
Ces derniers temps, la déclaration d’un député sur l’exportation de l’énergie qu’il a qualifiée de paradoxale, ainsi que des sorties antérieures sur la disponibilité des billets de banque et les retombées du projet Simandou, ont alimenté le débat national avec de nombreuses approximations.
Si le débat public est nécessaire et souhaitable, il doit reposer sur les faits, la rigueur et une compréhension actualisée des mécanismes économiques. Après de longues périodes de silence face à ces déclarations tendancielles, il devient nécessaire d’apporter quelques clarifications aux populations guinéennes.
L’exportation de l’électricité par la Guinée n’est ni un paradoxe, ni une contradiction avec les besoins énergétiques du pays. Elle dérive plutôt d’une logique économique assez simple qui répond à une réalité technique et naturelle. En saison pluvieuse, lorsque les pluies sont abondantes et que les barrages hydroélectriques sont remplis, l’eau supplémentaire ne peut pas être stockée. Il est tout normal de faire tourner le barrage à pleine capacité, tant que la pluie continue à tomber. L’électricité ainsi produite doit être consommée au niveau national au moment où elle est générée, ou exportée.
Dans ces conditions, exporter l’excédent de production vers des pays voisins est une décision rationnelle. Il demeure important de rappeler que l’exportation ne se fait pas automatique à chaque saison de pluie. Elle se fait sur la base d’une étude technique sur le gap production-consommation, sur l’offre et la demande nationale. Aussi, le manque d’électricité n’est pas toujours lié à la production. Elle est souvent liée aux questions de panne, de maintenance et de transport. Sur ce dernier point, les gouvernances passées n’ont pu réaliser que peu de lignes de transport d’électricité, en comparaison aux efforts structurels actuels du Président Mamadi Doumbouya. Aujourd’hui, la capacité de la Guinée à valoriser son surplus énergétique à travers les échanges régionaux constitue donc une avancée soutenue par la science économique et les institutions internationales. Autrefois, faute d’interconnexions régionales suffisantes, une partie de ce potentiel était tout simplement perdue. Dans le même ordre d’idée et souvent en collaboration avec les institutions internationales ou régionales, l’État est entrain de tirer le réseau national dans toutes les régions du payspour les connecter à nos propres barrages ou à d’autres pays, avec la région forestière connectée aujourd’hui à la Côte d’Ivoire, et la Moyenne Guinée connectée au Sénégal par exemple.
La situation peut naturellement être différente en saison sèche. Lorsque la production hydroélectrique diminue et que les besoins nationaux dépassent l’offre disponible, notre pays peut être amené à importer de l’électricité ou à recourir à d’autres sources d’énergie. C’est le principe même d’un marché énergétique régional interconnecté : un pays peut être exportateur à certains moments et importateur à d’autres. La Guinée, avec son grand potentiel hydroélectrique est, sans doute, le principal gagnant de ce marché dans le long terme. Ce mécanisme existe également à une plus petite échelle dans les systèmes modernes de production solaire, où des ménages ayant des installations solaires privées peuvent injecter leur surplus d’électricité dans le réseaunational pendant les périodes de forte production et utiliser l’énergie du réseau national lorsque leur production devient insuffisante. Certaines régions des USA et de l’Inde pratiquent cette politique, et le potentiel solaire de notre pays s’y prête également. Il est donc essentiel de ne pas présenter l’exportation ponctuelle d’électricité comme une incohérence. Au contraire, valoriser une énergie excédentaire qui aurait autrement été perdue constitue une décision économiquement responsable. Quant aux recettes qui en résultent, évidemment, avec l’unicité de caisse, c’est au Trésor qu’elles vont.
Aussi, quelques mois plus tôt, le problème de disponibilité des billets a aussi été utilisé dans un sens approximatif qui contribue à la désinformation des populations, avec des explications assez simplistes pointant du doigt les dépenses extrabudgétaires d’un régime qui a su maitriser, sans programme avec le FMI, son déficit budgétaire et son inflation, à des niveaux faisant partie des meilleurs du continent.
Attribuer le problème de billet de banque à des questions de dépenses extrabudgétaires dans un pays qui a maitrisé son déficit budgétaire et son inflation, est une lecture qui ignore, peut-être volontairement, les fondamentaux de l’économie monétaire, notamment de la théorie quantitative de la monnaie (approche classique ou Keynésienne). Lorsqu’une économie connaît une forte croissance, les besoins en moyens de paiement évoluent également. Dans un contexte où l’activité économique augmente fortement et où l’inflation reste maîtrisée, avec la vitesse de circulation de la monnaie qui ne peut augmenter à court terme, la variable d’ajustement est la quantité physique de billets, avec une période d’ajustement nécessaire, car l’impression des billets de banque ne se fait pas du jour au lendemain. Les autorités monétaires avaient donc besoin, entre autres, d’adapter progressivement la quantité de monnaie physique disponible aux nouveaux besoins de l’économie.
La croissance de l’activité économique dans notre pays, notamment dans le contexte de la transformation du pays et du développement de grands projets comme Simandou, avait créé une demande accrue de billets. L’ajustement de la circulation fiduciaire était donc, avant tout, une question de gestion et d’adaptation aux évolutions de notre économie (la deuxième plus grande de l’Afrique de l’Ouest francophone depuis 2025), et non de dépenses budgétaires.
L’établissement automatique d’un lien entre la disponibilité des billets et ces supposées dépenses extrabudgétaires, n’était pas approprié, particulièrement dans notre contexte de maîtrise des équilibres budgétaires et de lutte contre l’inflation salués par les institutions de Bretton Woods. Le débat économique ne peut mériter des raccourcis et exige de prendre en compte l’ensemble des mécanismes réels de notre gouvernance macroprudentielle.
Enfin, la question de la participation de l’État guinéen dans le capital des entités du projet Simandou à hauteur de 15% a été présentée de manière incomplète, contribuant ainsi à la désinformation.
Limiter le débat du Simandou au chiffre de 15 % revient, avant tout, à ignorer volontairement l’ensemble des revenus que l’État pourrait tirer d’un grand projet minier. Avant même la distribution des dividendes aux actionnaires, l’État guinéen perçoit de nombreuses recettes du projet Simandou sous forme d’impôts, de taxes et de redevances. A date, avant même que la répartition des dividendes ne commence, notre État a déjà collecté plusieurs centaines de millions de dollars du projet. Les dividendes ne constituent donc qu’une partie des retombées pour l’État, sans compter les retombées économiques pour les acteurs nationaux non-étatiques (entreprises, employés, communautés). Les dividendes, qui ne constituent d’ailleurs pas la plus grande source de revenus de l’État dans le projet Simandou, interviennent après le paiement des impôts et après la réalisation des résultats de l’entreprise. En obtenant une participation au capital, l’État guinéen, en majorité après l’avènement du CNRD, s’est assuré ainsi de bénéficier non seulement des recettes fiscales et parafiscales, mais également d’une part des revenus distribuables aux actionnaires.
Cette évolution doit également être replacée dans son contexte historique. Les permis et conventions du Simandou ont été attribués entre 1998 et 2005 pour la partie Simferà Beyla, et entre 2011 et 2020, pour la partie WCS à Kerouane. Sur la partie Simfer, les permis ont été accordés sans aucune participation de l’État au capital. La présence de l’État dans l’actionnariat de toutes les entités actuelles du Simandou, y compris de la société d’infrastructures qui est la Compagnie du TransGuinéen (CTG), est le fruit des efforts de renégociation à l’avènement du Président Mamadi Doumbouya (à l’exclusion de WCS qui est soumis au dernier code minier incluant les 15% gratuits). Il est donc important, qu’à défaut d’apprécier les progrès réalisés au niveau des intérêts, et surtout la concrétisation du projet, il faudrait s’éloigner de la désinformation afin de contribuer au progrès économique de notre pays. Les régimes passés n’ont pas été capables de concrétiser le Simandou quand notre pays avait 0% dans les entités, le leadership du Président Mamadi Doumbouya a permis de réaliser le Simandou avec des prévisions de recettes fiscales améliorées et une entrée gratuite à hauteur de 15% d’actions, ainsi que la possibilité d’acheter 20% d’actions supplémentaires pour porter notre participation à 35%.
Notre pays est engagé dans une période de transformation économique et infrastructurelle majeure depuis l’avènement du Président Mamadi Doumbouya. Même s’il existe encore de nombreux défis à relever, il faut avoir l’honnêteté et le courage de reconnaitre que la Guinée n’a jamais été aussi économiquement solide et attractive que sous le Président Mamadi Doumbouya. Cette transformation peut, dans une démarche objective, naturellement faire l’objet de débats, de critiques et de contrôles. Mais ces débats doivent être fondés sur des faits et sur une analyse objective des réalités économiques. Il est regrettable de constater que certains utilisent parfois des sujets aussi importants que l’énergie, la monnaie ou le projet Simandou pour alimenter des polémiques qui ne contribuent pas à éclairer les citoyens. Si l’expérience et le regard critique de tous, notamment des anciens, sont précieux pour une nation, ils doivent également s’accompagner d’une capacité à reconnaître les progrès accomplis ; et à actualiser les analyses à la lumière des nouvelles réalités. La Guinée n’a pas besoin d’opposer ses fils ou les générations. Elle a besoin que toutes ses compétences se mobilisent autour d’un même objectif : accompagner la transformation du pays, défendre les intérêts des populations et faire en sorte que les ressources nationales deviennent enfin un véritable moteur de développement.
Le débat doit continuer. Mais il doit se faire avec rigueur, objectivité et, surtout, la volonté commune de voir la Guinée réussir.


