
Le 7e Forum sur la coopération des médias sino-africains s’est ouvert ce jeudi 20 août 2026 à Beijing. Les échanges portent notamment sur les contenus, la valorisation des récits africains et la coopération dans les nouvelles technologies, dont l’intelligence artificielle.
Placée sous le thème « Partager de nouvelles opportunités de développement, créer ensemble un nouvel avenir pour l’audiovisuel », la rencontre réunit environ 400 représentants venus de Chine et de 45 pays africains. Parmi eux figurent des responsables gouvernementaux chargés de l’audiovisuel, des dirigeants de médias, des représentants d’organisations internationales, des diplomates, des entreprises, des universités et des think tanks. Au total, 33 personnalités africaines de rang ministériel prennent part au Forum, un record selon les organisateurs.
La cérémonie d’ouverture a été marquée par le discours principal de Cao Shumin, vice-ministre du Département de la communication du Comité central du Parti communiste chinois et directrice de l’Administration nationale de la radio et de la télévision (NRTA). La vice-maire de Beijing, Sima Hong, et le représentant de l’Union africaine en Chine, Alhaji Bah, ont également pris la parole.
La sous-secrétaire générale des Nations unies et conseillère spéciale du secrétaire général pour l’Afrique, Ahunna Eziakonwa, est, elle, intervenue par vidéoconférence.
L’intelligence artificielle au cœur des préoccupations
Une partie importante des échanges a été consacrée aux bouleversements provoqués par l’intelligence artificielle dans le secteur des médias.
Dans son intervention, Cao Shumin a notamment insisté sur la nécessité de concilier innovation technologique et sécurité. La responsable chinoise a défendu le principe d’une technologie qui demeure au service de l’être humain, tout en appelant à une gouvernance capable de répondre aux risques liés notamment aux fausses informations et aux questions éthiques. « Nous devons concilier développement et sécurité, mettre en place un système de gouvernance solide et respecter le principe selon lequel la technologie doit être au service de l’être humain », a-t-elle déclaré.
Elle a également mis en exergue les échanges déjà engagés avec les partenaires africains dans ce domaine. « Au cours des deux dernières années, nous avons activement échangé et partagé avec nos partenaires africains nos expériences dans l’application de l’intelligence artificielle », a-t-elle indiqué.
Cette volonté figure parmi les grandes orientations de cette septième édition. Les participants entendent renforcer la coopération sino-africaine dans l’utilisation mais aussi dans la gouvernance de l’intelligence artificielle, avec l’ambition de faire de l’innovation technologique un instrument de développement commun des médias chinois et africains.
Faire entendre davantage les voix africaines
Dans son intervention vidéo, Ahunna Eziakonwa a, pour sa part, placé la question de la représentation de l’Afrique au centre de son message. Elle a plaidé pour que les industries créatives ne soient plus considérées uniquement comme des instruments culturels, mais comme de véritables moteurs de transformation économique, capables de créer des emplois, de stimuler l’innovation et d’ouvrir de nouvelles perspectives aux jeunes. Elle a surtout insisté sur la nécessité pour le continent de maîtriser davantage son propre récit.
« Nous devons veiller à ce que l’histoire de l’Afrique soit racontée dans toute sa richesse, sa diversité et sa complexité », a-t-elle déclaré.
Selon elle, l’Afrique a trop longtemps été présentée à travers des regards qui ne rendent pas suffisamment compte des aspirations, des réalisations et des réalités de ses populations. « Nous aspirons à un avenir dans lequel les voix africaines s’expriment avec confiance, authenticité et autorité », a-t-elle poursuivi.
Pour Ahunna Eziakonwa, la coopération médiatique avec la Chine doit ainsi permettre de promouvoir une meilleure compréhension mutuelle, mais aussi d’offrir davantage d’espace aux contenus produits par les Africains eux-mêmes.
Former les jeunes et développer les industries créatives
La conseillère spéciale du secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique a également appelé à des investissements plus importants dans le capital humain. Elle estime que l’avenir de l’audiovisuel, de l’innovation numérique et des industries créatives dépendra de la capacité des pays africains à former leur jeunesse.
Elle préconise notamment l’élargissement des programmes de bourses, le renforcement de la coopération entre universités et institutions de recherche ainsi que la mise en place de mécanismes durables de transfert de connaissances et de compétences. « Chaque opportunité offerte à un jeune journaliste, cinéaste, producteur ou innovateur numérique renforce les fondations de l’avenir de l’Afrique », a-t-elle soutenu.
Elle appelle parallèlement à une utilisation responsable des nouvelles technologies. « La technologie doit rester un outil au service de l’humanité, et non l’inverse », a-t-elle averti.
Des coproductions et davantage d’échanges de contenus
Au-delà des discours, les participants veulent également donner une dimension plus concrète à la coopération audiovisuelle sino-africaine.
Les discussions portent notamment sur le développement des coproductions, la traduction et la diffusion réciproque des programmes ainsi que l’émergence de nouveaux formats, dont les micro-séries. L’objectif affiché est de favoriser la circulation des productions chinoises et africaines et, à travers elles, une meilleure connaissance des sociétés des deux parties.
Les échanges du Forum s’articulent autour de plusieurs thématiques, dont « l’innovation des contenus au service de la coopération humaine et culturelle », « la coopération technologique au service d’un développement industriel mutuellement bénéfique », « l’audiovisuel au service du développement économique et commercial » et « l’intégration et les applications de l’IA dans le domaine de la radio, de la télévision et de l’audiovisuel ».
Parmi les responsables africains ayant fait des interventions thématiques figurent le directeur général de l’Union africaine de radiodiffusion, Grégoire Ndjaka, la ministre burundaise de la Communication et des Médias, Evelyne Butoyi, ainsi que Thierry Lézin Moungalla, ministre congolais de la Communication et des Médias et porte-parole du gouvernement.
80 résultats de coopération annoncés
Cette septième édition a également servi de cadre à la présentation de 80 résultats issus du Plan de coopération innovante Chine-Afrique dans le domaine de la radio, de la télévision et de l’audiovisuel.
Les représentants présents ont par ailleurs adopté la « Déclaration commune du 7e Forum sur la coopération des médias sino-africains ».
Le document traduit la volonté des deux parties de renforcer la coopération dans l’information, la production de contenus, les nouvelles technologies et les échanges entre professionnels, avec une attention particulière accordée à la jeunesse.
L’année 2026 marque par ailleurs le 70e anniversaire du début des relations diplomatiques entre la Chine et l’Afrique et a été consacrée « Année Chine-Afrique des échanges humains et culturels ».
Créé en 2012, le Forum sur la coopération des médias sino-africains est devenu l’un des mécanismes de coopération dans le domaine des médias inscrits dans le cadre plus large du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC).
Cette septième édition, qui prend fin le 21 août 2026, est conjointement portée par l’Administration nationale chinoise de la radio et de la télévision, le Gouvernement populaire municipal de Beijing et l’Union africaine de radiodiffusion.
BAH Alhassane
Beijing, envoyé spécial

