
Mamou, Guinée – Les 20 et 21 octobre dernier, 33 points focaux tuberculose des préfectures du pays, aux côtés d’une dizaine de médecins exerçant en pédiatrie ou responsables de services pédiatriques, se sont retrouvés à Mamou autour d’un objectif commun : mieux repérer, diagnostiquer et prendre en charge la tuberculose chez les enfants. Organisée par le Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT), avec l’appui technique et financier de Médecins Sans Frontières (MSF), cette formation marque une nouvelle étape dans le renforcement durable des capacités du système de santé guinéen.
La tuberculose demeure l’une des maladies infectieuses les plus meurtrières dans le monde. En Guinée, selon les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé, près de 26 000 personnes devraient être diagnostiquées chaque année. Pourtant, environ 20 000 cas seulement ont été notifiés en 2025, laissant supposer plusieurs milliers de cas encore non détectés au sein des communautés.
Chez les enfants, le défi est encore plus important. Alors qu’ils devraient représenter entre 10 et 15 % des cas diagnostiqués, la tuberculose pédiatrique ne représente aujourd’hui qu’environ 6 à 7 % des cas notifiés dans le pays.
« La tuberculose pédiatrique présente les mêmes défis que la tuberculose de façon générale, mais avec des difficultés supplémentaires liées au diagnostic. Aujourd’hui, alors que les enfants devraient représenter au moins 10 % des cas dépistés, nous sommes encore autour de 6 %. Nous faisons d’importants efforts avec l’appui de nos partenaires pour combler cet écart et atteindre les objectifs fixés. »

Dr Adama Camara, Coordinateur national du PNLT
Pour inverser cette tendance, les participants ont été formés aux nouvelles recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé, désormais intégrées dans le guide national de prise en charge de la tuberculose pédiatrique. Ils ont notamment travaillé sur les nouveaux algorithmes de dépistage, les méthodes de diagnostiques actualisées, l’interprétation de la radiographie thoracique, les traitements préventifs ainsi que la prise en charge des enfants exposés ou atteints de tuberculose.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité des efforts engagés ces dernières années pour améliorer la détection précoce de la tuberculose chez l’enfant en Guinée, notamment à travers le projet TACTiC. Au-delà du renforcement des connaissances individuelles, l’ambition est de doter durablement le système de santé guinéen d’outils, de compétences et d’approches éprouvées permettant au Programme national de poursuivre et d’amplifier les progrès réalisés.
« Notre objectif n’est pas simplement d’organiser une formation supplémentaire. Nous voulons contribuer à laisser derrière nous des compétences, des outils pratiques et des capacités nationales que le PNLT pourra continuer à utiliser et à développer pour renforcer la lutte contre la tuberculose pédiatrique dans tout le pays. »
Hanatou Tanko, cheffe du projet VIH-Tuberculose de MSF en Guinée
L’une des principales innovations présentées durant l’atelier concerne l’utilisation des nouveaux algorithmes de dépistage A et B, développés pour faciliter le diagnostic précoce de la tuberculose chez les enfants, y compris dans les zones où les moyens diagnostiques restent limités.
Selon la Dre Angéline Doré, formatrice principale de l’atelier, ces outils répondent à une réalité quotidienne des soignants en Guinée.
« La particularité de ces algorithmes est qu’ils permettent de diagnostiquer précocement la tuberculose chez les enfants, y compris dans des contextes où l’accès à la radiographie est limité. Avec l’algorithme B, les résultats de radiographie ou d’autres examens ne sont pas toujours nécessaires. À partir des signes cliniques et des symptômes observés chez les enfants de moins de dix ans, les soignants peuvent déjà orienter leur diagnostic et référer rapidement les patients vers les structures appropriées. »
Durant la formation, les participants ont travaillé à partir d’études de cas inspirées de situations réelles rencontrées sur le terrain.
« Nous avons privilégié une approche très pratique. Les participants ont travaillé en groupe sur différents scénarios cliniques afin d’apprendre à utiliser concrètement ces nouveaux outils de diagnostic. L’objectif était qu’ils repartent avec des compétences immédiatement applicables dans leurs structures de santé. » Dr Angéline Doré
Présent durant la formation, le Coordinateur national du PNLT a également rappelé que le renforcement des compétences des acteurs de terrain reste l’un des leviers essentiels pour améliorer le dépistage.
« Les défis existent à plusieurs niveaux. Il faut poursuivre la sensibilisation des familles, renforcer l’implication communautaire, accompagner les agents de santé et continuer à former les pédiatres à la prise en charge de la tuberculose chez l’enfant. Cette formation organisée à Mamou s’inscrit pleinement dans cette dynamique. » Dr Adama Camara

Les 33 participants réunis à Mamou ont désormais vocation à devenir des personnes ressources dans leurs préfectures respectives. À leur retour, ils auront la responsabilité de partager les connaissances acquises avec leurs collègues et d’accompagner la mise en œuvre des nouvelles approches diagnostiques dans les structures sanitaires locales.
Pour le PNLT, l’appui de MSF continue de jouer un rôle important dans cette dynamique de renforcement des capacités.
« Nous apprécions fortement l’accompagnement de MSF. Au-delà de son soutien historique à la prise en charge des patients, son engagement dans la formation des professionnels de santé nous aide à renforcer durablement notre capacité à détecter et prendre en charge la tuberculose chez les enfants. » Dr Adama Camara
Pour la Dre Angéline Doré, le succès de cette formation se mesurera dans les mois à venir à travers une amélioration du dépistage et de la notification des cas pédiatriques à travers le pays.
« Le message principal adressé aux participants est simple : restituer les connaissances acquises, renforcer le dépistage et améliorer la notification des cas de tuberculose pédiatrique. C’est ainsi que nous pourrons progressivement réduire les cas manqués et offrir une meilleure prise en charge aux enfants. »
À travers cet accompagnement technique, MSF contribue aux efforts nationaux de lutte contre la tuberculose. Derrière les algorithmes, les formations et les outils diagnostiques, l’enjeu est avant tout humain : permettre à davantage d’enfants d’être dépistés à temps, d’accéder rapidement au traitement et de grandir en meilleure santé.
Par Médecins Sans Frontières (MSF) Guinée

