent de la richesse du patrimoine immatériel de la Guinée forestière.
Aujourd’hui, alors que la modernité transforme progressivement les modes de vie, les gardiens de cette tradition insistent sur la nécessité de préserver ces sites sacrés. Ils estiment que le marigot de Zali et la pierre tombale ne sont pas seulement des lieux de culte traditionnel, mais aussi des témoins de l’histoire de Nzérékoré et des repères identitaires pour les générations futures.
À travers ces pratiques séculaires, c’est toute une mémoire collective qui continue de vivre. Entre spiritualité, histoire et transmission culturelle, le marigot sacré de Zali et la pierre tombale demeurent les gardiens silencieux d’un héritage que les habitants de Nzérékoré s’efforcent de préserver et de transmettre aux générations à venir.
Mady Bangoura, de retour de Nzérékoré, pour Guinéenews

