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 » J’ai décidé de ne pas faire exciser mes filles  » Koulako, maman de 7 enfants à Damaro.

L’UNICEF en Guinée, grâce au soutien du Comité national Suisse de l’UNICEF et du Programme Conjoint UNFPA-UNICEF, accompagne les femmes dans la lutte contre les mutilations génitales féminines.

Koulako, 39 ans, est mère de sept enfants, dont trois filles. Elle habite la commune de Damaro dans la région de Kankan en Guinée. Koulako a subi la pratique de l’excision ce qui lui a engendré des problèmes de santé et des difficultés lors de ses accouchements.

Koulako a décidé de ne pas faire exciser ses filles et lutte quotidiennement contre cette pratique au sein de sa communauté. « Mes trois filles ne sont pas excisées. J’ai été sensibilisée par ma maman, c’est grâce à elle que je n’ai pas fait exciser mes filles. Quand un membre de ma famille ne veut pas que leurs filles soient excisées, je reçois leurs enfants en éducation ». Koulako sensibilise les parents, les jeunes filles et les femmes aux dangers des mutilations génitales féminines. Elle est aussi une  » femme mentor  » (matrone) reconnu de sa communauté, elle accompagne et sensibilise les adolescentes sur les sujets des grossesses et mariages précoces. « Exciser une fille, c’est gâter sa féminité. Je suis femme matrone depuis 10 ans. Lors des accouchements, je vois les femmes excisées souffrir. J’ai remarqué que les femmes non-excisées accouchaient avec moins de complication et de risque. À travers tout ça, j’ai pu convaincre mon mari que nos filles ne soient pas excisées. Heureusement, il m’accompagne dans cette lutte. »

Les mutilations génitales féminines sont interdites par la loi guinéenne depuis 1985, mais cette pratique est encore courante dans le pays. La peur de l’exclusion sociale est souvent si forte que les parents ne peuvent pas se résoudre à renoncer à faire exciser leurs filles. Pourtant, les mutilations génitales féminines sont la cause de complications sévères et peuvent même causer la mort. Les risques les plus directs sont les hémorragies, les chocs septiques, les infections, la rétention urinaire et des douleurs sévères. Les filles qui subissent des mutilations génitales féminines courent plus de risques d’abandonner l’école.

Koulako essaie de faire évoluer les mentalités sur le sujet des mutilations génitales féminines. Elle organise des causeries éducatives avec les femmes, les parents et notamment les pères de sa communauté. « Je les sensibilise sur les dangers liés à l’excision en prenant des exemples. Certaines femmes ont du mal à accoucher ou elles ont des problèmes lors des relations intimes avec leurs maris. À chaque fois, il y a des adhérents qui acceptent de ne pas faire exciser leurs filles et qui se lancent dans la sensibilisation pour la survie et le bien-être des filles et des femmes de Damaro. »

Koulako lutte aussi contre les préjugés et les rumeurs. « Une rumeur circulait sur une maladie qui se propageait en haute Guinée touchant seulement les filles non excisées. Malheureusement, après cette fausse information, certains parents ont fait exciser leurs filles. » Les filles de Koulako, subissent parfois des moqueries car elles ne sont pas excisées. « Je dis simplement à mes filles qu’elles doivent leur répondre en précisant que c’est leur papa et maman qui ne veulent pas les faire exciser, et qu’elles en sont fières. » Elle précise aussi que certaines familles guinéennes pratiquent l’excision par tradition pour faire accepter leur fille lors d’un mariage par exemple, mais que ce n’est pas une nécessité, ni une obligation. « Ma première fille est mariée et n’a pas eu de problème dans son ménage, elle est très bien acceptée par les parents de son mari. Nous devons prendre des décisions qui sont profitables à nos enfants et non-suivre les coutumes néfastes pour leur santé et leur bien-être. »

L’UNICEF en Guinée, grâce au soutien du Comité national Suisse de l’UNICEF et du Programme Conjoint UNFPA-UNICEF pour l’élimination des MGF, appuie les femmes dans leur lutte contre les mutilations génitales féminines en les formant aux techniques de la communication et de la sensibilisation, en les aidant à réaliser des activités éducatives avec leur pair et dans leur participation à l’animation d’émissions radiophoniques. 448 femmes mentors, 131 groupements féminins et 27 plateformes de jeunes filles leaders ont été soutenues grâce à une aide d’environ 1,136,000 dollars US sur la période 2020 à 2022.

 

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